AC/DC Angus Young

AC/DC : pas encore prêts pour l’enfer

Entretien : Marcel Anders
Photo d’ouverture : Dick Barnatt

Un chanteur mort, l’un de leur membre fondateur atteint de démence… AC/DC résistent à tout et reprennent la route cette année. Rencontre avec Angus Young, ciseleur maison en riffs heavy. 

THE RED BULLETIN : Monsieur Young, comment expliquez-vous la longévité d’AC/DC ?

ANGUS YOUNG : C’est simple, on est fidèle à nous-mêmes et les gens savent à quoi s’attendre avec nous. Même si on leur réserve toujours des surprises : parfois bonnes, parfois mauvaises (rires).

Vous venez d’avoir 60 ans mais sur scène, vous restez l’ado déchaîné qui convulse dans son uniforme d’écolier…

C’est l’âge qu’on a dans la tête qui -importe. Et moi, je ne me sens pas proche du tout de la retraite ! Quand je prends ma guitare, je redeviens l’ado que j’étais quand j’ai commencé avec AC/DC. Je suis un gamin, prisonnier dans le corps d’un homme mûr.

Et comment se porte Angus Young, dans sa prison charnelle ?

Je me fous de mon apparence. De toute façon, dans le groupe, on n’a jamais été très beaux (rires) !

AC/DC Rock or bust

Le nouvel album Rock or burst est leur 15e sortie internationale. Dans les bacs depuis décembre 2014. 

Rock or Bust, votre 16e album sorti l’hiver dernier est du AC/DC pur jus. Après toutes ces années de carrière, après 200 millions d’albums vendus, vous n’envisagez toujours que deux voies : le rock ou la mort ?

Vous me parlez de voie, mais je fais tout simplement ce qui m’éclate, sans me préoccuper de ce que pensent les autres. C’était comme ça quand j’avais 18 ans, ça le sera quand j’aurai 102 piges.


ACDC

AC/DC, 1980, aux studios Pinewood (Angleterre), un peu avant le décès de Bon Scott. De gauche à droite : Malcolm Young (guitare rythmique), Mark Evans (basse), Bon Scott (chant), Angus Young (guitare solo) et Phil Rudd (batterie).   

© Corbis


Dans la chanson Dogs of War, vous parlez de l’état de guerre permanent dans le monde…

En fait, le texte s’inspire d’Hannibal et de ses éléphants. Un sujet un peu dépassé d’actualité, même pour des dinosaures comme nous (rires) ! Pourtant, cet Hannibal, quel personnage, et quel génie de l’art militaire !

Vous aimez beaucoup l’histoire. Pourquoi vous y intéressez-vous ?

Il n’y a rien de plus passionnant. C’est fascinant de comprendre la naissance et la mort des plus grandes civilisations, quelles erreurs ont été commises, quels personnages ont tiré les ficelles… L’histoire a tellement à nous apprendre, c’est navrant que si peu de gens s’y intéressent.

Vous voyez bien qu’Hannibal n’est pas un sujet si dépassé…

Un point pour vous (rires). Les gens ont la fâcheuse habitude de recommencer toujours les mêmes erreurs, sans rien vouloir apprendre du passé. Voilà pourquoi le monde est tel qu’il est aujourd’hui, pourquoi il y a tant de guerres. Parce que personne, absolument personne, n’a jamais tiré aucune leçondu passé !

 

 

« Je ne suis pas proche de la retraite. Je suis un gamin, prisonnier dans le corps d’un homme mûr » 

Sauf vous, et Ozzy Osbourne, passionné lui aussi d’histoire…

C’est normal, on est de la même génération, celle de l’après-guerre. Ça vous marque de grandir dans une telle époque, ça donne envie de comprendre pourquoi le monde est tel qu’il est. L’histoire nous accompagne alors toute notre vie, avec ce qu’elle a de repoussant et de fascinant.

Vous vous adonnez aussi à la peinture, et avec talent. 

La peinture ? Ouais, si vous me parlez de repeindre votre maison, je devrais y arriver…

Je pensais plutôt à vos peintures de paysages…

C’est vrai que je peins, mais de là à dire que j’ai du talent, non. Je peins depuis je suis gosse. Aujourd’hui encore c’est l’un de mes passe-temps, mais ça s’arrête là.

 

ACDC

Un éternel gamin : le gratteux fait le malin avec une bouteille de lait. Aujourd’hui, à 60 ans, c’est effectivement la seule boisson qu’il s’autorise 

© Dick Barnatt

Votre frère Malcolm, atteint de démence, a dû quitter le groupe l’été dernier. Son état s’améliore-t-il ?

Pour le moment, pas vraiment. Au contraire, ça va plutôt se dégrader. C’est pas drôle pour lui, ni pour nous. Putain de maladie.

Dans un tel contexte, vous demandez-vous combien de temps vous allez encore continuer la saga AC/DC ?

Ça n’a rien à voir. D’ailleurs, Malcolm s’accommode plutôt bien de sa maladie, ce qui nous aide en retour à gérer cette situation. Mais une chose est sûre, AC/DC existera aussi longtemps qu’on le voudra. Tant que l’énergie, l’envie et le plaisir seront là. Pourquoi décider d’y mettre fin, alors que j’adore ce que je fais !

ACDC

Riff Raff : Angus en transe, Sydney, 1974. 

© Morris Philip/Dalle APRF/picturedesk.com


Pourtant, vous disiez dans une interview : « Je déteste ma musique et je ne joue plus que pour le fric. »

Ah, ah ! Non franchement, je ne connais pas de plus beaux moments que lorsque je monte sur scène ou que je prends ma guitare pour composer un morceau. Ça n’a pas changé depuis 1973.

Sur scène, vous êtes tout le temps en train de bouger. Savez-vous combien de kilomètres vous parcourez par concert ?

Aucune idée. Je sais juste que j’ai flingué pas mal de paires de chaussures (rires) !

Qu’allez-vous offrir aux fans qui iront vous voir lors de votre tournée mondiale ?

Le meilleur d’AC/DC !

Verront-ils vos fesses que vous exhibez à chaque concert ?

Jamais on me lâchera avec ça (rires) ! Disons que mon cul fait entièrement partie du show, au même titre que ma démarche de canard boiteux ou mes fausses crises spasmodiques. Le public serait déçu si tout à coup je décidais d’arrêter. Et même si mon auguste séant n’est plus ce qu’il était, tant qu’il n’effraie pas les spectateurs, je continuerai de le montrer.

ACDC

Mai 1976 : AC/DC secouent l’Angleterre. Angus Young, Phil Rudd et Mark Evans (de gauche à droite).  

© Dick Barnatt

Comment vous était venue la première fois l’idée de montrer vos fesses à votre public ?

Je ne sais pas trop quand, ni où c’est arrivé. C’était lors d’un concert où le public était tellement mou et léthargique, que j’ai cherché quelque chose pour le faire réagir. Et ça a marché (rires) ! Il faut reconnaître qu’au début, les réactions du public n’étaient pas celles d’aujourd’hui. Les gens étaient offusqués et me jetaient tout ce qui leur passait sous la main. Mais très vite, ils en ont redemandé ! Il y en a même qui ne venaient à nos concerts que pour ça : pour admirer mon cul ! J’espère qu’il s’agissait surtout de femmes…

Et vos uniformes d’écolier, la marque de fabrique du groupe, vous en possédez combien ?

Au fil des années, j’ai dû en utiliser plusieurs centaines.

 

 « Mon cul fait partie du show. Le public serait déçu si je décidais d’arrêter de le montrer » 

Vous devez avoir un grand dressing…

Non, non. Après deux concerts, ces trucs sont bons à jeter. Je ne les garde pas.

Vous les faites faire sur mesure ?

Pour la plupart, oui. Surtout les premiers. Et le tout premier que j’ai porté sur scène, c’était mon véritable uniforme d’écolier. Ce qui n’avait pas plu au lycée que je fréquentais à l’époque, surtout que je répétais partout : « Regardez ! Je suis un pur produit de l’éducation publique. Si c’est pas la preuve de son échec !» (Rires.)

 

ACDC

Brian Johnson et monsieur Young, sur le Black Ice Tour, Leipzig 2009. 

© Intertopics

Aviez expérimenté toutes sortes de déguisement : Zorro, Spiderman, un gorille…

Ah, ne me le rappelez pas ! Ce costume de singe était une torture, j’étouffais là-dedans.

Et l’idée de l’uniforme ?

On l’avait déjà utilisé sur scène mais notre manager de l’époque voulait à tout prix qu’on ait une image. Malcolm en a eu marre et il a poussé un coup de gueule pour qu’on en reste à l’uniforme. Point barre. Plus de costume de singe, et c’est tant mieux !

Et votre Gibson SG, qu’est-ce qui vous fascine dans cette guitare, au point de lui rester fidèle depuis plus de quarante ans ?

Ce sont les deux petites cornes dessinées par le corps de la guitare. La première fois que je suis rentré dans un magasin de guitares, il y avait toutes ces belles Gibson Les Paul, mais j’ai vu la SG, avec ses deux cornes de Belzébuth. C’était comme si j’avais été frappé par la foudre, je savais qu’elle m’était destinée. Ce n’est pas moi qui ai choisi la SG, c’est elle qui m’a choisi. Depuis, on file le parfait amour.

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05 2015 The Red Bulletin

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