Yannick Beven

En compétition avec soi-même

Entretien : Pierre-Henri Camy
Photos : Yannick Beven    

Spécialiste du jiu-jitsu brésilien et préparateur physique, Yannick Beven a enseigné à des surfeurs de très haut niveau. Depuis 2013, il est au plus près de  Michel Bourez qu’il a accompagné jusqu’au sommet de son art. Interview.

Né au Brésil, Yannick Beven s’est installé en France il y a 20 ans, « avec le surf dans ses bagages ». Alors un professionnel du surf, tout comme son frère Patrick, il décide de se dédier pleinement aux arts martiaux. Depuis 2013, il est au plus près de Michel Bourez


THE RED BULLETIN : Yannick, quand avez-vous commencé à dédier votre jiu-tjitsu brésilien, comment adapter cet art martial aux surfeurs ?

YANNICK BEVEN : J’ai été mon premier cobaye, et puis j’ai travaillé toutes mes stratégies sur mon frère, le surfeur pro Patrick Beven. Ensuite, j’ai travaillé avec des athlètes supposés au niveau pour aboutir à l’élite. Le jiu-jitsu s’est avéré un bon complément pour eux, un bon partenariat, et ça a porté ses fruits. J’ai collaboré avec des surfeurs comme Kelly Slater ou Jérémy Florès, quand je m’occupais du team élite de Quiksilver.

Michel Bourez par Trevor Moran

Michel Bourez à Torquay, en Australie, le 30 mars 2015.

© Trevor Moran/Red Bull Content Pool

Parlez nous de l’importance du mental dans le jiu-jitsu que vous enseignez ?

Il doit rester celui d’un guerrier, d’un combattant. Dans le cas de Michel Bourez, il est celui d’un combattant de l’océan. C’est que je lui dis dans les textos que je lui envoie lors des compétitions : c’est un « sea warrior », un guerrier de la mer. Ces mots clefs peuvent le booster suite aux entraînements que nous faisons ensemble. Comme je suis souvent éloigné de lui lors des compétitions, ce sont ces mots là qui vont déclencher en lui une envie de gagner, de la rage, pour faire de bons résultats, une performance.

Beven et Bourez

Michel Bourez et son coach, Yannick Beven (en bleu).


Pourquoi vous êtes vous rapproché de Michel Bourez ?

Je l’avais connu tout au début de sa carrière, je l’avais aperçu dans un camp d’entraînement de surf, un projet de Tom Carol, un « training camp ». Je faisais parti des éducateurs et j’avais aperçu Michel à ce moment-là. Il était déjà très physique, avec de bonnes qualités pour devenir un bon ahtlète. Mais il lui manquait peut etre un suivi. Quand j’ai cessé mes activités avec Quiksilver, je suis passé en indépendant. L’anné précédente, Michel m’avait demandé si je connaissais quelqu’un avec une philosophie similaire à la mienne pour lui enseigner le jiu-jitsu. Pas simple, je n’avais pas su le renseigner. L’année suivante, je lui ai envoyé un message : « Je suis prêt à travailler avec toi, je bosse en indépendant désormais. » Il m’a alors proposé de venir le rejoindre à Tahiti. On a mis en place un camp, une préparation avant les séries de compétition, physique et mentale, et puis un accompagnement à distance. Chaque jour de compétition, je lui envoie deux-trois messages avant sa série. Les résultats sont venus par la suite.

La parole est importante dans votre enseignement ?

Le dialogue fait déclencher un tas de choses. Quand on voit des athlètes du niveau de Michel, on est presque des psychologues. Je suis un psychologue sans avoir jamais passé les diplômes. Je suis là pour le préparer, lui enlever toutes les toxines, tous les soucis qui traînent dans sa tête, savoir si son corps marche bien. On est obligé d’être très lié à cette personne, dialoguer beaucoup.

Qu’est-ce qu’il fallait débloquer chez Michel pour qu’il soit encore meilleur ?

J’ai ramené ma pierre et Michel a construit son château. C’est quelqu’un qui est très à l’écoute, il me fait confiance, et j’ai complètement confiance en lui. Pas de doute, quand je fais passer un message, il est vraiment prêt à l’appliquer.

Bourez et Beven

« Je suis là pour le préparer, lui enlever toutes les toxines, tous les soucis qui traînent dans sa tête, savoir si son corps marche bien. » Yannick Beven

Le contact physique est important aussi ?

Michel a besoin d’être canalisé, par le contact physique et verbal, on essaie de trouver le juste terme pour qu’il puisse donner suite à ses rêves.

Comment Michel peut-il aller encore plus loin ?

Chaque année il cherche à monter de plus en plus dans ses ambitions. On croise les doigts. Dans le surf on joue beaucoup avec la nature, du coup on est obligés d’être tolérant et patient. Je pense que Michel va nous surprendre cette saison, il a très très faim. 

Michel Bourez par Trevor Moran

Michel Bourez à Torquay, en Australie, le 31 mars 2015.

© Trevor Moran/Red Bull Content Pool

Lors de son interview avec The Red Bulletin, Michel nous a déclaré « mon seul adversaire, c’est moi même »…

Le matin quand il se réveille, je veux qu’il se regarde dans le miroir et qu’il se dise à lui-même « aujourd’hui je vais faire mieux qu’hier ». C’est une compétition avec nous-même. Il ne faut pas se freiner vis à vis d’une personne, d’un obstacle ou d’un objectif. On est capable de se dépasser parce qu’on est en compétition avec nous-même. C’est une très bonne philosophie. La compétition avec soi-même ça veut dire être bien dans sa peau, encore meilleur que ce que vous étiez hier.

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05 2015 redbulletin.com

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