Rudy Gobert

« C’est le terrain qui doit parler »

Texte : PH Camy
Photo : Kevin Couliau  

Rudy Gobert vous remercie pour vos critiques ! Elles sont le carburant qui a fait de lui l’un des meilleurs joueurs de basket de sa génération.

Un pivot auquel on prédit une place parmi les kings de la NBA au sein des Utah Jazz. Un joueur essentiel à l’équipe de France de basket-ball. 2 mètres 15, et 2,36 mètres d’envergure, les bras en croix. Rudy Gobert, 23 ans, s’est vu refusé l’entrée de certains centres de formation à ses débuts, et a du redoubler de motivation pour accéder aux hautes sphères du basket mondial. À l’affût de ce qui se dit et s’écrit sur lui sur les réseaux sociaux ou dans la presse, « Gobzilla » se motive aux critiques. Détestez-le, vous le rendrez meilleur.

« Pas besoin d’être vulgaire pour donner un avis contraire. » Star de la NBA, Gobert a appris à « gérer les réseaux sociaux ». 

© YouTube // Planet NBA

THE RED BULLETIN : Depuis quand les critiques vous servent-elles à progresser ?
RUDY GOBERT : 
Depuis que je suis très jeune, à une époque où personne ne pensait que j’allais devenir un joueur pro, encore moins en NBA. Mais moi, j’en étais persuadé. 

Qui ne croyait pas en vous ?
Beaucoup de centres de formation ne m’ont pas pris à l’époque, ils m’ont recalé, comme l’INSEP (où a été formé Tony Parker avant de devenir pro, ndlr). Les gens de Cholet ont cru en moi et m’ont donné une chance. Ça a été le début, ce qui m’a permis d’atteindre mes objectifs.

Vous souvenez-vous d’une parole ou d’un écrit qui vous a particulièrement marqué ?
Il y en a eu tellement… (rires) Il y a eu pas mal d’articles dans lesquels j’ai été provoqué. En retour, je me disais : « Tu vas voir, je vais te prouver que tu t’es trompé. » Mes débuts en NBA n’ont pas été faciles, je n’étais pas au niveau que j’ai atteint. Je lisais ce qui s’écrivait sur moi et je bouillais : j’avais hâte de montrer ce que je pouvais réellement donner. C’est marrant, les types qui vantent mes « mérites » aujourd’hui sont ceux qui me critiquaient il y a un an.

Si l’on écrit un papier négatif à votre propos, et que l’on vous croise, il vaut mieux se planquer ? Vous restez zen ?
C’est le terrain qui doit parler, c’est un principe. Inutile d’argumenter avec des mots, les mots ne veulent pas dire grand-chose. Avec des mots, ce serait rentrer dans leur jeu. C’est sur le terrain que je vais te montrer que tu as tort… Tu peux être sûr que bientôt, c’est à moi qu’il donnera raison.

Finalement, les reproches sont-ils plus formateurs que les compliments ?
Si tu regardes le chemin que j’ai parcouru, je te dirais que oui. Ça dépend des gens, certains se sentent plus en confiance quand on les complimente, ils se disent : « Je suis bon, je peux y arriver. » J’ai aussi eu droit à des compliments, mais je marche plus aux critiques.

« Boris Diaw m’a dit “Pourquoi tu lis ces conneries ? Elles vont impacter ton jeu !” Bien sûr que oui, du bon côté ! »



Les haters les plus durs sont-ils américains ou français ?
Je dirais français… quoique… des deux côtés, ils ne se privent pas de balancer.

Qu’avez-vous appris des anciens des Utah Jazz et de l’équipe de France, dans votre rapport à la critique ?
Quand tu arrives à un niveau international, tu es supposé pouvoir bien gérer ton rapport aux médias… C’est drôle, un jour je discutais avec Boris Diaw (actuel capitaine de la France, lui aussi NBA, ndlr), qui joue sans se soucier de l’avis des gens, il m’a dit : « Pourquoi tu lis toutes ces conneries ? Elles vont impacter ton jeu ! » Je lui ai répondu : « Bien sûr que ça va impacter mon jeu, mais du bon côté ! »

Sur votre compte Instagram, on trouve ceci : « Réussir, c’est faire un costume d’une serpillière. » Que doit-on lire entre les lignes ? 
Ça vient d’une chanson du rappeur Booba, Soldats. J’ai trouvé que ça me définissait. Tu n’es pas supposé réussir, mais tu peux y arriver. J’étais le petit gars qui a grandi à Saint-Quentin, parti de rien. Okay, je fais 2 m 15, mais je n’ai pas toujours été aussi grand, et ça ne veut pas dire que ça t’évitera tous les sacrifices. Tous les jours, et dans la vie, quand tu fais 2 m 15, il y a un tas de choses qui sont beaucoup plus dures à faire. Crois-moi.

La critique ne va pas que dans un sens… de votre côté, vous autorisez-vous des commentaires négatifs sur d’autres joueurs ?
S’ils sont comme moi, pas la peine de leur donner une motivation supplémentaire (rires). J’évite, on est là pour faire avancer le même sport.

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01/2016 The Red Bulletin

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