Sam Smith, le jeune premier

Texte : Florian Obkircher

L’Anglais de 21 ans, prix de la meilleure révélation aux derniers Brit Awards, a décroché la tête du Top singles britanniques grâce à « Money On My Mind ». Son premier album « In The Lonely Hour » sort en mai.


THE RED BULLETIN : Les Grammys et une tournée en Europe étaient au programme de votre début d’année. À quoi ressemblait votre vie il y a un an ?
SAM SMITH :
J’étais fauché. Par exemple pour rentrer chez moi à Noël, je m’étais tapé 1 h 30 de marche jusqu’à la gare de Waterloo pour échanger mes euros en livres et prendre un billet de train.

À ce point ?
Je travaillais dans un bar où je faisais la plonge et récurais les toilettes, notamment le vomi des clients qui parfois y brisaient leurs verres. Une horreur.

« Grandir sans 
être influencé par 
des voix de chanteurs masculins 
a été essentiel 
pour moi »
Sam Smith



Comment êtes-vous venu à l’écriture ?
Je n’ai jamais tenu un journal mais je voulais une trace écrite de ma vie. Le faire en chantant est génial, c’est une forme de thérapie pour moi.

Pensez-vous avec le recul que c’était là une leçon de vie importante ? 
Oui, c’est une expérience essentielle. Quand je rentrais du boulot la nuit, j’étais littéralement épuisé, ma mère me disait alors : « Il n’y a rien de mal à travailler dur. » C’est vrai et du coup quand quelque chose de bien nous arrive on l’apprécie d’autant plus.

Un journal c’est personnel, mais vous, vous avez choisi d’offrir vos chansons au monde entier.
Les chanter à un public ne m’est pas facile. Je ne suis pas timide mais émotionnellement, cela me remue et j’ai parfois le blues après un concert. Mes chansons évoquent des événements de ma vie, parfois récents.

La tristesse est le thème central de votre premier album In The Lonely Hour.
Je n’avais jamais eu de relation amoureuse et je me suis toujours senti seul. Un jour, j’étais au téléphone avec ma mère et pour la première fois, j’ai dit à quelqu’un : « Je me sens très seul. » C’est ce que j’ai fait de plus courageux. Donner ce titre à l’album est aussi une marque de courage. C’est pourquoi je l’aime.

Certains morceaux comme Money On My Mind évoquent plus la gaieté qu’un cri du cœur. Ce contraste est-il voulu ?
J’aime les sons joyeux. Dans l’album, la chanson Leave Your Lover aborde le fait d’être amoureux d’une personne mariée. Les paroles disent : « Leave your lover, leave him for me. » C’est une chanson triste, mais avec une mélodie légère, comme un tube de l’été. Associer ces deux aspects me plaît.

Vous possédez un large registre vocal…
J’ai eu un coach vocal. Mais grandir sans être influencé par des voix de chanteurs a été essentiel pour moi. Elles ne m’attiraient pas, au contraire de celles des chanteuses. Je les imitais toutes, ce qui a développé mon registre de voix. J’ai un peu abusé avec Whitney Houston (rires). J’ai multiplié les expériences en étant aussi chanteur de comédie musicale et choriste pour mon prof de jazz.

Au théâtre, on est un acteur parmi d’autres. C’est difficile d’avoir toute l’attention sur soi-même ?
À 14 ans, j’ai dû faire un choix : continuer ou non la comédie musicale où on vous donne un personnage, un nom, un scénario, et des indications de mise en scène. Être seul sur scène est bien plus difficile mais j’adore.

En ce début d’année, vous avez gagné deux prix prestigieux : le Critics’ Choice Award et le BBC Sound of 2014. Avez-vous plus de pression depuis ?
Non, mon attention se focalise d’abord sur la musique. Ces récompenses concernent avant tout mon album et sont un moyen idéal pour toucher plus de monde.

À quoi ressemble la vie au cœur de la célébrité ? Surréaliste ?
Certains moments peuvent l’être. Le soir des Grammys, je suis rentré chez moi après trois semaines d’absence. Avec mon colocataire, on s’est regardés en se disant « Waouh ! C’est du délire ! » Mais c’est chouette.

Vous êtes toujours en colocation ? Pas encore de loft avec vue sur la Tamise ?
Aucun risque (rires). Je vis dans un minuscule appart au sud de Londres. Votre nom est très répandu.

Avez-vous songé à un nom de scène ?
À 19 ans, je voulais changer de nom et j’ai pris la tête à tous les gens que je connaissais pour qu’ils me fassent des suggestions. Certaines étaient à mourir de rire. Mais mon père a fini par me dire un jour, pourquoi pas tout simplement Sam Smith. Aujourd’hui, j’aime mon nom. Il est tellement commun qu’il en est cool.

ÉLÉMENTS BIOGRAPHIQUES

Naissance 19 mai 1992, à Bishop’s Stortford (Angleterre)

Son grand délire Monter sur la table et faire un karaoké sur du Whitney Houston quand ses parents recevaient. À 8 ans, il commence le chant.

Premier succès En octobre 2012, le duo de house anglais Disclosure sort Latch, un single avec Smith à la voix. Le morceau se classe 11e des charts britanniques et est salué par Taylor Swift et Adele.

Hey Judy Enfant, Smith adorait Judy Garland dans Le Magicien d’Oz. Il lit l’autobiographie de l’Américaine et devient fan. Smith : « Elle donne l’impression de s’être éprise de sa solitude. Les enregistrements avant sa mort sont incroyables, ils ont beaucoup influencé mon album. »

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05 2014 The Red Bulletin France

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