Chrysta Bell, l’étoile mystérieuse

Texte : Arno Raffeiner      Photos : Aaron Feaver

L’Américaine Chrysta Bell, 
35 ans, hypnotise les foules. 
Son premier album « This Train »  produit par l’incomparable 
David Lynch est sorti en france. 
Portrait d’une femme 
presque fatale.

Bell possède une chevelure rouge sang et un regard hypnotique. Tout en elle évoque le mystère. En commençant par son mentor et producteur, le réalisateur et musicien américain David Lynch, autre personnage mystérieux. Au début de chaque concert de la Texane, il assure, voix off, son entrée en scène : « Wow! She sings like a bird! Isn’t she unbelievable? » Derrière elle, un rideau de velours pourpre ondule. Des images en noir et blanc y dansent. Dès l’instant où la projection cesse, Bell vient habiter le spectacle de sa voix, de ses gestes tragédiens, de ses larmes. 

Partout où elle se produit, elle crée une atmosphère d’une incroyable étrangeté. Sorti aux États-Unis en 2011 sous le label La Rose Noire, et disponible en France depuis février, son premier album This Train, larme et cœur noirs sur la pochette, est le fruit d’une longue collaboration avec David Lynch. Plus de dix ans de travail. Ce voyage sur un nuage en forme de guitare, évoquant l’âge d’or des divas du jazz, du trip-hop et du blues, a été conçu et mis en scène par le réalisateur sexagénaire.

 Los Angeles dans son studio, ce dernier avait l’habitude d’ébaucher un morceau, puis il tirait d’une boîte noire une feuille de papier noircie de paroles et invitait Chrysta Bell à se mettre au micro, en lui donnant des indications, plus ou moins faciles à mettre en application. « Imagine que tu sois une voiture de sport ! » Entre simplicité narrative et terreur suggestive, détails en gros plans et flous très artistiques, Lynch s’amuse. Ses films se caractérisent aussi par leurs ambiances sonores. La transition vers la production musicale avec Chrysta Bell se fait donc tout naturellement. Dans le clip vidéo Real Love, elle semble graviter quelque part entre Mulholland Drive et Lost Highway.

« Il nourrit mon travail, dit-elle. Par des anecdotes sans rapport avec ce que nous faisons, en suggérant des associations avec Elvis Presley, Elizabeth Taylor, une voiture ancienne ou encore la sensation de l’air nocturne, tout est prétexte à alimenter mon processus de création. »

«  JE VIS POUR LA SCÈNE. LE RAPPORT AU PUBLIC, L’EXCITATION DE NE PAS SAVOIR SI L’ON VA SE RAMASSER OU ATTEINDRE DES SOMMETS ME FASCINE »
Chrysta Bell

 Quand ils commencent à travailler ensemble en 2000, ce côté musicien de Lynch est encore méconnu. Après plusieurs collaborations notamment avec Danger Mouse et Sparklehorse, il sort un premier album solo en 2011, Crazy Clown Time, puis un second en 2013, The Big Dream. La rousse envoûtante chante dans un swing band qui se produit souvent au Continental Club à Austin, la capitale du Texas. Enfant, elle traîne dans le studio de son beau-père, et devient choriste dès l’adolescence. Elle s’essaie au mannequinat et à la comédie, et décroche même un petit rôle au cinéma aux côtés de Jet Li.

En 1998, elle signe, à 20 ans, son premier contrat pour un disque. Son agent arrange alors une rencontre avec David Lynch et lui fait écouter sa bande démo. La carrière dont elle a toujours rêvé peut commencer. Elle sera son égérie. « Je vis pour la scène, dit-elle. Le rapport au public, l’excitation de ne pas savoir si l’on va se ramasser ou atteindre des sommets me fascine. »

Une chose est sûre, sa personnalité sied à sa voix et à son élégance ténébreuse. Pourquoi l’amertume semble-t-elle si douce chez elle? « J’ai vu beaucoup de personnes mourir, exprime-t-elle d’un ton et d’un regard qui ne trompent pas. Je suis en bons termes avec la mort. Pour moi, pleurer n’est pas forcément synonyme de tristesse. Je crois en la réincarnation et en l’existence des cycles. »

Le cycle actuel de Bell est une tournée qui l’a menée dans 27 pays ces deux dernières années. Mais si cela ne tenait qu’à elle, elle se limiterait à un concert hebdomadaire toujours au même endroit, idéalement à Berlin. Une ville parfaite pour un être qui évoque autant les années folles, une époque où les femmes étaient bien plus fatales que ne le sont les provocatrices d’aujourd’hui.

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05 2014 The Red Bulletin France

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