Michael Dupouy

Street culture : rencontre avec un spécialiste

Texte : Pierre-Henri Camy
Photo : Dimitri Coste

Les sneakers le plus convoitées. Les objets créés en collaboration avec les plus suivis des artistes… Tous sont présents dans ALL GONE. livre annuel et référence des amoureux de culture urbaine conçu par le Français Michael Dupouy.

Connecté avec les pontes des scènes créatives qui agitent les grandes villes du globe, Michael est le patron de La MJC, agence de communication spécialisée dans les cultures et tendances urbaines. Il a aussi co-fondé le label textile Club 75 avec Pedro Winter, le super ambassadeur de la musique électronique française, et l’artiste So Me. Familier des jet-lags, le « gourou » français de la street culture rencontre The Red Bulletin à quelques pas du Globo, le club qui a accueilli les premières soirées hip-hop parisiennes dans les années 80.

THE RED BULLETIN : Michael, qu’est-ce que All Gone (pour « produit épuisé »), ce livre publié en janvier tous les ans ?
MICHAEL DUPOUY : 
C’est une encyclopédie, ou une bible. Elle rend hommage aux produits collector qui représentent le meilleur de ce qu’offre la street culture, une fois par an, depuis neuf ans.

All Gone 2014

© All Gone

En quoi All Gone est-il intéressant, au-delà de montrer les meilleures pièces du monde à vos yeux ?
All Gone n’est pas qu’un ouvrage visuel, on y interroge les acteurs qui lui sont associés : on parle à James Jebbia (fondateur de la marque reine du streetwear, Supreme, ndlr), on interviewe KAWS (issu du graffiti, il est devenu l’un des artistes contemporains les plus cotés, ndlr), on appelle Nike, adidas, et les autres, on fait un vrai travail journalistique fort pour avoir la véritable info sur chaque réalisation.

« Quelque chose qui marque l’époque »

 Aussi, une vingtaine de photographes réalisent nos pages créatives en mode carte blanche. All Gone est une publication 100 % indépendante. Réfléchie, réalisée et imprimée en France. 

Comment un produit associé au mode de vie urbain devient-il un collector ?
Car, dans une zone géographique donnée, pour un public donné, il s’arrache en peu de temps. Conçu en série limitée, révélé un jour précis, à un horaire précis, et proposé par les leaders et les acteurs majeurs de cette culture, il est introuvable extrêmement rapidement. Et il devient donc culte. Ça peut être une planche de skate, une paire de basket, une édition d’artiste, un T-shirt… Quelque chose qui marque l’époque, dont on se rappelle et que l’on désire de multiples années après sa sortie.

Quels sont les classiques qui ont marqué l’histoire de votre livre ?
La majorité des figurines réalisées par KAWS (comme celle visible sur notre photo de Michael, ndlr), des skates de la marque américaine Supreme, des produits de la marque japonaise Bape, des baskets réalisées par le pionnier du streetwear japonais Hiroshi Fujiwara pour Nike…

All Gone 2014

© All Gone

Les collaborations, autour de sneakers ou vêtements, sont les produits les plus prisés aujourd’hui. Pourquoi intéressent-elles ?
Une collaboration est une synergie entre une entité A et une entité B, les deux ayant besoin l’une de l’autre. Le secret en cette fin d’année, c’est à quoi va ressembler la collaboration entre Kanye West et adidas… Kanye West n’a besoin de personne, c’est l’influenceur numéro un, mais il a besoin d’adidas parce qu’il aime la mode, parce qu’il veut que le monde entier porte ses produits, de l’Afrique du Sud au Japon en passant par la France et les USA. Ça va être une bonne collaboration, destinée à envahir le monde, parce que, peu importe ce que les gens pourront en dire, elle va susciter un buzz hallucinant.

« Ce n’est plus une génération street culture, mais screen culture »

Notamment auprès d’une nouvelle génération qui n’a jamais acheté de magazines de sa vie et dont la seule source d’information est Internet. Ce n’est plus une génération street culture, mais screen culture, quasiment dominée par la répétition des images à l’écran. Plus elle voit le truc sur Instagram, plus c’est cool.

Dans 11 ans, sortira la vingtième édition de All Gone. Ce sera toujours un ouvrage d’édition ?
Je l’espère, c’était le grand défi de ce livre. Quand je l’ai lancé, tout le monde disait qu’Internet allait tuer le papier. Le digital a ses limites : celles de la possession et de la mémoire. L’offre a tellement explosé depuis la première édition, que se rappeler est plus dur que consommer. Savoir ce qui était cool en 2006, ce qui a fait 2007 et ce qui était génial en 2010, est plus compliqué que connaître la sneaker la plus folle qui marquera le mois de mars 2015. All Gone est pratique pour retourner en arrière, il a pris du sens avec les années, tu vas garder ce bouquin, le transmettre.

Plus d’infos

Identité
Michael Dupouy, 37 ans, Paris : boss de l’agence La MJC, auteur de All Gone.

Bible de la street culture
Chaque année, le livre All Gone réunit les essentiels (sneakers, vêtements, pièces d’art) qui ont marqué une année de street culture, compilés par Michael, expliqués par leurs créateurs ou les acteurs les plus respectés du marché.

All Gone on tour
En 2015, de mi-janvier à fin mars, Michael dédicacera son ouvrage dans une vingtaine de villes (Paris, Copenhague, L.A., Mexico, Shanghai, Séoul, Moscou, etc).

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02 2015 The Red Bulletin

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