Steven Soderbergh

« Steven Soderbergh, êtes-vous nostalgique du cinéma ? »

Texte : Susan Hornik
Photos : Nicolas Guerin/Contour by Getty images

Pour la série The Knick qui fait un tabac aux USA et a déjà séduit la France, le réalisateur américain évoque son passage du grand au petit écran.

Steven Soderbergh est l’un de ces oiseaux rares qui placent la créativité et la passion bien au-dessus du compte en banque. Multi-casquettes – réalisateur, scénariste, producteur exécutif, directeur de la photographie, monteur –, il s’est distingué par sa polyvalence sur un grand nombre de films, comme Sexe, mensonges et vidéo, Erin Brockovich, Traffic – qui lui a valu l’Oscar du meilleur réalisateur en 2001 – et Magic Mike

Après le succès de son dernier long-métrage pour HBO, Ma vie avec Liberace, Soderbergh annonce qu’il prend sa retraite, mais joue peut-être un peu sur les mots, puisqu’il se tourne finalement vers la création de séries télé. Il se remet en selle en tant que réalisateur et producteur exécutif de The Knick, série dans laquelle Clive Owen incarne un brillant chirurgien en chef de l’hôpital Knickerbocker, dans le Manhattan des années 1900, diffusée en France depuis août via le bouquet OCS. 

THE RED BULLETIN : Abandonner une carrière à succès dans le ciné pour se dédier à une série, il fallait oser.  

STEVEN SODERBERGH : Quand je ressens instinctivement que j’ai besoin de changement, que ce soit dans ce que je fais ou dans la manière de le faire, je prends cela très au sérieux. Il y a six ans, j’ai démarré un processus qui me permettrait d’évoluer, de sortir du monde du cinéma et de faire autre chose. J’ai tout simplement décidé que je voulais faire quelque chose de différent. En l’occurrence, j’avais peut-être pensé à quelque chose en particulier et il s’avère que ça a été autre chose. Je pensais que ce serait un truc du genre : « Tiens, tu devrais te mettre à la peinture. » Mais, en fait, ça a plutôt été : « Non, tu devrais trouver un autre support pour faire ce que tu aimes vraiment au lieu de tout abandonner. » Et ça a marché. 

« C’est l’envie d’être surpris et interpellé qui a guidé mes choix toute ma vie »



Est-ce qu’il a été difficile de passer du cinéma à la télévision ?

Quand on a commencé la production de The Knick, et qu’on était en plein tournage, il y a eu un moment où je me suis dit : « C’est ça que je fais, c’est pour ça que je suis fait, pour ce métier. » C’est pour ça que je l’ai fait pendant si longtemps. On peut dire que ça m’a fait changer d’avis sur le fait de prendre un congé sabbatique ou non. Je me suis dit : « J’aime être ici, j’aime faire ce métier. » Et il n’y a rien de mal à ça.

Qu’est-ce qui a été le plus compliqué dans la création de The Knick ?  

Nous avions 570 pages à tourner en 73 jours, ce qui représente une moyenne de neuf pages par jours, ce qui n’est pas mal. Je savais qu’on avait un avantage de notre côté : on reprenait l’un des genres les plus inusables de la télévision – la série médicale – mais avec un point de vue inédit. Donc je me suis dit que c’était parfait, le sujet à la fois frais et familier du public, de telle sorte qu’il se dirait : « Ah oui, je connais, c’est une série sur un hôpital », ce qui est le cas. Et puis, j’ai fait une liste de toutes les choses que je ne voulais pas faire – à commencer par la bande-son par exemple, je ne voulais pas entendre une seule note d’instrument à cordes, ça aurait vraiment fait trop film d’époque. 

Vous avez réalisé chaque épisode de la première saison – et vous en ferez autant pour la deuxième. Votre emploi du temps doit être bien chargé ?

En gros, la saison est entièrement planifiée comme un film, le tournage, le budget et le montage se font comme pour un film, c’est une méthode de travail très efficace. Il y a onze mois, je ne pensais pas que je serais assis ici en train de parler des 10 heures de tournage qui nous -attendent et des 10 autres qui sont déjà dans la boîte. C’est l’envie d’être surpris et interpellé qui a guidé mes choix pendant toute ma vie.

Vos acteurs sont-ils logés à la même enseigne ? 

C’est génial de travailler avec Clive (Owen, qui est aussi producteur exécutif de la série, ndlr). On n’aurait jamais pu respecter ce planning s’il n’était pas là tous les matins, parfaitement préparé et prêt à se mettre au boulot. Il a la même façon de travailler que moi : il ne rend pas les choses plus difficiles que nécessaire. On est vraiment sur la même longueur d’onde.  

Êtes-vous nostalgique quand vous repensez à votre carrière au cinéma ?  

Je pense toujours à mon prochain film. Je pars toujours du principe que, quel que soit le film que vous êtes en train de tourner, il annihile tout simplement tout ce que vous avez pu faire avant. On repart toujours de zéro. C’est en pensant de cette manière que l’on évolue.

Récompenses

Oscar du meilleur réalisateur​ pour Traffic  (2000)
Nominé dans la même section pour Erin Brockovich (2000)
Nominé pour l’Oscar du meilleur scénariste pour Sexe, mensonges et vidéo (1989)

Pseudonyme
Soderbergh réalise sous son propre nom, mais il utilise des pseudos pour ses activités de directeur de la photographie et de monteur : Peter Andrews et Mary Ann Bernard

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11 2014 The Red Bulletin

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