Wingmen

On a rencontré un homme qui vole

Entretien : Pierre-Henri Camy
Portraits Jokke Sommer à Paris : Teddy Morellec
Photos extraites du documentaire Wingmen : X-Treme Videos

Il est l’un des héros du documentaire Wingmen. Le Norvégien Jokke Sommer, 29 ans, est l’un des plus célèbres spécialistes au monde du BASE jump et du vol en wingsuit. 

Doté d’une combinaison (wingsuit) qui lui permet littéralement de voler, cet homme-oiseau visite tous les cieux : Wingmen raconte ses évolutions, et celles de deux autres hommes dans le ciel, au-dessus de Rio, Bangkok, La Réunion ou Dubaï. Présent à Paris pour l’avant-première de Wingmen au Grand Rex, Jokke Sommer s’est posé quelques minutes pour rencontrer The Red Bulletin, évoquer le BASE jump et le vol en wingsuit, au cœur de ce documentaire.

Jokke sommer

Il est rare de trouver Jokke Sommer sur terre. The Red Bulletin a profité de sa présence au Grand Rex pour une interview terre à terre.


THE RED BULLETIN : Bonjour Jokke. Nous voici dans une loge du cinéma le Grand Rex, trois niveaux en dessous de la chaussée… Pour un type comme vous, qui passe son temps à voler dans les airs, ça doit faire un peu bizarre ?

JOKKE SOMMER :
(Rires) J’apprécie de plus en plus être sur la terre ces temps-ci. Sûrement parce que je m’implique de plus en plus dans l’aspect business de mon activité. Avant c’était « sauter, sauter, sauter ! », parce que je trouvais ça super ennuyeux d’être les pieds sur terre. Mais j’essaie à présent de développer de nouvelles choses, de nouvelles idées, et ça devient bien plus intéressant d’être sur la terre ferme. On va par exemple commencer à shooter des vidéos pour la réalité augmentée, on travaille donc sur un support de caméra à fixer sur mon casque, et on va peut-être développer une application.

Wingmen, un documentaire proposé par X-Treme Video, réalisé et produit par Siesta Films et Ellioth & Winther. 

© YouTube // XTreme Video

Quelle sera la meilleure position pour vivre l’expérience pleinement, à la maison ? Allongé sur le ventre, les bras en croix ?

Ouais ! Si tu te tiens comme ça sur ton lit tu devrais clairement passer un bon moment. Ou bien la tête en bas, et là ça devrait être vraiment bluffant.

Jokke, ça fait quoi d’être un wingman, en fait ?

C’est le job le plus dingue qui existe. Un sport aussi, et une façon de s’exprimer. Ma wingsuit est la clef qui m’ouvre le monde. Si je veux concrétiser mes rêves, mes idées, j’ai besoin de ma wingsuit pour y arriver. Ce que j’ai appris ces dernières années en pratiquant le wingsuit, c’est à quel point c’est jouissif de voler. Ça m’apporte tout ce dont j’ai besoin : voyager à travers le monde, avoir des fans de partout, me servir du monde entier comme d’un terrain de jeu. Quand vous naissez, vous naissez avec des verres vides à remplir. Dans mon cas, à 29 ans, j’ai rempli des centaines de verres, d’aventures et d’expériences, à un point tel qu’ils débordent de partout.

« Si je veux concrétiser mes rêves, mes idées, j’ai besoin de ma wingsuit pour y arriver »
Jokke Sommer

Vous avez commencé par le FMX (freestyle moto-cross), c’est là que vous avez pris goût à « voler » ?

Oui, c’est vrai que j’ai pratiqué le FMX pour m’amuser il y a pas mal de temps. Le snowboard aussi, beaucoup. Et puis je me suis mis au saut en parachute, par un heureux hasard. Un pote m’a téléphone et m’a dit : « Hey, je vais passer une formation de saut en parachute, et le seul gars auquel j’ai pensé pour m’accompagner, et bien c’est toi ! ». À la même période, j’étais supposé aller m’entraîner avec un pro du FMX, Andre Villa, mais j’ai zappé ce trip et j’ai mis mon argent dans cette formation au parachutisme. Dès que j’ai commencé, c’était comme si j’étais absorbé, en mode « ok, c’est ton truc, c’est fait pour toi ». J’ai toujours fait ce que j’ai voulu, globalement, depuis que je suis gosse. Personne ne pouvait me forcer à faire autre chose. Et ce fut le cas avec tous ces sauts, les gens me disaient « non, reste concentré sur ton boulot », mais ça ne voulait strictement rien dire pour moi. J’ai du mal à vous décrire comment ce sentiment à commencer à prendre en moi avec le parachutisme. Je ne sais pas si c’était un genre de « révélation »… (Rires)

Jokke sommer

07 juillet 2015 : un homme volant sur les toits de Paris. Jokke Sommer compte des centaines de sauts en BASE jump à son actif. 

Il semble que vous avez fait 250 sauts en parachute en deux mois durant cette formation ?

C’était facile. Tu pouvais en faire 500 si tu voulais. Et le BASE jump est arrivé dans la foulée. Je suis rentré chez moi, juste après ma formation en parachutisme, et suis reparti quasi aussitôt. J’ai lavé mes fringues et, le lendemain, je partais vers la montagne pour essayer le BASE jump.

Comment s’est passé votre premier saut en BASE jump ?

C’était assez étrange. Je n’étais pas familier des montagnes, surtout celles du genre gigantesque, majestueux, du genre qui te coupe le souffle. Ce fut un moment très spécial, assez mystique, avec cette flippe qui s’empare de vous, mêlée à l’excitation de pouvoir enfin faire ce que vous avez toujours rêvé de faire.

« Mon premier saut en BASE jump fut un moment très spécial, assez mystique, avec cette flippe qui s’empare de vous, mêlée à l’excitation de pouvoir enfin faire ce que vous avez toujours rêvé de faire »
Jokke Sommer

Et quel souvenir gardez vous du premier jour où vous avez enfilé une wingsuit ?

La première fois que je l’ai essayée, sur la drop zone (zone de saut, ndlr), c’était assez cool, parce que j’en avais rêvé pendant longtemps. Je me suis lancé, et j’ai explosé de rire à mesure que je volais. C’était en Californie.

Et c’était haut ?

4000 mètres d’altitude. J’étais super content, je hurlais comme un dingue. Ça a été pareil pour mon premier saut en parachute, je gueulais « Joyeux Noëëëëëëëëëëël !!!! » (Rires) Rien à voir avec la période de l’année, juste les émotions que j’expulsais.

Wingmen

Pour tourner Wingmen, Jokke Sommer (Norvège), Espen Fadnes (Norvège) et Ludovic Woerth (France) se sont lancés à Rio de Janeiro, Chamonix, l’Île de la Réunion, du mont Tianmen en Chine, et depuis Dubaï.

Ça vous arrive de vous prendre pour un oiseau, parfois ?

Parfois j’observe les oiseaux, et j’essaie d’analyser comment ils volent. Tu en as, en Suisse, qui passent un tellement bon moment que tu peux voir qu’ils s’éclatent en les observant. Tu les vois faire des mouvements que tu fais toi-même en soufflerie. Ce qui est cool, maintenant, c’est que l’on commence à s’approcher d’un point où les hommes vont pouvoir mieux voler que les oiseaux, même si il nous est encore impossible de voler en ascension. Ce que les Jetmen sont en train de réaliser, en fait. Donc, bientôt, peut-être, on verra des oiseaux posés, occupés à mater des hommes dans le ciel, se disant que ces gars passent vraiment du bon temps. (Rires) C’est grâce aux oiseaux que nous volons. Ils peuvent le faire, alors nous le pouvons aussi.

« C’est grâce aux oiseaux que nous volons. Ils peuvent le faire, alors nous le pouvons aussi »
Jokke Sommer

Jokke Sommer, quel est votre message aux « apprentis oiseaux », à l’intention des gens qui voient dans le BASE jump et le wingsuit « un truc de fou » qu’ils doivent absolument essayer ?

Wingmen

Quand une légende du vol en wingsuit rencontre son public… Les fans français de Jokke Summer n’ont pas hésité à venir « équipés » à l’avant-première du documentaire Wingmen.


Aujourd’hui, beaucoup de gens qui veulent se mettre au BASE jump ou au vol en wingsuit n’ont pas forcément beaucoup d’argent, et ça n’aide pas pour honorer toutes les préparations et entraînements nécessaires. Donc beaucoup de gens ne font pas assez de sauts préparatoires, se disent qu’avec 200 sauts en parachute seulement ils peuvent se lancer dans le BASE jump ou le wingsuit. Avant toute chose, il faut commencer par le parachutisme, et vous auto-analyser en tant que « jumper ». Avant même de commencer le parachutisme, je leur conseillerai de faire 5 heures de soufflerie, ce qui rendra votre expérience du saut en parachute plus complète. Une fois que vous grandissez dans la pratique du parachutisme, vous passez du temps à tout apprendre de ce sport, du pilotage sous voile, de la chute libre, du vol en wingsuit… Tout ce que vous devez savoir du vol humain sécurisé. Vous devez devenir un « jumper » polyvalent avec bien des savoir-faire. Si je devais commencer maintenant, je commencerais par devenir un super bon parachutiste.

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07 2015 redbulletin.com

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