Awolnation

Awolnation, volume 2

Texte : Chris Palmer
Photos : Ramona Rosales

Son tube Sail fut une réussite commerciale et le premier album de son groupe AWOLNATION une révélation. Aaron Bruno, qui connaît si bien la galère, espère le même accueil pour Run, le 2e album de son band électro-rock.

La silhouette d’Aaron Bruno semble s’effacer dans ce vieux sofa vert d’un studio de Los Angeles où on le retrouve. Mais dès que cet Américain de 36 ans se laisse aller à la confidence, son regard bleu acier s’éclaire. Galères en tout genre, engueulades avec la maison de disques, concerts pourris, il parle de tout. Autant de péripéties qui racontent le parcours de cet éternel perfectionniste.

Après des années de doute, l’artiste a trouvé sa voie. Et sa gloire fulgurante suscite en retour une attente vertigineuse. « J’ai peur de décevoir les gens, confesse Bruno alors que sort le second album d’Awolnation. C’est la première fois qu’on a de la popularité, de l’exposition, des milliers de fans. Comment un mec comme moi peut-il encore écrire une chanson après avoir produit un tube six fois disque de platine? » Bruno et Awolnation ont débarqué bruyamment dans le paysage musical américain et ont surpris avec le succès inattendu du tubesque Sail, tiré de l’album Megalithic Symphony, en 2011. Bruno prend alors position comme auteur-compositeur et commence à faire des envieux. « C’est juste une chanson, assure-t-il. Je ne pense pas réussir ça une nouvelle fois. Je ne peux pas expliquer pourquoi elle a plu, c’est sans doute quelque chose que les gens n’avaient encore jamais entendu. »

Sail, le grand succès du premier disque de AWOLNATION, Megalithic Symphony (2011).

Aaron Bruno a du mal à croire en sa bonne étoile, parce qu’il a connu l’échec. À deux reprises. Cerveau de Run, deuxième album attendu d’Awolnation, Bruno se doit d’être à la hauteur de l’attente en évitant de répéter les erreurs de ses débuts. 

« Plutôt que de hurler, j’ai eu envie de chanter »

 Se satisfaire du confort, c’est un luxe. Bruno l’a connu dans son enfance passée à Westlake Village, à une demi-heure de voiture au nord de Los Angeles. Une ville sans âme, avec pour décor des rues bordées d’arbres et de pavillons de banlieue. L’ennui.

Son père Jim, conseiller financier, et sa mère Diane, professeure des écoles, influencent son éducation musicale. La collection de cassettes funk de son paternel, de James Brown à Herbie Hancock, s’ajoute aux hits pop des années 80 que sa mère écoute au volant de sa voiture. À 11 ans, les vinyles de son frère lui permettent de découvrir le rap. Sa quête de découvertes artistiques diverses se développe, mais sans jamais éclipser une autre passion : le surf. Gamin, son père l’emmenait sur tous les spots californiens, de Malibu à Santa Barbara.

Dès que Bruno surfe ses premières vagues, il attrape le virus. « Je passais tout mon temps à surfer pour fuir l’ennui de Westlake. » Bientôt, il découvre le straight edge et la scène punk hardcore de Los Angeles qui influence profondément sa vie et le son d’Insurgence, son groupe d’alors. La musique est un passe-temps de plus en plus prenant,  mais pas encore rentable.

Awolnation

« J’avais 30 ans, se rappelle-t-il. Et qu’est-ce que j’avais fait à mon âge ? Rien ! » 

« À cette époque, mon père me prenait très souvent à part pour me demander ce que je voulais faire dans ma vie, rembobine Bruno. Mes parents étaient désespérés. » Pour dissiper leurs craintes, il s’inscrit à l’université Moorpark Community College, non loin de Westlake, mais préfère le surf à ses cours de théorie musicale. Il s’éloigne aussi du punk hardcore – « plutôt que de hurler, j’ai eu envie de chanter » – et fonde Home Town Hero par envie de créer quelque chose de plus rentable. Une maquette de six chansons offre au jeune groupe post-grunge un manager crédible et un premier contrat chez Maverick. 

Les querelles permanentes entre Bruno et son label, comme la susceptibilité du groupe face aux remarques, fragilisent vite les relations. Fidèles à leur identité punk, ils ruinent leur passage au mythique House of Blues de La Nouvelle Orléans, où étaient présents plusieurs pontes de l’industrie musicale. Maverick les laisse tomber et le groupe disparaît en 2004.

Awolnation

 « J’ai peur de décevoir les gens, avoue l’auteur de Sail. Comment un mec comme moi peut-il encore écrire une chanson après un titre pareil ? »   

« À ce moment-là, ma carrière est au fond du trou, reconnaît Bruno. On avait signé beaucoup trop tôt un contrat avec un label, c’est certain. » Il ne doit compter que sur lui, une fois encore, pour se relever. Ce sera avec Under the Influence of Giants, un groupe de pop indé.

Cela ne suffit pas à gommer sa frustration de toujours galérer pour trouver sa place. Et souvent, son âme rebelle le dessert. Le label Island Def Jam repère le groupe sur la scène des clubs, mais le -succès n’est pas au rendez-vous. Une seule radio américaine, dans le Michigan, programme leur premier single. Trop peu. Bruno et ses potes sont débarqués par leur maison de disques. Nouvel échec. Son amour-propre en prend un coup. Il ne gagne toujours pas d’argent et n’a aucun projet. « J’avais 30 ans, se rappelle-t-il. Et qu’est-ce que j’avais fait à mon âge ? Rien ! » 

Le tableau n’est pas si noir. En dépit des échecs, Bruno a du talent. Il joue de la guitare, du piano, de la batterie et s’affirme comme auteur-compositeur. Il lui faut chasser ses doutes et créer ce qu’il a envie d’entendre. Sans se soucier du reste. Il aspire à monter un groupe et donner des petits concerts « où tout le monde a envie de chanter », tout simplement. Sa définition du succès. La rencontre avec un producteur change tout. Celui-ci s’intéresse à son travail et lui propose de l’aider. En parallèle, il lui dégote un boulot d’auteur pour d’apprenties pop stars

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« Personne n’en aura rien à foutre de cette chanson », répond Bruno à l’ingénieur du son. Erreur. Elle devient omniprésente au classement US du Billboard Hot 100. Un triomphe. Tout change. 

Bruno enregistre Sail en deux heures. Son ingénieur du son lui demande de faire une autre prise, décelant une distorsion dans la maquette. « Qui va s’en rendre compte ? lui répond Bruno. Personne n’en aura rien à foutre de cette chanson. » Erreur. Ellen devient le 2e titre le plus longtemps présent au classement US du Billboard Hot 100. Un triomphe. Tout change. « Pour la première fois, je pouvais exprimer ce que je ressentais sans en avoir honte », résume-t-il. 

« Pour la première fois, je pouvais exprimer ce que je ressentais sans en avoir honte »  
Aaron Bruno

 L’an dernier, Bruno se retire pendant quatre mois dans une ferme isolée, au nord de Santa Barbara, pour enregistrer Run, le deuxième effort électro-rock d’Awolnation. Cette nouvelle aventure transcende Bruno comme jamais. Porté par ses angoisses, Bruno donne le meilleur de son talent avec des tons chauds, des rythmes hypnotiques et un mélange de styles vocaux qui rendent le tout plutôt séduisant. Avec un son étouffé et envoûtant, le titre Run, qui donne son nom à l’album, sonne comme une révolte, un nouvel élan musical. 

Autre pièce majeure de l’album, le titre Hollow Moon (Bad Wolf), porté par un rythme rapide, est une réflexion sur l’égoïsme et le mépris vis-à-vis des attitudes médiocres observées dans l’industrie de la musique. Le petit bijou de l’album se nomme Windows, dont les sons vous envahissent rapidement la tête. C’est une chanson qui prend aux tripes, flirte avec le désespoir et finit en ode à l’épanouissement.

Hollow Moon (Bad Wolf), le premier single du nouvel album Run (2015).

“ But I’m aware/And I don’t care” (« Mais j’en suis conscient/Et je m’en fous »), lance triomphalement Bruno. Cet album, c’est son heure de gloire. « Je me suis construit comme un auteur-compositeur, s’exclame-il, reste à savoir si tout le monde me perçoit ainsi. »

En attendant l’espérée confirmation, Aaron Bruno, sirote un thé brûlant pendant qu’un photographe patiente dans la pièce voisine. Tout roule pour lui. Ce qui devait arriver arrive maintenant. Désormais un musicien exposé, il a trouvé seul le style qui lui convient. Et la frime n’est toujours pas son truc. Ses amis louent sa fidélité, son père gère ses affaires et sa mère continue de s’inquiéter pour lui. 

Les vieux copains du collège sont restés les fidèles compagnons de surf. Il y a toujours quelque chose de Westlake en lui. Mais pas question de rester dans un cocon. Pour Aaron Bruno, il reste encore beaucoup de chapitres à écrire.

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04 2015 the red bulletin

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