Chris Pratt

Une histoire rare

Texte : Rüdiger Sturm
Photos : Peter Yang

Chris Pratt revient de loin. Star de Jurassic World, annoncé comme le prochain Indiana Jones, l’Américain a mis les gaz pour passer du néant aux sphères VIP du système hollywoodien.

Ceux qui ont connu Chris Pratt à la fin des années 90 n’en reviennent pas. À cette époque, le jeune homme avait tout du hippie marginal, dormant dans un van pourri garé sur la plage de Maui alors qu’il était parti avec un ami vivre un an à Hawaii. Financées par des petits boulots de serveur, ses « occupations » principales consistaient à boire de l’alcool à volonté et à fumer du chanvre indien, ou cannabis, pour ne pas citer ce produit stupéfiant.

Changement de décor et d’époque. Nous sommes en mars dernier, dans l’une des luxueuses suites du Four Seasons, un hôtel clean de Los Angeles. De mauvaises langues soi-disant introduites dans le milieu hollywoodien nous avaient dit que Chris Pratt accompagnait volontiers ses interviews d’un verre de whisky. Faux. À côté de lui trône une bouteille d’eau minérale, et non gazeuse. C’est un bel homme qui nous apparaît, tout en muscles. Envolée, l’image du marginal zonnard aux yeux rougis par la fumette, cet Américain de 36 ans est aujourd’hui un acteur apprécié et reconnu. À son actif, des rôles clés dans des films comme seul les States savent en produire : Les Gardiens de la Galaxie ou Jurassic World, suite hyper attendue de Jurassic Park, en salles depuis le 10 juin. Malgré ces références cinématographiques enviables, Chris Pratt a le succès modeste. Quand est venue à ses oreilles une rumeur l’annonçant comme favori des studios Disney et de Lucasfilm pour incarner le nouvel Indiana Jones, il fut le premier à s’en étonner sincèrement.

Omar Sy joue aux côtés de Chris Pratt dans Jurassic World, réalisé par Colin Trevorrow, et sur les écrans français depuis le 10 juin.

© Universal Pictures France // YouTube 

Après des études placardées en moins d’un semestre, et une belle succession de boulots alimentaires, Chris se pose quelques mois comme professionnel du strip-tease. Sans grand succès, quand bien même la grand-mère de l’un des copains se souviendra jusqu’à la fin de ses jours d’une performance très hot redevable à cet originaire du Minnesota bien bâti. Lorsqu’un groupe de potes lui propose de le rejoindre à Hawaii pour s’y installer, Chris n’hésite pas.

C’est là-bas qu’il se met à envisager de plus en plus de s’essayer au métier d’acteur, même s’il n’a, forcément, aucun plan concret. « J’ai toujours aimé jouer la comédie, lance-t-il, comme si cette déclaration semblait résumer son destin. Quand j’avais 3 ans, nous sommes allés voir mon grand frère jouer une pièce à son école. Ma mère était émue aux larmes, et c’est à ce moment-là que je me suis dit à que moi aussi, je pourrais faire du théâtre ! »

C’est dans un café de Hawaii où chris pratt est serveur que va débuter sa carrière… il y rencontre l’actrice rae dawn chong, vue dans un classique du cinéma d’action : Commando

À Hawaii, le destin frappe à sa porte. Enfin, plutôt à celle du café où il s’acharne à accumuler quelques dollars en tant que serveur. C’est sous les traits de la Canadienne Rae Dawn Chong que la chance lui apparaît. Cette actrice aux cheveux bouclées, Chris l’a vue dans Commando, un classique du cinéma d’action des années 80 (que tout un chacun se doit d’avoir vu), dans lequel on peut apprécier cette scène magique : Arnold Schwarzenegger portant à bout de bras un tronc d’arbre alors qu’il fait route vers son foyer (où l’attend sa fille, interprétée par la pétillante Alyssa Milano, âgée de 13 ans à l’époque). En lui apportant son assiette de crevettes (à Rae, pas Alyssa), Chris reconnaît la comédienne et se jette à l’eau. Après un numéro de charme apparemment efficace, Rae lui propose un rôle dans son tout premier film, la comédie (déviant vers l’horreur) titrée Cursed, part III, et le fait venir à Los Angeles.

Chris Pratt

Chouchou de Steven Spielberg, il est pressenti pour succéder à Harrison Ford dans le rôle d’Indiana Jones.

Une fois ce film tourné, Chris connaît le long chemin de croix de tout acteur débutant et inconnu à Hollywood. Il se présente à tous les castings, essuie refus sur refus, mais persévère. Des journaux se sont permis de rapporter qu’il a vécu son essai raté pour Avatar, le film à près de 15 millions d’entrées, comme la désillusion ultime. Ironique, Chris rectifie, avec aussi une pointe d’amertume : « C’en était un de raté parmi tant d’autres ! À cette époque, je m’écumais tous les castings, et on ne me confiait aucun rôle. C’est simple : j’ai auditionné pour presque tous les films dans lesquels je ne figure pas. »

Ce qui l’a fait tenir ? « Une confiance absolue en moi, un enthousiasme indestructible, et la conviction que tous ceux qui n’avaient pas voulu de mes talents commettaient une affreuse erreur. » Ce qui ne fait pas de Chris Pratt un mégalo imbu de sa personne. Au contraire, il sait considérer son métier avec recul et humilité. Après avoir fait ses classes dans des séries télé, il avoue être davantage intéressé par les rôles de caractère que par les rôles principaux.

« Quand tu as eu à faire à des grands-mères en chaleur, tu ne peux plus te prendre au sérieux »
Chris Pratt

C’est pour cette même raison que Chris Pratt relève tous les défis de transformation physique : prendre du poids pour jouer Andy Dwyer, le sympathique nigaud de la série Parks and Recreation, se mettre au régime pour le rôle d’un joueur de baseball dans Le Stratège, dans lequel Brad Pitt interprète un coach hors du commun, avant de réapparaître sur les écrans avec 20 kilos de plus dans la comédie Ten Years. Pas de problème pour lui qui fait passer les exigences d’un rôle avant son ego.

ses rôles au top

2011 >> LE STRATÈGE
Star du base-ball aux côtés de Brad Pitt, dans un film cinq fois nominés aux Oscars.

2012 >> ZERO DARK THIRTY
Les forces spéciales US en chasse contre Oussama ben Laden. Un film nominé cinq fois aux Oscars.

2012 >> 5 ANS DE RÉFLEXION
Meilleur ami de Tom, l’éternel fiancé, dans cette comédie de Nicholas Stoller.

2014 >> LA GRANDE AVENTURE LEGO
Emmet, c’est lui ! Le bonhomme jaune est destiné à sauver le monde Lego.

2015 >> LES GARDIENS DE LA GALAXIE
Rebelle intergalactique dans l’adaptation des comic books de Marvel.


Pour Delivery Man, comédie sur fond de paternité multiple, il a même dû monter jusqu’à 150 kilos, avant de retourner soulever de la fonte, non par orgueil, mais pour préparer son rôle de héros musclé dans Les Gardiens de la Galaxie. « Cela dit, je n’aurais eu aucune gêne à jouer le premier héros obèse de l’histoire du cinéma. » D’ailleurs, le projet lui a tellement plu qu’il s’est lancé dans l’aventure à fond, en dépit des prévisions d’un flop total, qui aurait mis sa carrière en péril. À l’époque, personne ne pariait sur les aventures de ces super-héros issus des comic-books de Marvel qui parcourent la galaxie à la recherche d’un hypothétique caillou. Pourtant, le film a été un succès avec une recette de 774 millions de dollars, et a valu à Pratt le titre de Rebelle de l’année 2014, conféré par le magazine Hollywood Reporter

Chris Pratt garde la tête froide en toutes circonstances. Même lorsqu’il partage l’affiche avec une star comme Brad Pitt, dans Le Stratège. Il avoue tout de même avoir fait semblant de ne pas être intimidé : « C’était vraiment cool de jouer avec lui. J’aurais peut-être dû en profiter davantage. »

Les vrais héros, pour lui, ne se trouvent pas dans les films : « Ce sont des gens qui viennent en aide aux autres sans le moindre intérêt, sans attendre un merci. Par exemple, un type comme Russell Wilson, joueur de l’équipe de football américain des Seahawks de Seattle, est un héros pour moi, non pas parce qu’il a emmené son équipe jusqu’en finale du Super Bowl deux années de suite, mais pour ses engagements, comme aller rendre visite à des enfants malades dans les hôpitaux. Les vrais héros sont des gens comme lui et tous ces inconnus qui prennent des risques au quotidien pour aller sauver des vies, sans rien attendre en retour. »

« Je n’aurais eu aucune gêne à jouer le premier héros obèse de l’histoire du cinéma »  
Chris Pratt

Chris Pratt est un mec à la cool, et il est drôle. C’est justement son humour et son talent d’improvisation comique qui ont plu aux auteurs de la série Parks and Recreation et à Colin Trevorrow, le réalisateur de Jurassic World, la première fois qu’ils l’ont auditionné. Des aptitudes que Chris Pratt explique par son passé de marginal : « Quand tu as eu à faire aux rats, aux poux et aux grands-mères en chaleur, tu ne peut plus te prendre au sérieux. »

Un credo qui vaut pour toutes les étapes de sa vie, y compris son nouveau film, Jurassic World, au budget astronomique de 180 millions de dollars. D’ailleurs, quand on lui demande quel a été le meilleur moment du tournage, il perd son sérieux de façade et répond, goguenard : « C’est quand j’ai dû conduire une moto à fond la caisse. J’ai terminé la course par un magnifique vol plané involontaire. La bécane était bonne pour la casse. Bref, un grand moment ! » Un éclair de malice traverse son regard.

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07 2015 The Red Bulletin

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