Dan Auerbach

« Fuck la perfection !»

Texte : Marcel Anders
Photo : ALYSSE GAFKJEN

Dan Auerbach exècre l’industrie musicale. Ça ne l’a pas empêché de devenir une star avec les Black Keys. Pourquoi ? Il nous l’explique.  

Dan Auerbach a remporté sept Grammy Awards et vendu plus de deux millions d’albums avec The Black Keys, le duo américain blues rock dont il fait partie. Pas mal comme bilan, surtout pour quelqu’un qui ignore délibérément les codes de l’industrie musicale


THE RED BULLETIN : Le dernier album des Black Keys, Turn Blue, est monté en tête des charts américains l’année dernière. Comment réagit-on à ça quand on n’en a rien à faire du succès ? 
DAN AUERBACH :(rires) Ça fait plaisir quand même. Mais ça ne change rien. Si je fais de la musique, ce n’est pas pour la gloire. Les remises de prix comme les Grammy Awards, ce n’est pas du tout mon truc.

Si l’on se fie aux spécialistes des tendances, votre musique saturée aux accents de blues ne devrait pas avoir beaucoup de succès. Pas du tout dans l’air du temps.  
Nos albums sont une réaction à ce qui se passe actuellement dans l’industrie musicale. Tout est restylé, calculé et affreusement lissé. Notre succès, c’est la preuve qu’il y a encore des gens qui veulent de la musique faite par de vrais musiciens. Des musiciens qui jouent avec leurs tripes et qui se donnent à fond.

The Black Keys - Lonely Boy

© YouTube // The Black Keys

Rock’n’roll ne rime donc pas avec perfection ? 
Moi-même, je suis tout sauf un virtuose. Je ne sais même pas lire une partition. Et Pat, mon acolyte, est un mauvais batteur – d’un point de vue technique. Mais on compense en se donnant à fond. Et c’est ça que je veux dire : fuck la perfection ! Il faut s’éclater dans ce qu’on fait. Mais en contrôlant toujours tout. C’est bien plus important que de sortir des trucs toujours impeccables ou de suivre les règles de l’industrie musicale. En fait, la musique d’aujourd’hui, c’est souvent chiant et c’est un peu toujours la même chose. On s’oppose farouchement à tout ça.

Un appel à la révolution ? 
Exactement. Imitez-nous ! Ne faites pas confiance à quelqu’un qui vous conseille de respecter les règles.

Et cette attitude se voit aussi dans votre décision de ne pas proposer vos albums sur des services comme Spotify. Même si pour certains, c’est l’avenir de la musique. 
Le problème avec les plateformes de streaming, c’est que c’est surtout aux intermédiaires de l’industrie musicale qu’elles font gagner de l’argent, pas aux musiciens. Quand ta chanson est écoutée 100 000 fois sur Spotify, en tant qu’artiste, tu gagnes 12 €. Je ne trouve pas ça normal. Les services de streaming font croire aux gens que la musique, c’est gratos.

« D’autres groupes devenaient rapidement célèbres. On a pris notre temps, on a été fauchés un sacré bon moment. »
Dan Auerbach

Si vous étiez un jeune musicien aujourd’hui, est-ce que vous laisseriez tomber face à de telles perspectives ? 
Non. Un véritable artiste n’a pas de plan B. Il travaille sans relâche. Avec les Black Keys, on a passé toute notre carrière soit en tournée, soit en studio. On ne connaît rien d’autre.   

Comment tenez-vous ce rythme, depuis 14 ans ? 
On n’y a jamais réfléchi, on s’est simplement contentés d’avancer. Pendant que d’autres groupes qui ont commencé en même temps que nous devenaient rapidement riches et célèbres, nous, on a pris notre temps. On a été fauchés pendant un sacré bon moment. Ça n’a pas toujours été facile, mais ça nous a beaucoup appris. Un travail de longue haleine, ça paie toujours. 

Comment faites-vous pour rester en forme ? 
En tournée, l’essentiel c’est de bien manger. Donc, tous les jours, je mange un pho, une soupe de nouilles vietnamienne. Contrairement à la nourriture chinoise, par exemple, qui est cuisinée une fois, puis réchauffée ensuite, le pho est toujours préparé le jour même, donc toujours frais.  

Voilà qui semble raisonnable pour une star du rock. 
Bien manger, c’est la base de tout. Si tu ne te nourris que de fastfood, ça ne te fera pas du bien. Et ça pèsera aussi sur ta créativité, ton dynamisme – et sur ta voix en tournée. Les stars du rock aussi devraient s’enfoncer ce bon vieux proverbe dans le crâne : on est ce que l’on mange.

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10 2015 The Red Bulletin

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