Keanu Reeves auf dem Custom-Bike

Dessine-moi une moto, Keanu !

Texte : Ann Donahue
Photos : Peter Yang

Fou de deux-roues ­depuis gamin, Keanu reeves s’est associé au préparateur Gard Hollinger pour lancer sa propre marque de motos. Présentation du modèle Arch Motorcycle KRGT-1.  

On entend Keanu Reeves avant de le voir. Il s’annonce par un grondement rauque. Le beau gosse approche en roulant entre les entrepôts du coin. Le bruit est impressionnant, pas seulement parce que c’est un beau bruit, pour quelqu’un qui aime les sonorités que peut développer une moto, mais aussi par le volume qu’il génère. Assez fort pour inquiéter les alarmes des voitures environnantes. 

Keanu Reeves, total look noir, débarque dans les locaux d’Arch Motorcycle Company sur… sa moto. ll est en droit de le faire, car cette société, et ces lieux lui appartiennent. Le comédien révélé par Point Break, accédant au statut de star internationale avec Matrix, fait taire sa bête, retire son casque et nous gratifie d’un « salut ! ».

Keanu Reeves conduit une KRGT-1 conçue par Arch Motorcycle Company. C’est sa moto. Il ne l’a pas achetée. Il l’a pensée. Ce musculeux custom sportif est son œuvre. Reeves a fondé l’entreprise californienne avec Gard Hollinger, designer et ingénieur, et depuis peu, les deux associés proposent la KRGT-1 à la vente. Les produits qui portent le sceau d’une star sont souvent vendus chers, juste parce que la célébrité en question a prêté son visage pour en faire la promotion. Ici, c’est tout à fait différent.

Keanu Reeves, le possédé

Keanu Reeves conduit une KRGT-1 conçue par Arch Motorcycle Company. C’est sa moto. Il ne l’a pas achetée. Il l’a pensée. Ce musculeux custom sportif est son œuvre. Reeves a fondé l’entreprise californienne avec Gard Hollinger, designer et ingénieur, et depuis peu, les deux associés proposent la KRGT-1 à la vente. Les produits qui portent le sceau d’une star sont souvent vendus chers, juste parce que la célébrité en question a prêté son visage pour en faire la promotion. Ici, c’est tout à fait différent.

Keanu Reeves et son Arch KRGT-1

À l’atelier : Keanu Reeves et une KRGT-1 avant de la livrer à un client. Chaque modèle est unique. Prix moyen : 78 000 dollars.

Le « Néo » de la saga Matrix est un passionné des deux-roues, un collectionneur estimé. La marque qu’il a cofondée en 2007 a concrétisé cette fascination née dans l’enfance. Reeves : « Quand j’avais 22 ans, je tournais un film à Munich sur la Bavariafilmplatz, et j’ai aperçu une jeune fille avec une Kawasaki Enduro. Je lui ai demandé de me montrer comment on roulait avec un engin pareil. J’ai fait quelques virages sur le parking, et quand je suis rentré à Los Angeles, je me suis acheté une Enduro. » La vie de Keanu Reeves est simple : quand il ne tourne pas, il accumule les kilomètres à moto. Avec des amis, lors de grandes virées le long des côtes de la Californie, en Australie dans le Territoire du Nord, ou le long de la route national 85, reliant Cannes et Grenoble. 

 

Il insistait toujours : « Non, on ne touche pas à la forme ! On change un peu la fonction. »
Gard Hollinger

Lorsqu’il tourne un film loin de Los Angeles, l’ex-flic infiltré et converti au surf du grand classique qu’est Point Break a pour habitude d’acheter une moto d’occasion pour ses trajets quotidiens. De l’hôtel au plateau et du plateau à l’hôtel, il se déplace toujours sur deux-roues. Quand le tournage se termine, il revend l’engin. Lequel devient aussitôt une pièce rare pour avoir accueilli le fessier de ce Canadien né à Beyrouth, au Liban.

« J’ai une collection de 4 ou 5 motos. Bon, plutôt 6 ou 7, reprend-il. Ou attendez, si je recompte, disons 8, 9…, plaisante-t-il.  Quand je tournais My Own Private Idaho, j’avais demandé au réalisateur Gus Van Sant quelle moto j’allais conduire. Il était arrivé sur le set avec une Norton Commando 1971 jaune canari. L’accessoiriste m’avait demandé : «Tu sais comment piloter ce machin… ?».Je lui avais répondu : « J’en ai une, je connais bien l’engin. Sois rassuré. » 

Keanu Reeves

Les sensations de Reeves ont guidé Gard Hollinger pour améliorer la KRGT-1.

L’entreprise Arch ne représente a priori aucun risque financier pour Keanu Reeves, dont on peut imaginer qu’il a assuré ses arrières grâce aux nombreux succès cinématographiques qu’il a contribué à faire aimer au grand public. Mais le risque que l’entreprise devienne trop commerciale, lui, existait : l’on pense à des thèmes tels que l’évolutivité des pièces produites. Et puis Reeves a eu des doutes, et pas mal de questions ont cannibalisé son cerveau. Si la moto était belle, mais désagréable à conduire ?

« … quand tu coupes le moteur et que tu dévales la colline à toute allure au point mort, sans freiner. »
Keanu Reeves

Ou le contraire ? Et si la machine ne démarrait même pas ? « Il fallait qu’on soit préparés à essuyer des échecs, glisse Gard Hollinger , son associé venu se joindre à la conversation. Pour réussir, il faut persévérer, encore et toujours, quoi qu’il arrive. » Pour les deux hommes et leur équipe, près de dix années ont été nécessaires avant d’aboutir à la commercialisation de leur premier engin vrombissant, la KRGT-1. 

Aujourd’hui, elle est bien là. 

« Quand je fais un tour avec, il arrive que certaines personnes me crient que c’est la moto la plus fantastique qu’ils ont jamais vue ! Ça fait plaisir à entendre, se réjouit Reeves. Dix ans ont passé mais ça en valait la peine. Je sais désormais que cette moto devait exister. Je suis si heureux de pouvoir l’enfourcher. » 

Après des présentations détendues, les deux associés se prêtent à l’exercice de l’entretien officiel.

Keanu Reeves et son Arch KRGT-1

Keanu Reeves en action.

THE RED BULLETIN : Comment vous êtes-vous rencontrés ? 
Keanu Reeves :
J’avais une Harley Dyna Wide Glide de 2005 que je voulais faire customiser, j’avais déjà quelques idées en feuilletant des brochures… Première erreur de débutant. On m’avait à peine présenté Gard que je lui ai demandé un « sissy bar » (un dossier pour un passager, ndlr). Deuxième erreur de débutant. Il m’a répondu : « Je ne fais pas ce genre de choses. » Je lui ai demandé : « Tu fais quoi alors ?» Et là, il m’a conduit dans son atelier, peut-être à contrecœur…
Gard Hollinger : … raconte la suite. Keanu raconte toujours que je lui ai fait subir un interrogatoire. 
Reeves : C’est ce que tu as fait, tu n’étais pas commode ! 

Gard, alors que Keanu était un novice, vous aviez déjà vingt ans d’expérience dans la préparation de motos customisées. Qu’est-ce qui vous a tant fasciné dans ce projet tout neuf ? 
Hollinger :
Dans ma vie, j’ai très vite et toujours décidé de faire les choses à ma façon, quitte à mourir de faim. Ce qui fait que j’ai refusé beaucoup de boulots, dit non à des clients. Mais c’est clair que quand Keanu s’est montré compréhensif, ça a été plus facile… 
Reeves : Gard m’a demandé ce que je voulais faire avec la moto. Au départ, je voulais une moto pour partir en virée, facile à manier, avec un moteur en V et des sacoches. 
Hollinger : J’ai fait des efforts pour réaliser ce que voulait Keanu. Mais nous en arrivions toujours au point où la fonction et la forme ne collaient pas.

Combien de temps ont duré les essais pour lancer votre première moto ? 
Reeves :
Nous avons commencé la construction du prototype en 2007. Lorsque celui-ci a été fini, nous l’avons essayé tous les deux et estimé qu’il était plutôt réussi. Il était magnifique. L’ergonomie, le maniement… Je n’avais jamais conduit une bécane pareille. 

On dirait que cette moto est une perle rare, même si vous pensez la faire produire en série. 
Hollinger :
Dès de le début de ce projet, j’ai dit : « Finissons de construire cette première moto, nous parlerons de la suite après. » La production en série implique tellement de restrictions. Ne serait-ce que l’emplacement des phares…  
Reeves : Et nous voulions un modèle unique, sur le plan esthétique, mais aussi en termes de plaisir de conduite. 

Keanu Reeves et son Arch KRGT-1

La KRGT-1, comme au jour de sa création.


Keanu, vous avez été le premier pilote d’essai. Quelles furent vos sensations ?
Reeves :
Je suis le second pilote d’essai de Arch Motorcycle. C’est Gard le n° 1. 
Hollinger : Non, non. Il l’a conduite beaucoup plus que moi. 
Reeves : C’est mon seul moyen d’apporter une contribution substantielle. Je ne suis pas mécanicien, je n’ai aucune expérience technique. J’ai passé assez de temps sur des deux-roues pour pouvoir dire ce que je pense d’une moto. Je peux donner mes impressions, oui, ça c’est dans mes cordes. 
Hollinger : Keanu est modeste. Il m’a toujours donné beaucoup de feedback, et du bon feedback. Je dois bien l’avouer. Et je conduis des motos depuis toujours.

Le prix de l’engin (78 000 $) est élevé, mais la presse spécialisée en dit le plus grand bien…
Reeves :
Ça me donne une bonne raison d’aller au bout du projet. La machine que nous avons assemblée n’est comparable à aucune autre. À l’inverse de toutes les autres, cette moto permet de prendre un grand virage dans une position très inclinée en se sentant bien, en sécurité.  

À vous deux, vous avez plus d’un demi-siècle d’expérience de conduite. À quoi pensez-vous lorsque vous mettez vraiment copieusement les gaz ? 
Reeves :
Qu’entendez-vous par vraiment ? 

Au-delà de 200 km/h…
Reeves :
J’ai rarement dépassé les 200. Ça m’est arrivé avec ma Suzuki GSX-R750 sur une autoroute dans l’État de New York. Une expérience plutôt intéressante.

« Pour moi, peur de la mort et envie de vivre vont de pair. »
Keanu Reeves

À vive allure, avez-vous ressenti la peur de la mort, ou plutôt l’envie de vivre ? 
Reeves :
(Rires) Pour moi, les deux vont de pair.  
Hollinger : Quand la peur l’emporte, tu ralentis. Et la rapidité est une notion relative. Dans certaines conditions, rouler à 70 km/h peut être trop rapide et bêtement dangereux. 
Reeves : Oh oui ! Par exemple dans les montagnes de Santa Monica, quand tu coupes le moteur et que tu dévales la colline à toute allure au point mort, sans freiner.  

Pour vous, est-ce que faire de la moto est un temps mort dans votre existence folle de star hollywoodienne ? 
Reeves :
Non, et je ne sais pas si j’ai ce genre de vie, de folie permanente. Faire de la moto fait partie d’une journée normale pour moi. Quand je suis en moto, c’est du temps que j’ai pour réfléchir. Je me calme, je conduis, je suis tout à moi-même. 
Hollinger : C’est une sensation que Keanu m’a aidé à retrouver. Conduire était devenu une routine. Un peu comme si la dernière chose qu’un cordonnier avait envie de voir était une paire de chaussures. C’était chouette de retrouver cette sensation. Maintenant, quand je ne suis pas contraint de prendre la voiture, je prends la moto. 

Quelle a été votre meilleure virée à moto ? 
Hollinger :
La prochaine. C’est toujours le prochain trip le meilleur, évidemment ! 
Reeves : Par rapport à Arch, je crois que c’était lorsque nous étions sur le circuit de Formule 1 à Austin. C’était notre -première sortie commune avec nos motos. Partout autour de moi, je demandais : « Où on peut aller ? » Et là, on m’a parlé de Marble Falls (au nord-ouest d’Austin, Texas, ndlr), et nous nous sommes retrouvés à rouler à 160 km/h sur ces deux voies. Je riais à l’intérieur de mon casque parce tout était parfait. C’était grandiose de rouler avec Gard, après avoir passé autant d’années à mettre au point la moto. C’était la naissance. Nous avons crée de toutes pièces la moto et fait ce que nous avions toujours rêvé de faire : une sortie -ensemble sur cette machine fantastique.

Keanu Reeves et Gard Hollinger

Keanu Reeves en pleine conversation avec son associé de génie, Gard Hollinger.

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12 2015 The Red Bulletin

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