Camilo Lara y Toy Selectah

« Juste de la musique »

Texte : Wookie Williams 
Photos : Robert Astley Sparke
Photo additionnelle : Camilo Lara sur Instagram

Au croisement de la cumbia, du rap, du dubstep et du reggae, les deux producteurs mexicains sont parvenus à créer l’album collaboratif Compass

De la dernière union en 2013 de Camilo Lara et Toy Selectah était née Cómo Te Voy A Olvidar, visite électro de la cumbia traditionnelle du groupe mexicain Los Angeles Azules. Ce track passa plus de 65 semaines au sommet des charts digitaux au Mexique, tant et si bien qu’il leur vint l’idée de produire un album original. Six studios, cinq pays et plus de 80 collaborations plus tard – avec Boy George, Eugene Hütz de Gogol Bordello, Phil Manzanera de Roxy Music, le prêcheur des Pink Floyd, David Gilmour et les producteurs jamaïquains de reggae Sly & Robbie – le duo a presque achevé Compass, double album de 40 titres. The Red Bulletin est parvenu à les serrer dans un coin des Red Bull Studios, à São Paulo, dernière étape de leur tournée d’enregistrement. 

Camilo Lara y Toy Selectah

THE RED BULLETIN : Votre fond musical est assez éclectique… 

TOY SELECTAH : Nous avons grandi en écoutant de la cumbia (un style de musique latino-américaine semblable à la salsa, ndlr), du mambo, du danzón et beaucoup de rythmes traditionnels du Mexique et du reste des Amériques. Ce n’est qu’après que nous avons écouté du rock’n’roll. 

CAMILO LARA : La génération qui est née au milieu des Seventies, notre génération, a tout découvert à la fois. Nous écoutions Happy Mondays, les Stone Roses, De La Soul, mais aussi Cypress Hill, du dub et de la drum’n’bass britanniques aussi, et nous avons incorporé ces rythmes dans les sons que nous entendions ici et là. 

« Nous voulions ­montrer aux gens que les dancefloors sont partout les mêmes ; ce sont des espaces très démocratiques »

Comment avez-vous imaginé que l’électro était associable à la cumbia ? 

CL : L’idée a germé parce que, en 2001, Toy a fait Cumbia Sobre el Rio, une chanson de Celso Pina, le premier du genre à incorporer des rythmes électroniques dans cette musique traditionnelle. Ce fut le point de départ pour toute une génération de musiciens, y compris moi. 

Pourquoi la cumbia séduit-elle ? 

TS :
Tout est dans la simplicité du tempo. C’est très pragmatique. C’est un état d’esprit, bien avant d’être une signature musicale : c’est issu de là d’où nous venons.

Comment est venue l’idée de Compass ?

TS : Cela fait quelques années qu’on enregistre ensemble et on n’a jamais fait quelque chose de totalement original tous les deux. Alors on a commencé des échanges musicaux. J’ai envoyé à Camilo quelques beats qu’il s’est mis à bidouiller. Il était assez excité par sa prod et on a commencé à penser à l’idée de faire un album collaboratif, justement parce qu’on n’avait jamais fait ça précédemment. C’est à ce stade que Red Bull nous a tendu la main pour nous aider à construire l’incroyable réseau de collaborateurs et de musiciens. C’est devenu une plateforme de créativité alimentée par des gens d’horizons et de goûts très différents.

CL : L’idée, c’est d’entrer dans le barrio, dans le ghetto, de chiper un bout de funk, une rime, de prendre l’air de Bollywood, des mesures de tous les rythmes, et de transcrire tout ça pour en faire un seul son. Le ghetto est identique au Brésil, à New York, L.A. ou Mexico City. Nous voulions montrer aux gens que les dancefloors sont les mêmes partout sur la planète. Ce sont des espaces très démocratiques où tout le monde peut partager l’énergie de la musique. 

Camino Lara y Toy Selectah

Maîtres mexicains du son 

Camilo Lara (gauche) et Toy Selectah (droite) sont des DJ’s innovants et des ­artistes fidèles aux racines musicales du Mexique. Ils produisent un mélange de norteño, de cumbia et de musique folklorique avec des samples de vieux corridos sur des beats technos.

Vos inspirations viennent de la rue, des classes laborieuses. 

CL : En effet. En un sens, c’est une communion. L’album s’appelle Compass, un jeu de mots avec « compas », qui veut dire « copains ». Mais le mot « compas » peut aussi être pris dans son sens premier, parce qu’on a sillonné la planète pour trouver des gens avec qui on pouvait s’amuser à traduire leur musique.

Des célébrités apparaissent sur ce LP.

TS :
Bosser avec Sly et Robbie, en Jamaïque, fut un rêve éveillé. Je les admire vraiment.

CL : J’ai été très heureux d’apprendre que David Gilmour était fan de mon label Mexican Institute of Sound. J’ai contacté Phil Manzanera, de Roxy Music, pour pouvoir enregistrer un track avec lui. Il enregistrait avec David qui, du coup, nous a rejoints. Le titre que je leur avais envoyé a finalement été enregistré par Boy George. C’était dingue. Toutes les collaborations ont été fantastiques. 

Où se situe la connexion entre votre propre travail et tous ces musiciens aux talents si différents ?

CL :
Dans ce que signifie la musique. Gardez à l’esprit que la jungle, le dubstep, le trip-hop, tous les rythmes qui sont apparus au Brésil ou au Royaume-Uni sont aussi apparus au Mexique. Nous parlons le même langage. C’est juste de la musique, et nous partageons une pulsation. 

TS : Le tempo, le beat, c’est la force de la nature humaine, c’est le rythme du cœur. Ce rythme est au fond de nous. 

Camilo Lara y Toy Selectah

Missionnaires du remix

Ils ont travaillé et fait des remixes pour Morrissey, Tom Tom Club, Placebo, Beastie Boys, 2ManyDjs, Chromeo. 

Cliquer pour lire la suite
11 2014 The Red Bulletin

Article suivant