Le Petit Prince, Mark Osborne

Déconseillés aux moins de 18 ans

Texte : Christine Vitel
Photos : Paramount

Les films d’animation sont-ils forcément des produits destinés aux enfants ou en existent-ils qui soient réservés aux adultes ? La sortie du Petit Prince adapté au grand écran nous a donné envie d’établir une liste non exhaustive pour répondre à cette question.

Porter un bijou littéraire et graphique au grand écran, il fallait oser. Mark Osborne l’a fait. L’ex collaborateur de DreamWorks Animation, ayant contribué à l’élaboration du phénoménal Kung Fu Panda (2008, USA), et les Français Aton Soumache et Dimitri Rassam d’On Entertainment ont conjugué leurs efforts pour ce projet délicat. Le Petit Prince voit le jour au cinéma, et les critiques l’encensent. Car l’engouement touche petits et grands. En couplant les techniques d’animation infographie et stop-motion, le réalisateur américain a ostensiblement voulu rendre un hommage cinématographique admirable à un chef-d’œuvre de la littérature française et s’adresser à plusieurs générations : celles qui ont lu Le Petit Prince étant enfant, et celles qui le liront à l’âge adulte, se remémorant l’avoir vu en salles aujourd’hui. 

QUI A DIT QU’ANIMATION RIMAIT AVEC MIÈVRERIE ? 

Il est des livres destinés aux enfants qui touchent aussi les adultes. Il est des livres destinés aux adultes qui touchent l’enfant tout au fond d’eux. C’est cela qu’exprime Saint-Exupéry dans sa dédicace (ci-contre) : ​« Toutes les grandes personnes ont d’abord été des enfants. (Mais peu d’entre elles s’en souviennent.) »

Préambule au Petit Prince

« À Léon Werth.

Je demande pardon aux enfants d’avoir dédié ce livre à une grande personne. J’ai une excuse sérieuse : cette grande personne est le meilleur ami que j’ai au monde. J’ai une autre excuse : cette grande personne peut tout comprendre, même les livres pour enfants. J’ai une troisième excuse : cette grande personne habite la France où elle a faim et froid. Elle a besoin d’être consolée. Si toutes ces excuses ne suffisent pas, je veux bien dédier ce livre à l’enfant qu’a été autrefois cette grande personne. Toutes les grandes personnes ont d’abord été des enfants. (Mais peu d’entre elles s’en souviennent.) Je corrige donc ma dédicace :

À LÉON WERTH
quand il était petit garçon. » 

 Des livres aux albums de bande-dessinée, il n’y a qu’un pas. Et des albums de romans graphiques au grand écran, la route n’est plus très longue. L’enjeu consiste à faire honneur au premier. L’appel aux techniques d’animation, aujourd’hui multiples (CGI, computer generated imagery ou images de synthèse numérique [2D et 3D], dessin animé, manipulation d’objet [2D] ou de volume [3D] telle que de la pâte à modeler…) permettent de traduire fidèlement une intention cinématographique. La qualité du résultat dépasse bien souvent l’imagination, tout comme l’investissement en temps pour la durée de production. Les images animées servent l’effet cathartique d’une histoire (Persépolis) ou viennent raviver des souvenirs embrumés en les retranscrivant avec la patine de la nostalgie (Les Triplettes de Belleville). Il est aussi des films d’animation purement fictionnels, qui sollicitent un imaginaire débridé, étranger au domaine de l’enfance (les mangas cyberpunk).

Une fonction cathartique 

La catharsis, procédé théâtrale applicable à l’ensemble des arts de la représentation, permet d’expurger les passions. Plus ou moins violente, essentiellement esthétique, l’action permet de se libérer de ses tensions émotionnelles intérieures en les transposant à distance, sur la scène, ou sur l’écran. Elle touche à la fois l’auteur, et les spectateurs.

Le Petit Prince (Mark Osborne, 2013, France)

© Paramount

LE PETIT PRINCE 
(Mark Osborne, 2015, France) 
Un film à l’intérieur du film. Cette technique de mise en abyme existe depuis le début du cinéma. La part nouvelle vient de la technique avec lesquelles cette histoire est racontée : le passage des images de synthèse (infographie) à l’animation image par image (stop-motion ) d’objets (papier en 2D), et de volumes (papier et argile mélangés en 3D), douce et poétique, en fait un sublime hommage au chef-d’œuvre de Saint-Exupéry. Le 31 décembre 1935, l’avion de l’aviateur s’écrase dans le désert de Lybie. Il sera sauvé par une caravane de nomades. Antoine de Saint-Exupéry revient sur cet événement traumatisant en le sublimant à travers cette histoire profondément humaniste qu’est Le Petit Prince (publiée en 1943).

INTERSTELLA 5555: THE  5TORY OF THE 5ECRET 5TAR 5YSTEM
(Kasuhisa Takenouhi & Daft Punk, 2003, Japon-France) 
Les dessins animés nippons à la télé, c’est la madeleine de Proust de toute une génération. Daft Punk s’est associé au créateur d’Albator pour leur album Discovery, contribuant ainsi à son succès interplanétaire, transcendant les âmes d’enfants devenus grands avec ces images empreintes de désuétude.

VALSE AVEC BACHIR
(Ari Folman, 2008, Israel-France-Allemagne) 

Un coup de poing dans les festivals. Une incursion graphique dans la guerre qui fait rage au Liban dans les années 1980. Un souvenir effacé, des images oubliées qui remontent importunément à la surface. Les camps sont brouillés. La frontière entre bon et méchant semble aussi aléatoire que celle de la mémoire. Ce film se veut un documentaire et un témoignage intime. 

PERSÉPOLIS
(Vincent Paronnaud & Marjanne Satrapi, 2007, France-Iran) 
Raconter un passé douloureux et l’histoire de son pays pour lequel on souffre à des personnes ne soupçonnant même pas l’emplacement géographique du-dit pays ? Marjanne Satrapi l’a fait. Avec l’aide de Vincent Paronnaud, elle adapte son roman graphique au grand écran et éduque le public cinéphile à la question iranienne.

Une fiction caricaturale 

L’association de la 2D et de la 3D permet de s’appliquer sur le jeu des acteurs (dans le cas des Lascars, les voix jouent un rôle primordial), ou sur l’intensité des dessins anguleux (Les Triplettes de Belleville), des mimiques et des situations (Tokyo Godfathers).

Les Triplettes de Belleville (Sylvain Chomet, France-Belgique-Canada, 2003)

© Youtube // MagelisTV

LES TRIPLETTES DE BELLEVILLE
(Sylvain Chomet, France-Belgique-Canada, 2003)

Le réalisateur français, issu du monde de la bande-dessiné, crée un univers rétro avec des techniques traditionnelles qui donnent une tonalité artisanale aux images. Les références aux grands noms de générations passées et les personnages caricaturaux taillent ce long-métrage pour un public ado-adulte : Joséphine Baker, Django Reinhardt, le Général de Gaulle, l’esprit du Tour de France en province… Les dialogues réduits au minimum en font un film au public international.

LES LASCARS 
(Albert Pereira Lazaro et Emmanuel Klotz, 2009, France-Allemagne)

Un micro-format TV au succès démentiel. Décrit comme le  « miroir irrévérencieux de notre société urbaine », la série au sketches innombrables donnent rendez-vous aux spectateurs sur grand écran en 2009. Pari tenu pour les réalisateurs francais. Élevés au son du rap egrenés tout au long du film, les deux héros présentent une image de banlieusards hilarante, attachante, et parodique.

TOKYO GODFATHERS
(Satoshi Kon, 2003, Japon)
 
Un film au propos réaliste, un témoignage drôle, subtil et bouleversant de la vie d’une poignée de Tokyoites déchus. Malgré leur pauvreté et la misère de leur vie, leur cœur est extensible. Ce récit retrace leurs histoires, celle de l’homme ruiné, de la sans-abri transgenre et de l’ado fugueuse, brossés sous des traits exagérément grossiers.

COWBOY BEPOB
(Shinichiro Watanabe, 2001, Japon)

Voilà un bonus pour les amateurs de fiction japonaise bourrée de références issues de la culture chinoise et américaine (Bruce Lee y est à l’honneur), d’humour et de sexe, à l’image des Nicky Larson et autres détectives aux vues tendancieuses parfois, mal placées souvent.

Un univers alarmant 

Bienvenue au Japon, empereur des films d’animation. Les longs-métrages d’anticipation cyberpunk (mot valise pour désigner cybernétique et punk) se déroulent dans un avenir proche et décrivent un monde inquiétant, perverti, corrompu, aux perspectives bouchées. (Les films de Hayao Miyazaki et des studios Ghibli ont été intentionnellement omis, car n’appartenant pas à ce genre.)

Akira (Katsuhiro Ôtomo, 1988, Japon) 

© Youtube // Jonathon Propp

AKIRA
(Katsuhiro Ôtomo, 1988, Japon) 

Avec Ghost in the shell (Mamoru Oshii, 1995, Japon), le manga Akira fait figure de pionnier parmi les références cyberpunk au cinéma. Pour la première fois, et avant L’étrange histoire de Benjamin Button (David Fincher, 2008, USA), on voit des personnages manipulés génétiquement, comme ces enfants avec des visages de vieillards.

PAPRIKA
(Satoshi Kon, 2006, Japon) 

Christopher Nolan a reconnu que le film Paprika l’avait influencé au moment de l’écriture du scénario d’Inception (2010, USA). Ce film traite de l’inconscient, du domaine des rêves et du moyen de les manipuler. À tort et à travers, surtout pour le pire.

SIN CITY 
(Robert Rodriguez & Frank Miller, 2005, USA)

Le roman graphique éponyme dont Frank Miller est l’auteur relate les histoires de plusieurs personnages évoluant dans cette ville pleine de vices et de méfaits. Ce film hybride mélange les techniques de tournage traditionnelles (pellicules 35mm) et les animations.

MARS ATTACKS
(Tim Burton, 1996, USA)

L’un des premiers du genre à faire usage d’images de synthèse relativement crédibles, du moins qui fonctionnent à l’écran. Nous sommes au milieu des années 1990, et c’est Tim Burton qui tient le flambeau. L’anticipation offre ici un terrain de jeux visuels jouissif aux réalisateurs et scénaristes.

Une sublimation poétique 

Parce qu’un film, c’est une œuvre d‘art. Cela véhicule des émotions, visuelles, auditives, profondes. Nous sommes sensibles à différentes formes de beauté et de poésie. Comment leur rendre le plus bel hommage ?

Chico and Rita (Fernando Trueba & Javier Mariscal, 2011, Espagne-GB)

© YouTube // MoviemaniacsDE

CHICO ET RITA
(Fernando Trueba & Javier Mariscal, 2011, Espagne-GB)

La bande originale produit le clivage des publics. Ce film aussi retrace un pan historique de la vie d’un pays à travers un homme, le compositeur cubain Bebo Valdés. Nous sommes à Cuba, en 1948. Donner une forme esthétiquement visuelle à l’âge d’or du jazz, les années 1940-1950, avec l’arrivée de Charlie Parker ou Dizzy Gillespie.

MARY AND MAX
Adam Elliot, 2009, Australie)

Ce film d’animation australien est réalisé entièrement en pâte à modeler. Ce sont les studios Aardman Animations qui ont fait connaître cette technique au cinéma, avec les péripéties de Wallace et Gromit que l’on doit à Nick Park (Un mauvais pantalon, GB, 1993, entre autres). Mary and Max, loin d’être simpliste, thématise des sujets graves, tels que l’alcoolisme, la solitude, le stalking, la différence.

L’ÉTRANGE NOEL DE MONSIEUR JACK 
(Henry Selick & Tim Burton, 1995, USA)

Bienvenue dans l’univers ténébreusement fantastique de Tim Burton, again ! Le génie créateur, met en scène des personnages filiformes, inquiétants et bizarres, et trouve le format parfait pour rendre justice à leur plastique un peu particulière. Imprégnés d’une atmosphère halloweenesque, les plans sont très sombres, sinistres, lugubres et terrifiants. 

FANTASTIC MISTER FOX
Wes Anderson, 2009, USA)

Adapté du Fantastique Maître Renard que l’on doit au romancier anglais Roal Dahl, la version cinématographique de Wes Anderson reproduit un univers d’album enfantin pour faire vibrer la fibre nostalgique de ses pairs. La technique en stop-motion contribue à insuffler cette vision très surannée au film, comme si l’on dépoussiérait une peluche perdue derrière une commode depuis X années. La bande-originale ne laisse pas planer le moindre doute sur l’âge des spectateurs dans la salle : des Beach Boys à Burl Ives en passant par les Rolling Stones.

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08 2015 redbulletin.com

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