George Kourounis

GEORGE KOUROUNIS présente… Angry Planet

Texte : Muhamed Beganovic

George Kourounis chasse des tornades, aussi des anacondas et s’est marié aux abords d’un volcan en activité. Le documentariste le plus extrême du Canada sait comment se jouer des phobies.

Pour lui, il fait beau à partir du moment où les vents sont de force 10, soit des conditions dantesques. Rares, les activités de George Kourounis l’entraînent d’une situation extrême à une autre. Dans son émission télé Angry Planet, il filme des cyclones et des animaux féroces, et s’enfonce dans les grottes les plus sombres de la Terre. Le Canadien connaît très bien la peur. Et il sait comment la surmonter.


THE RED BULLETIN : « Je ne peux pas là, je dois intercepter l’ouragan Erika », c’est ce que vous m’avez répondu lors de notre tout premier contact. Le cyclone a fait des ravages dans l’océan Atlantique, détruisant tout sur son passage. Pourquoi cherchez-vous le danger ? 

GEORGE KOUROUNIS :
Je ne l’ai finalement pas trouvé, la tempête s’est calmée et j’étais déçu (rires). Non, sérieusement. Ce n’est pas le danger qui m’attire. Je chasse des tempêtes parce qu’elles me fascinent. De plus, quand on sait ce qu’on fait, c’est moins dangereux.

Sam Cossman et George Kourounis furent parmi les premiers explorateurs à pénétrer le cratère Marum, l’un des volcans les plus dangereux et les plus incaccessibles au monde.

© Sam Cossman // YouTube

Avez-vous peur parfois ?

Bien sûr que j’ai peur. 

Et malgré tout, vous vous mettez en danger. 

La peur me tient en haleine. Sans elle, on se sent trop sûr et l’on fait des erreurs. J’embrasse la peur. 

La peur n’a-t-elle pas plutôt tendance à paralyser ? 

La peur est dans la tête et il faut la contrebalancer. Idéalement, avec la curiosité.  

« J’EMBRASSE LA PEUR AVEC de LA CURIOSITÉ. »
George Kourounis

Donnez-nous un exemple. 

Prenons la phobie des serpents. Cherchez un aspect intéressant chez eux. La peau souple, par exemple, ou la dentition, peu importe. Ensuite, procurez-vous autant d’informations que possible sur cet aspect et sur les serpents en général. La curiosité doit dépasser la peur, et c’est précisément ce qui se passe dans le cadre d’une recherche intensive. Je vous le garantis. Les gens ont uniquement peur de ce qu’ils ne connaissent pas. C’est pourquoi il faut tout apprendre sur sa peur, pour pouvoir la contrôler.

Quand cette méthode vous a-t-elle servi pour la dernière fois ? 

Récemment, j’ai tourné un film sur les ours polaires. Nous étions assis dans la toundra, à 20 mètres environ d’un mâle. Les mâles sont réputés pour être très agressifs. J’avais donc recherché toutes les informations imaginables sur ces animaux fascinants. Et l’un de mes amis, que j’appelle le « murmureur aux oreilles des ours », m’a expliqué comment me comporter pour survivre. 

Et comment ? 

Dès qu’un ours tombe sur vous, tout est une question de timing. Si vous constatez que l’ours hésite, faites un pas ou deux vers lui et grognez. Puis restez immobile. Ensuite, répétez le processus. Vous montrez ainsi votre domination. Il ne faut en aucun cas hésiter, se retourner ou même s’enfuir. Sinon l’ours passe immédiatement à l’attaque.

« SI L’OURS POLAIRE HÉSITE, FAITES UN PAS OU DEUX VERS LUI ET GROGNEZ. Vous montrez ainsi votre domination. »
George Kourounis

À quoi me sert-il de savoir cela si je ne rencontre habituellement pas d’ours ? Si, par exemple, j’ai peur de parler en public ?  

L’astuce reste la même. Au lieu d’être embarrassé, montrez-vous enthousiaste. De toute façon, la plupart du temps, on est invité à parler sur des thèmes que l’on aime. Il faut communiquer cet enthousiasme au public. Si cela ne fonctionne pas la première fois, pas d’inquiétude, c’est en forgeant qu’on devient forgeron. 

À propos d’inquiétude : n’avez-vous jamais de scrupules à l’idée que des gens puissent suivre votre voie et se mettre en danger ? 

Je ne peux empêcher personne de m’imiter. Chacun doit donner un sens à sa propre vie. Le mien est de parcourir les endroits les plus extrêmes du monde, de rencontrer les animaux les plus féroces, de chasser les tempêtes les plus dangereuses et de filmer chacune de mes expériences. Voici peut-être ma leçon : il se passe des choses merveilleuses quand on sort de sa zone de confort. C’est à partir de ce moment que la vie devient intéressante.

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02 2016 The Red Bulletin

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