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Jason Clarke à fond !

Texte : Andreas Tzortzis
Photos : Michael Muller

L’Australien Jason Clarke enchaîne les rôles dans les films à succès. Il grimpe encore au box-office avec la sortie d’Everest en septembre. La célébrité le rattrape, il n’est pas pressé de la croiser. L’ambition  l’empêche pas de vouloir profiter du quotidien. C’est sa philosophie de vie.

Le ronflement des 860 chevaux du moteur, à mi-chemin entre le feulement d’une Harley et le torrent de décibels d’un hélicoptère Apache, rend inaudible tout ce que pourrait dire Jason Clarke. L’acteur, célèbre pour ses rôles dans Terminator Genisys et Zero Dark Thirty, n’a jamais pris le volant d’un tel engin. Tout en carbone, doté d’un moteur conçu pour le NASCAR, relooké façon Mad Max, on est loin des Porsche ou des protos Radical que Clarke, 46 ans, pilote en course pour son plaisir.

Harnais de sécurité bouclé, il écrase l’accélérateur du Trophy et grimpe à toute allure la colline du parc de la Hungry Valley, au nord de Los Angeles.  Au sommet, demi-tour serré dans un nuage de poussière et il redescend aussi sec. Il sort du monstre, visage blême.

« Ça m’a fait flipper, lâche-t-il. Je me disais, “Whaou, freine, freine! Je ne vois rien sur cette p… de montée, je ne sais même pas où est la piste.” » A-t-il frôlé les 250 km/h ? Clarke n’en sait rien. « Ça va très vite, j’ai serré les fesses », grince-t-il.

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Conduire ce 4x4 Trophy surmotorisé, c’est relever un sacré challenge. Mais l’enthousiasme du pilote prend très vite le dessus.

Dans une ville qui adore les valeurs sûres, prises de risque et récompenses sont les références de la carrière de Clarke, un Australien discret.

Depuis ses débuts, il est sans cesse en quête de découverte. Son rôle remarqué dans Le chemin de la liberté (2002) de son compatriote Phillip Noyce, son jeu parfait d’agent de la CIA dans Zero Dark Thirty ? De simples étapes sur sa route. Il a depuis affiché sa passion pour les blockbusters en trouvant sa place dans La planète des singes : L’affrontement ou Terminator Genisys. Son interprétation émouvante de Rob Hall, guide de montagne néo-zélandais, dans Everest, à l’affiche dès le 23 septembre, pourrait booster son image auprès du grand public et l’inciter à viser plus haut. « Plus haut ? Prendre la place de Robert Downey Junior ? » Il se marre. « C’est sûr que ça serait sûrement un des trucs les plus incroyables de ma carrière. » 

Dans le calme de cette fin d’après-midi californienne, Clarke est assis sur un banc, loin du bruit et de la poussière qui ont rempli sa journée de travail. La silhouette du 4×4 Trophy, garé tout près, reste aussi impressionnante. La « bête » appartient à Robert Acer, un mystère dans le monde du sport automobile, qui cache son vrai nom et son identité derrière son personnage invariablement vêtu de noir, et qui, comme les Daft Punk, ne s’aventure jamais à ôter son casque en public. Cet homme fortuné de Malibu, comme le raconte la légende, s’en fiche que Clarke puisse bousiller son 4×4 du moment que l’acteur s’en sort sans égratignures. « Je ne l’ai pas dit à Jason, dit Acer, d’une voix faible à travers son casque de carbone. Mais plus vous allez vite, plus le truck est à son aise. » 

Fils d’un tondeur de moutons et d’une greffière de Winton, petite ville dans le nord du Queensland en Australie, Clarke, l’aîné de ses trois frères et sœurs, aurait pu se contenter d’aventures épiques dans l’immense outback voisin, mais l’appel de la ville se fait trop pressant.

La bande-annonce officielle du film Everest.

© YouTube / Universal Pictures France 

Clarke s’installe finalement à Sydney et fréquente bientôt les routards qui passent par le bar où il travaille. Quand il prend conscience que faire l’acteur est la seule façon d’assouvir son goût d’aventure, il met tout en œuvre pour intégrer un cours d’art dramatique. Il s’ensuit plusieurs années de galères. Souvent fauché, il doit demander de l’aide à ses amis et finit par  s’interroger sur l’intérêt de mener une telle vie.

 « Si rien n’avait fini par arriver, je serais finalement passé à autre chose, reconnaît aujourd’hui l’Australien. Je ne crois pas qu’on puisse rester assis sans rien faire en se contentant d’être un acteur frustré. » 

Prêt à tout abandonner à 33 ans, le déclic se produit enfin avec Le Chemin de la liberté de Phillip Noyce. Il incarne brillamment un rôle de flic dans cette histoire dramatique au sein de la communauté aborigène. Noyce, qui a décidé de s’installer, avec succès, aux États-Unis, le motive à franchir le pas. Clarke s’attelle au projet du mieux possible, en évaluant son coût, sa détermination, envisageant même revenir en Australie sans rien. 

« M’établir aux States, c’était tout pour moi, juge Clarke. Quitte ou double. Pas de plan B. Mais j’ai grandi avec mon père et je sais ce que c’est de travailler dur. » Avec 10 000 dollars en poche quand il débarque à Los Angeles, il est prêt à tout tant qu’il a de l’argent. Comme les rôles ne viennent pas, il prend souvent la Ford Thunderbird 1989 qu’il s’est acheté et file dans le désert pour escalader les rochers ou part à l’aventure en Californie du Nord. « J’avais l’impression de faire quelque chose. Au moins, j’aurais vu l’Amérique… » 

« M’ÉTABLIR AUX ÉTATS-UNIS, C’ÉTAIT TOUT POUR MOI. QUITTE OU DOUBLE. PAS DE PLAN B »
Jason Clarke
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« Aussi haut que Robert Downey Junior ? Ce serait incroyable ! », déclare Jason Clarke.

« Même si tu es très déterminé, tu as besoin que quelqu’un te donne ta chance un jour. Tu sollicites tous tes contacts, tu te fais rembarrer. Et puis, finalement, tu arrives à coincer ton pied dans une porte, et quelqu’un finit par t’inviter à entrer. » 

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Pour Clarke, l’éclaircie se pointe avec sa participation à la série Brotherhood. Blake Masters, producteur et réalisateur, le choisit pour l’un des deux rôles principaux. Il n’est alors qu’un acteur inconnu. Il a 37 ans.  

« J’ai eu de la chance comme ça une paire de fois dans ma carrière, s’amuse Clarke. Avec Michael Mann en 2009 pour Public Enemies, ou en 2012 avec Kathryn Bigelow pour Zero Dark Thirty. Et aujourd’hui grâce au réalisateur Baltasar Kormákur et son film Everest. Il y avait beaucoup de pression dans le casting avec un paquet de mecs plus connus que moi. Je pense qu’au début, Christian Bale avait été choisi. » Mais Bale décline l’offre et les autres noms cités n’ont jamais été concernés selon Kormákur. « Je recherchais quelqu’un qui voulait grandir », explique le réalisateur islandais qui a apprécié son jeu dans Zero Dark Thirty. « Quelqu’un qui a faim et qui est prêt à aller très loin avec moi. » Et Clarke fait ce qu’il sait faire, en donnant tout. « Tu apprends ça dans les cours d’art dramatique mais aussi en étant sur la route et en voyage, poursuit Clarke. Tu dois te jeter à fond dedans. J’ai baroudé un peu. Quand tu te balades en Chine, si tu ne comprends pas où tu vas changer ton argent, qu’est-ce que tu deviens ? Tu dois avancer. Te débrouiller. En tant qu’acteur, c’est ton quotidien. » 

À Noël, il y a quelques années, l’équipe d’Everest tourne des scènes dans les studios Pinewood près de Londres quand une grosse tempête frappe l’Irlande et l’Écosse. Clarke et Cotter, son coach -alpiniste, prennent aussitôt l’avion pour les Highlands écossais et le Ben Nevis, le plus haut sommet de Grande-Bretagne à 1 344 mètres.

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Il faut se méfier des apparences. La reprise et la puissance du Trophy vont réserver plus d’une surprise à Clarke.

« Deux jours passés à escalader de nuit et descendre en rappel en pleine tempête, tu ressens la réalité des choses », avoue Clarke. Il voulait comprendre comment les moindres détails – un gant perdu, un départ retardé – peuvent condamner une expédition comme ce fut le cas pour celle de Rob Hall en 1996, racontée par Jon Kraukauer dans son livre Tragédie à l’Everest qui a inspiré le scénario d’Everest. Guy Cotter, alpiniste néo-zélandais, rejoint Adventure Consultants, l’agence d’alpinistes de Rob Hall, en 1992. L’idée de voir un film être tourné sur le drame qui a coûté la vie à son ami a de quoi l’inquiéter. La tragédie de 1996, dans laquelle huit alpinistes – dont Hall – ont péri dans une tempête en redescendant l’Everest, est un drame qui connaît un retentissement bien au-delà du seul monde de la montagne. « Il y avait le risque que l’histoire soit revue à la mode hollywoodienne », se rappelle Cotter. Mais Kormákur et Clarke prennent contact avec lui dès le début du tournage et lui proposent de rejoindre l’équipe. Il devient le coach de Clarke pour ce qui touche à la vie de Hall. 

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Sur le point de tout plaquer, Clarke décroche son premier grand rôle après ses 30 ans. Quelques mois plus tard, il fait le pari de s’installer à Los Angeles.  

Il emmène l’Australien escalader les montagnes et le glacier Tasman dans sa Nouvelle-Zélande natale. Au Népal, où est tourné le film, près du camp de base de l’Everest à 5 360 mètres, Clarke n’a de cesse d’interpeller Cotter, lui demandant comment gérer sa réserve d’oxygène, comment rester en contact radio avec son équipe, etc. Clarke est curieux de tout. Prêt à tout. Même à affronter l’imprévu. Dans une scène, un troupeau de yacks doit traverser un pont. Kormákur veut faire quelques prises mais les bêtes s’y refusent. « On pouvait lire la colère dans leurs yeux », raconte Cotter. L’un d’entre eux commence même à s’énerver. Aussitôt, Clarke l’attrape par les cornes avant qu’il ne pousse quelqu’un dans le vide. Ce genre d’anecdote en dit long sur la détermination de l’Australien. 

« À part sa santé, ce qu’un homme a de plus cher, c’est son nom. » Clarke a cette phrase en tête. « Je ne veux pas laisser à mon fils seulement des centaines de millions de dollars. Il faut tracer sa route. Je pense que l’aventure est là-dedans. »

« TU APPRENDS ÇA EN baroudant : IL FAUT SE JETER À FOND. En tant qu’ACTEUR, C’EST tON QUOTIDIEN »
Jason Clarke
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L’investissement total de Clarke dans ses rôles vient de son insatiable curiosité de découvrir le monde.

La journée de pilotage prend fin et Clarke s’extirpe de la cabine du gros 4×4, lunettes de soleil sur le nez, casque en main. Avec son drôle d’accent australien, à l’ombre pour fuir les 31 °C de chaleur, il discute avec les gars de la maintenance. Malgré sa célébrité grandissante, Clarke ne s’imagine pas devenir une star inabordable : « J’aime ma femme et j’adore rencontrer les gens. » Il vient de passer quelques mois en Thaïlande pour un tournage. Puis, on le retrouvera dans les alentours de Prague pour interpréter un leader nazi dans un film sur la Seconde guerre mondiale. Chaque voyage lui offre l’opportunité de découvrir un peu plus le monde. Jeune papa, il a maintenant d’autres responsabilités.

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10 2015 The Red Bulletin

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