bacteria Sprays

Des sprays à bactéries vont remplacer nos douches

Photo : Corbis

David Whitlock en est persuadé. La dernière fois qu’il s’est lavé, c’était à la fin des années 1990. Il préfère laisser ce sale boulot à d’autres.

The Red Bulletin a sélectionné pour vous les personnes, objets et concepts qui vont changer la donne en 2016.
 

Quelle gabegie : 16 000 litres d’eau pour la douche et les bains moussants, plusieurs kilos de savon, entre trois et six flacons de shampoing et de gel douche. Voilà ce que consomme annuellement un adulte européen moyen pour entretenir son hygiène. Alors qu’on pourrait tout à fait s’en passer. En tout cas, c’est ce qu’affirme David Whitlock, chimiste tout droit sorti de l’institut de recherche MIT, relativement peu connu pour sans manque de sérieux.

Whitlock nous confie sans la moindre gêne que la dernière douche qu’il a prise remonte à la fin des années 1990. Depuis, il laisse à d’autres le soin de le nettoyer : à des légions entières de bactéries qui se sentent comme chez elles sur son épiderme. Whitlock et sa start-up AOBiome ont mis au point un spray censé rendre la douche superflue. 

Au total, un adulte héberge environ cent billions de micro-organismes, ce qui -eprésente deux bons kilos.

La star qui peuple cette bombonne est connue sous le doux nom de Nitrosomonas eutropha. Elle peut prendre la forme d’un bâtonnet ou d’une poire et est naturellement présente sur le sol. C’est une bactérie longue de deux micromètres qui se nourrit d’ammoniaque. (En aligner 500 pour obtenir une colonne d’un millimètre.)

Il faut compter deux applications de ce nuage bactérien par jour, explique Whitlock. Des milliards de petits « Nitros » élisent alors domicile sur votre peau et entament leur œuvre miraculeuse.

Avant que les hommes commencent à se doucher tous les jours et à se laver les mains à la moindre occasion, ces bactéries nettoyantes faisaient partis des meubles, avance Whitlock, et permettaient d’entretenir la propreté naturelle de notre épiderme en se nourrissant de notre sueur. Ce que nous considérons aujourd’hui comme de l’hygiène ou de la propreté a sans aucun doute permis d’endiguer de nombreuses maladies graves et contagieuses au cours des deux derniers siècles.

Selon Whitlock, l’excès d’hygiène provoque également des allergies et laisse la voie libre à d’autres agents pathogènes qui auraient jadis été neutralisées par les « bonnes » bactéries comme « Nitro ». Whitlock a prouvé que la présence sur la peau de bactéries oxydant l’ammoniaque permet d’endiguer les inflammations et les irritations de la peau.

Et de renforcer le système immunitaire. Au total, un adulte héberge environ cent billions de micro-organismes, ce qui représente deux bons kilos. La plupart d’entre eux sont localisés dans nos intestins, où ils nous rendent des services indispensables à notre bonne digestion. On sait depuis quelques temps déjà que les yaourts aux probiotiques ou d’autres aliments permettent de renforcer la flore intestinale.

Dave Whitlock est convaincu que les bactéries cutanées connaîtront bientôt une courbe de popularité comparable à celle de leurs cousins intestinaux. Son spray vendu sous la marque Mother Dirt est censé recréer la saine flore cutanée de nos ancêtres soi-disant cradingues. Le crade est le nouveau clean, en somme.

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01/2016 The Red Bulletin

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