Christoph Waltz

Christoph Waltz : « Je suis partisan de la persévérance »

Photo d’ouverture : Ben Hassett/Trunk Archive
Texte : Rüdiger Sturm

À 59 ans, Christoph Waltz a remporté deux Oscars. Dans Spectre, il mène la vie dure à 007. Et la vie dure, il sait ce que c’est.

THE RED BULLETIN : Quelle est la mission principale d’un méchant dans James Bond ?
CHRISOPH WALTZ : Il permet à James Bond d’être un héros. Sans lui, il pourrait rester à la maison et profiter de la vie. C’est l’adversaire qui amorce le drame.

Y a-t-il également de tels adversaires dans la réalité ? 
En permanence. Mais les avis divergent. Ce serait insupportable si tout le monde était d’accord. C’est l’essence même de notre travail. Sinon, tout le monde pourrait le faire. Avec certains réalisateurs, le travail du détail est une épreuve pour les nerfs. Ils exigent de la précision. Ce sont eux les maîtres. 

Connaissez-vous le sentiment d’avoir fait tout comme il faut, mais pas de l’avis de l’autre partie ?
C’est l’essence même du travail. Sinon, tout le monde pourrait le faire. Par exemple : tout le monde peut être acteur, mais tout le monde ne peut pas répéter des choses, modifier seulement certaines nuances, travailler de manière aussi précise. Avec certains réalisateurs, ce travail du détail peut devenir une épreuve pour les nerfs. Ils exigent cette précision justement parce qu’ils ont beaucoup d’expérience et peuvent se permettre d’être aussi méticuleux. Ce sont eux les maîtres.

© YouTube / SonyPicturesFR

Avec quelle attitude parvient-on à ce niveau ?
Pour commencer, il faut faire son travail correctement. Un point que la plupart des gens oublient de nos jours. Ils ne pensent qu’au succès. Ils veulent être stars de cinéma ou de télévision, pas plus. Ils finissent bien sûr par être incroyablement déçus, car ce n’est simplement pas le bon objectif. Avant, l’objectif était de trouver la forme pour un contenu ou, s’il n’y avait pas de contenu, d’en trouver un auquel donner une forme. Et je suis encore de cette génération.

christoph Waltz

Christoph Waltz, monstre brillant dans Inglourious Basterds. Depuis, il affirme pouvoir « rencontrer tout le monde » dans l’industrie du cinéma.

© A.P.L. Allstar Picture Library/Universal


La qualité finit-elle par s’imposer ?
La qualité a besoin d’une opportunité pour s’imposer. S’il celle-ci ne se présente pas, vous pouvez faire une croix sur la qualité.

Cette opportunité a mis plusieurs années avant de se présenter à vous…
Après, c’est une question d’obstination. Mes premières années ont été du tonnerre, mais j’ai ensuite enchaîné de nombreux projets médiocres. J’étais tellement frustré que j’ai tout remis en question. Mais il faut aussi investir beaucoup de substance pour faire les choses intelligemment. Par substance, j’entends non seulement intensité et concentration, mais également temps. Il faut bien plus de 30 ans pour maîtriser un tel métier.

Pourquoi vous êtes-vous accroché au métier d’acteur ?
La question ne se pose pas lorsque l’on a des contraintes matérielles. Il faut persévérer. Et je suis un partisan convaincu de la persévérance, même au niveau le plus élevé.

Des contraintes matérielles : vous deviez subvenir aux besoins de votre famille ?
Bien sûr. Quand je suis en Allemagne à l’occasion et que j’allume la télévision, je vois ces choses innommables et des personnes qui sont peut-être prometteuses et talentueuses. Pourquoi s’infligent-elles cela ? Parce qu’elles doivent gagner leur vie. 

Christoph Waltz

Cette fois du côté des gentils : Christoph Waltz dans le rôle du Docteur King Schultz dans le film de Quentin Tarantinos, Django Unchained

© ddp images

Comment êtes-vous parvenu à dépasser ce niveau ?
Je suis un veinard. Voilà tout. Au début de ma carrière, j’ai eu un rendez-vous avec une célèbre productrice de Broadway. Elle m’a déclaré d’emblée : « Quand je vous regarde, je sais que vous êtes un acteur fantastique. Mais laissez-moi vous dire une chose : les gens s’en contrefichent. La seule chose qui compte, c’est vos connaissances et vos rencontres. » Il a fallu que j’attende Inglourious Basterds pour pouvoir rencontrer tout le monde.

Mais comment se satisfait-on en attendant ce moment ? Dans le détail du travail ?
Oui.

Y a-t-il d’autres possibilités de compensation ?
Je crains de ne pas pouvoir réduire ceci à des phrases-choc consommables. C’est différent pour chaque personne, et variable d’un jour à l’autre. Il n’y a pas de règles universelles comme les magazines le prétendent. La seule chose qui aide : c’est de persévérer !

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11 2015 The Red Bulletin

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