Fascination morbide

Photo d’ouverture : Corbis

Certains faits divers excitent les masses : pour qu’un méfait tourne au phénomène médiatique, la recette est simple. 

© Getty Images


Historien-statisticien adulé du monde du base-ball américain, Bill James voue une passion à l’histoire des faits divers et leur approche statistique, si bien qu’il en a fait un livre, Popular Crime (dans lequel il examine et compile plus de mille cas différents).

Nous lui avons demandé pourquoi certaines affaires criminelles suscitent l’engouement de l’opinion publique au point de devenir une forme de culture populaire.

1. Des contradictions

« Les témoignages ne se recoupent pas, les données se contredisent, l’arme du crime reste introuvable, les échantillons d’ADN ne valident aucune hypothèse, bref, c’est le brouillard total. Ce genre de situation excite l’intérêt des foules, chacun y va de son avis, de sa petite intuition : du pain béni pour les médias. » 

 

2. Coupable ou innocent ?

« L’Histoire regorge de polémiques qui ont embrasé des nations entières, comme l’affaire Dreyfus. Si la culpabilité de l’accusé est mise en doute, même légèrement, les débats qui s’ensuivent peuvent se terminer en guerre civile. Là, on touche à un aspect particulièrement émotionnel, car chacun d’entre nous peut être accusé d’un crime qu’il n’a pas commis. » 

3. Peuple contre jury

« Aux États-Unis, les jurys populaires, très utilisés en civil comme en pénal, sont amenés à se couper littéralement du reste du monde afin de protéger une impartialité difficile dans cette société hyper médiatisée. Cela crée souvent un décalage absurde entre eux et l’opinion publique, et une frustration énorme lorsque cette dernière trouve telle décision injuste. De ce côté-là, les USA ont encore de gros progrès à faire. » 

4. Faut que ça saigne !

« De toutes les raisons qui poussent le quidam à se jeter sur un fait divers, la première et la plus évidente, c’est celle-ci : la pure et simple fascination de l’horreur. Les criminologues le disent : la violence est un lugubre et passionnant terrain d’observation de l’être humain. » 

5. L’air du temps

« Les crimes en disent long sur les méandres de l’âme humaine, mais aussi, et peut-être surtout, sur les sociétés qui les médiatisent. Polémiques et débats ne s’épanouissent que lorsque le contexte social, politique, économique ou historique s’y prête. Une affaire Dreyfus, telle qu’elle a enflammé la France de la fin du XIXe siècle, serait-elle possible en 2015 ? »  

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09/2015 ​The Red Bulletin

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