Interview with Metallica on their past and future career

Metallica : 35 ans de carrière 

Texte : Nick Amies
PHOTO : Shamil Tanna

Quatre décennies de headbanging dans les cervicales et pas une trace de rouille. Metallica est de cette matière intemporelle et rageuse qui résiste aux modes et au destin. Et l’auto-destruction annoncée par leur dernier album ? Pas pour cette année. 

Décès, drogues, procès et autres vicissitudes… Le destin n’a pas toujours été clément pour le groupe-étendard du trash metal, et l’on aurait pu croire Metallica définitivement enterré, consumé, rincé, car qui ne serait pas tenté de raccrocher après tant d’années passées à cracher sa colère dans des riffs interminables ?

Trente cinq années ont passé et la rage, intacte, hante toujours nos quatre cavaliers. Retour sur les métamorphoses du groupe le plus important de la scène metal avec ses deux membres fondateurs rencontrés à Londres, le chanteur-guitariste James Hetfield et le batteur Lars Ulrich.

Ambiance au studio…

© Vidéo : Stuart Ensor

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THE RED BULLETIN : Hardwired… to Self-Destruct, dernier album du groupe, est aussi le 6e album de Metallica à terminer numéro 1 des ventes. Après tous vos succès passés, ça vous fait toujours quelque chose ?  

JAMES : Évidemment ! Mais c’est en même temps une surprise pour nous. Plus on vieillit, moins on s’attend à de tels succès. Alors forcément, quand ils arrivent, c’est un sentiment extraordinaire. 

LARS : C’est incroyable de voir qu’il existe un vrai public pour Metallica et pour la scène metal en général. J’ai parfois l’impression que les groupes de rock sont une espèce en voie d’extinction, surtout ceux qui sont mondialement reconnus. Être l’un de ces groupes est donc un sacré privilège. Ça me rend fier de faire partie de Metallica.

Extrait de l’album Hardwired…To Self-Destruct.

© youtube // MetallicaTV

Hardwired… est le premier album enregistré par votre propre label, Blackened Recordings. Une expérience radicalement différente ?

JAMES : Pas tant que ça, d’autant plus que nous sommes sous Blackened Recordings uniquement aux États-Unis, alors qu’Universal reste notre label à l’international. En fait, la principale nouveauté, c’était que nous pouvions enfin prendre notre temps et fixer nos délais nous-mêmes. 

« Kirk et Rob sont toujours prêts à nous suivre là où nous les emmenons. » 
James Hetfield, voix/guitare


LARS : Ce que nous voulions, c’était nous réapproprier tout notre catalogue musical. Enfin libérés de tout lien contractuel, nous pouvions faire ce dont nous avions envie. Mais la grande différence, quand on a son propre label, c’est surtout le fait que maintenant, nous devons faire nous-mêmes 90 pour cent du boulot, alors qu’il y a dix ou vingt ans, c’était le travail des autres. On est donc beaucoup mieux équipés qu’avant.

Metallica est aussi connu pour son impulsivité et ses lubies créatrices. Est-ce qu’il n’y a pas, dans toute votre œuvre musicale, quelques écarts ou expérimentations dont vous vous seriez bien passés ?

JAMES : Il y a bien quelques petits changements que j’aurais aimé apporter sur certains albums, mais en même temps, c’est ce qui fait leur authenticité, leur caractère. Je trouve un peu frustrant de voir des groupes réenregistrer certains de leurs morceaux sans rien apporter vraiment de nouveau. C’est comme si l’on effaçait un pan de notre histoire. Tous nos albums sont les reflets des différentes phases de nos vies. Certes, j’aurais aimé un peu plus de basses sur … And Justice for All (1988), ou un peu moins de caisse claire sur St. Anger (2003), mais ces petits défauts font aussi partie de l’histoire de Metallica.

James Hetfield, Vocals

James Hetfield, chant/guitare.

Le groupe a démarré sa carrière à l’ère du vinyle. Aujourd’hui, vous êtes propriétaire d’une usine de gravure en Allemagne. Pour quelle raison ? 

JAMES : Parce que le vinyle, c’est toute notre vie. C’est une expérience incomparable qui comble les cinq sens. Il y a quelques mois, par exemple, je me suis -retrouvé chez des amis d’enfance à Los Angeles, à écouter des vieux vinyles de groupes comme Kansas. Sortir le disque de sa pochette, le toucher, le renifler, placer soigneusement l’aiguille sur le premier sillon, savourer le son crépitant qui s’en échappe… Le vinyle a vraiment quelque chose de fascinant.

« Apprendre des autres est une bonne chose, mais au fond de nous, on déteste les normes et la monotonie. La prise de risques, les défis, les nouveaux projets… voilà ce qui nous fait vivre. Bien sûr, tout ça demande un minimum de préparation et d’organisation, mais l’ingrédient essentiel, on l’a tous dans le ventre. »  
James Hetfield, batterie

Vous dirigez vous-mêmes vos affaires, vous avez passé la cinquantaine… le glas de la maturité aurait-il sonné pour Metallica ?

LARS : Avoir autant de gens qui travaillent pour et avec nous, c’est une grosse responsabilité, et cela demande forcément une petite part de maturité. Mais quand je me regarde dans la glace, je ne vois pas un businessman. Même à 53 ans, j’ai l’impression d’être encore ce gamin en colère que j’étais quand le groupe a débuté. À la différence que maintenant, nous sommes plus indépendants que jamais. Et c’est une chose dont nous sommes très fiers. 

Lars Ulrich, Drums

Lars Ulrich, batterie.

Vous ne ressemblez pas à un homme d’affaires, certes, mais vous semblez vous y connaître plutôt bien dans ce domaine !  

JAMES : 
C’est vrai que Lars a un bon sens des affaires. Il a suivi des groupes comme Motörhead ou Diamond Head, et a beaucoup appris grâce à eux. Comment prendre les bonnes décisions, comment repérer les bons managers… Disons que l’aspect business l’intéresse. Quant à moi ? Tout ce que je voulais, c’était ne pas bosser ! Je voulais faire de la musique, créer et faire de ma carrière musicale ma propre thérapie ! C’est une bonne chose de pouvoir apprendre des autres, mais au fond de nous, on déteste toujours autant les normes et la monotonie. La prise de risques, les défis, les nouveaux projets… voilà ce qui nous fait vivre. Évidemment, tout ça demande un minimum de préparation et d’organisation, mais l’ingrédient essentiel, c’est ce qu’on a dans le ventre.

C’est vrai qu’on a du mal à imaginer un jour Metallica en costard-cravate confortablement assis dans un bureau, à hurler des ordres au téléphone… 

JAMES : On n’aime pas trop les bureaux, et encore moins les cravates. Et pour ce qui est de crier dans un téléphone, on préfère payer des gens pour le faire ! Cela peut sembler évident, mais il faut rappeler que les deux gars qui ont fait naître Metallica et lui ont donné son âme, c’est Lars et moi-même. C’est nous qui menons la barque, avec à nos côtés Kirk (Hammett, guitariste solo) et Rob (Trujillo, bassiste), toujours prêts à nous suivre là où nous les emmenons. 

Hong Kong #metallica #MetInHK

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Vous parlez de l’importance d’être enfin un groupe indépendant. En quoi cela aide-t-il à mener une longue carrière ?

JAMES :
Je ne sais pas en quoi c’est important pour les autres, mais pour nous, c’est un point essentiel. À l’époque, quand nous avons commencé, signer avec une maison de disques était le rêve de tout musicien. Mais aujourd’hui ? Tout le monde est capable de transformer sa cave en studio d’enregistrement et de produire sa propre musique, alors finalement, la seule question qui compte, c’est : qu’est-ce que je veux, moi ? Qu’est-ce qui me rend heureux ? Signer avec une major et enchaîner les tournées mondiales, ou faire des petits concerts intimistes pour un public local ? Chacun doit faire ce qui lui plaît. 

« Quand je me regarde dans la glace, je ne vois pas un businessman. Même à 53 ans, j’ai l’impression d’être encore un gamin en colère. » 
Lars Ulrich


LARS : Nous n’avons jamais eu le besoin de faire comme les autres, de jouer selon les règles. C’est cette liberté de création et de décision que nous recherchions et qui nous a été offerte grâce au succès. Aujourd’hui, nous sommes libres, donc indépendants : cela veut aussi dire que Metallica ne doit rien à personne.  

JAMES : Cette indépendance nous permet de contrôler chaque étape du processus créatif, y compris la façon dont notre art est présenté. Tout comme un peintre ou un sculpteur qui voudra décider de l’emplacement de chaque œuvre lorsqu’il prépare une expo.

Ne faut-il pas plutôt savoir s’adapter et se montrer flexible pour réussir une carrière ?  

JAMES :
Il est vrai que nous avons été complètement déroutés par l’arrivée d’Internet et du téléchargement gratuit. Aujourd’hui, c’est un outil incontournable pour se procurer de la musique, et pour survivre, il fallait s’y adapter. Cela vaut d’ailleurs pour tous les aspects de la vie en général. 

Kirk Hammett, Lead Guitar

Kirk Hammett, guitare solo. 

À propos de téléchargements gratuits, regrettez-vous les critiques que vous avez essuyées lorsque vous avez poursuivi le site de partage Napster ?

JAMES : Je me fiche de ce que les gens pensent de moi ou du groupe, et je ne regrette pas notre décision. Et puis c’était facile de nous tirer dessus, on était trop connus pour ne pas servir de cible.  

LARS : Il s’agissait juste d’une querelle judiciaire entre deux parties, mais on a voulu présenter cela comme une guerre : Metallica contre ses fans, Metallica contre le téléchargement. Alors que c’était complètement différent : on s’est battus pour garder notre liberté de choix. Le choix de mettre notre musique à disposition gratuitement, ou pas. Ce fut un été vraiment bizarre…

… au cours duquel on a pu voir un épisode de South Park vous montrant, vous, Lars, en milliardaire déçu de ne pouvoir se faire construire un bassin doré à requins à cause des téléchargements gratuits. 

LARS : 
Cet épisode fait partie des quelques coups que nous nous sommes pris ce fameux été. Mais j’encaisse bien les coups.

Rob Trujillo, bass

Rob Trujillo, basse.

Ça ne vous brancherait pas, un bassin à requins à côté de votre piscine ?

JAMES : On est trop pragmatiques pour ce genre de délires. Notre argent, on préfère l’investir dans du bon matos, une production de film ou de reportage, une scène. La décadence, ce n’est pas notre truc. Ça ne ressemble pas à Metallica.

L’année suivant le scandale Napster, un film documentaire intimiste sur Metallica sort en salles : Some Kind of Monster montre le groupe en proie aux querelles internes et à la rivalité de pouvoir entre vous deux.  

LARS :
James était parti pendant presque un an. À son retour, il a voulu mettre en place une stratégie pour améliorer la communication au sein du groupe. J’étais franchement sceptique. C’est vrai qu’à l’époque du tournage, il y avait beaucoup de tensions au sein du groupe, mais finalement, tout s’est arrangé vers 2005-2006. Vous savez, je n’aime pas m’attarder sur des éventualités : aujourd’hui, nous sommes là, devant vous, et tout va bien, alors à quoi bon gaspiller son temps et son énergie à essayer d’imaginer ce qui serait arrivé si le groupe s’était séparé ?

Le film documentaire Some Kind of Monster présente une période sombre dans la carrière du groupe. 

© youtube // MetallicaTV

Justement, laissez-moi gaspiller une question : si vous vous étiez séparés, auriez-vous été un de ces groupes qui se reforment 10 ans plus tard, le temps d’une tournée ?

LARS : Des groupes se séparent et se reforment pour tout un tas de raisons. Ça peut être une tournée avec un gros cachet de 20 millions de dollars à la clé. Et je serais qui pour les juger, moi ? Chacun se débrouille comme il peut, moi y compris !

À propos de tournées, votre nouvel emploi du temps est très clair : après deux semaines de concerts, deux semaines de repos, et vous n’y dérogez pas. Est-ce plus facile de concilier carrière et famille, avec l’âge ?

JAMES :
Nous avons la chance d’être encore là, et de pouvoir alterner deux semaines sur la route et deux semaines de repos : une aubaine pour nos familles, et pour notre santé mentale, physique et spirituelle. On ne peut plus suivre le rythme qu’on avait à vingt ans, il faut se calmer un peu à notre âge ! 

Singapore #metallica #MetInSGP #WorldWired

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Ce qui vous laisse plus de temps libre… pour faire un peu de skate, James ?

JAMES : Ça fait un bail que je n’en ai pas fait ! Mais j’ai toujours ce besoin de me réserver du temps pour faire des trucs en solitaire : que ce soit partir à la chasse, ou en trek pour plusieurs jours, ou bricoler peinard dans mon garage… C’est mon côté loup solitaire.

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02 2017 The Red Bulletin

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