Faith No More

« Metallica nous trouvaient potables »

Texte : Gary Moskowitz
Photo : Dustin Rabin

Dix-sept ans après son split, le groupe de rock fusion américain démontre avec son nouvel album que se démarquer, c’est s’affirmer. 

Depuis 35 ans, les gars de Faith No More ont la réputation d’être des caméléons du rock, fusionnant le metal avec des genres aussi variés que le funk, la bossa nova ou la soul. Leurs six albums studio se sont vendus à plus de dix millions d’exemplaires avec trois Grammy Awards à la clé. Mais à la surprise générale, le groupe se sépare en 1998, et ses membres se lancent dans des carrières solos.
Le chanteur Mike Patton dont le registre vocal couvre aussi bien les graves d’un crooner aux acrobaties vocales effrénées, que les notes très aiguës, devient alors l’enfant terrible de l’avant-garde musicale. En 2009, le groupe se reforme, et repart en tournée cette année avec un nouvel album, Sol Invictus. Mike Patton et le bassiste Bill Gould expliquent comment un groupe de marginaux a réussi à bâtir une carrière unique en ignorant tous les clivages.

THE RED BULLETIN : Faith No More a pour ainsi dire créé son propre genre musical. Comment avez-vous fait ?

BILL GOULD :
Nous nous sommes demandé pourquoi faire ce que tout le monde fait déjà ? Je ne serai jamais crédible dans un groupe de metal pur.

MIKE PATTON : C’est difficile de débarquer sur une scène musicale déjà existante, on a échoué royalement. On n’avait pas de public. On était ni assez punk, ni assez metal. Metallica nous trouvaient potables, mais on ne s’est jamais sentis à notre place. Nous étions chacun issus d’horizons différents et pourtant nous nous sommes trouvés. Mais sans nous identifier aux normes d’alors.


Être différent a-t-il été compliqué à vos débuts ?

BG :
À San Francisco, la presse nous a snobé jusqu’à ce qu’on se produise à l’étranger. Elle s’est alors mise à s’intéresser à nous, et nous l’avons snobée.

MP : Oui, avec le succès on pouvait se le permettre.

BG : Nous avions trouvé le moyen de faire la musique que nous aimions. Je suis bassiste, mais je sais faire des trucs que d’autres ignorent.

MP : Nous sommes en partie des musiciens autodidactes. Je suis incapable de lire les notes de musique. Je travaille à l’oreille. Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises méthodes. Si vous savez transmettre vous trouverez le moyen de produire une bonne musique. 

« Il n’y a pas de méthode. si vous savez transmettre, vous trouverez le moyen de produire une bonne musique »
Mike Patton

Avant de reformer Faith No More en 2009, vous avez tous les deux vécus d’autres expériences en solo. En quoi ces expériences ont-elles enrichi le groupe ?

MP :
Pour moi, il ne fait aucun doute que sans cette aventure solo nous ne nous serions pas retrouvés. J’étais sceptique à l’idée de reformer le groupe, mais se retrouver pour des concerts a été génial et rafraîchissant. Et lorsque j’ai écouté la nouvelle compo de Bill, j’ai été littéralement soufflé. 

BG :
Sans projet solo, qui serions-nous devenus ? Un groupe frustré produisant des albums médiocres. Mais cela ne doit pas être une fatalité.

Quel a été le déclic pour reformer le groupe ?

MP :
On s’est retrouvé à l’occasion du mariage de Roddy Bottum, claviériste du groupe. Ça m’a ouvert les yeux. Je me suis dit, que j’aimais vraiment ces gars et je me verrais bien à nouveau avec eux. Après tout, j’ai passé la moitié de ma vie avec eux.

BG : Nous avons enregistré pratiquement tout l’album dans une petite salle de répétitions. Ça n’aurait jamais dû marcher. Mais on l’a fait. Nous l’avons mastérisé et cinq jours plus tard nous étions dans l’avion pour la suite de la tournée. Ça fait bizarre de s’ouvrir à nouveau au monde.


Vous en avez été isolé ?

MP :
Je suis resté coupé du monde un moment. Je ne répondais à aucun appel. Et en ce moment, j’écoute uniquement notre son, rien d’autre.


Avec ce que vous savez à présent, que diriez-vous au jeune homme que vous avez été si vous le pouviez ?

MP :
« Boucle-la, petit Mike ! Rien ne sera comme tu l’imagines. » J’ai dit une fois, si à 40 ans je fais toujours la même chose, butez-moi. Comme si faire notre job au-delà de 30 ans était indécent. Cette industrie vous met une étiquette et vous dicte votre comportement. Évitez-la !

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06 2015 The Red Bulletin 

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