Alex Caizergues, chasseur de vitesse

104,8 km/h en kitesurf

Texte : PH Camy
Photo : THIERRY SERAY

ALEX CAIZERGUES est, sur l’eau et avec une voile, l’homme le plus rapide au monde. Le kitesurfeur a appris à prendre son temps, pour aller vite.

En 2010, en Namibie, Alex Caizergues (37 ans) devient le premier homme propulsé par le vent à dépasser les 100 km/h sur l’eau. Devenu le kitesurfeur le plus rapide au monde, l’athlète français a su s’entourer, écouter, et prendre le temps de la réflexion pour assouvir son envie insatiable de vitesse.

THE RED BULLETIN : Alex, quand êtes-vous devenu un « chasseur de vitesse » ?

ALEX CAIZERGUES : Dès mes débuts dans le kite, en 2002, chez moi, à l’embouchure du Grand-Rhône. Avec le Mistral qui souffle fréquemment chez nous, et des plans d’eau assez plats, tout était propice à la vitesse. Ma première sensation de vitesse sur un kite m’a immédiatement donné envie de me frotter au chrono, et aux autres. J’ai fait ma première compétition de vitesse, au Mondial du Vent, à Leucate dans l’Aude, en avril 2005.

Vous êtes vite devenu accro ?

C’était ma première expérience en compétition. J’ai toujours fait beaucoup de sports différents – judo, aikido, wakeboard, plongée – mais jamais dans un esprit de compétition. Le kite m’a tout de suite donné envie d’être le plus rapide, de travailler pour y parvenir. Enchaîner les compétitions. Ce que j’ai fait. Ça m’a plu au point de saisir l’opportunité d’arrêter mon job et me dédier au kite à 100 %. Deux ans plus tard, je montais ma boîte, je devenais sportif pro et chef d’entreprise. 

L’un des hommes les plus rapides sur l’eau et patron… Cela implique de se réunir avec des partenaires, des conseillers, réfléchir à des projets de vitesse, de compétition… Pour aller vite, on doit aussi aller lentement ?

Notre milieu n’est pas le surf ou le rugby, les montants de sponsoring ne sont pas énormes. Pour devenir un pro et faire de ma passion quelque chose de rémunérateur aussi, je me suis posé, j’ai réfléchi, avec Bruno, mon conseiller, un avocat parisien que je connaissais de longue date, grâce à notre passion commune du kitesurf.

« S’entourer, prendre le temps de réfléchir, s’engager dans une démarche pro… cela a une valeur inestimable. »
Alex Caizergues, 37 ans


On s’est dit qu’il fallait aller voir des gens hors du milieu, qui sauraient voir dans ce sport un vecteur de communication. Être accompagné par Bruno m’a différencié de 99 % des autres kitesurfeurs pros. S’entourer, prendre le temps de réfléchir, s’engager dans une démarche pro… tout cela a une valeur inestimable.

Votre quête de vitesse peut-elle aller trop loin ? Avez-vous déjà pris de gros risques ?

Oui, ça a déjà été le cas… En Namibie, quand j’ai dépassé les 100 km/h, devenant le premier homme à y parvenir, sur l’eau, grâce au vent. Deux autres gars ont battu mon record, 15 jours après, dans des conditions hardcore. J’ai voulu me jeter immédiatement après eux, pour leur reprendre le record. J’ai hésité. Et finalement, je me suis lancé, dans un canal de trois mètres de large, dans de mauvaises conditions. J’ai outrepassé mes limites, j’ai risqué ma vie.

Personne n’a tenté de vous freiner après ça ?

Si, mon père (rires) ! Quand je suis revenu en France, il est venu me parler, et m’a dit : « Mon gars, tu as sûrement été trop loin. Il faut que l’on arrive à monter la même tentative de record chez nous, en France. Dans de bonnes conditions de sécurité, et tu verras, tu iras plus vite. »

Et… êtes-vous allé plus vite ?

Oui ! Le 11 novembre 2013, à côté de chez moi, dans mon canal, j’ai pété le record en atteignant les 104,8 km/h. C’est toujours le record actuel, le deuxième chrono absolu propulsé par le vent sur l’eau. 

Quelles furent les leçons de cette expérience ? 

Que ça valait le coup de se poser, et qu’il était essentiel d’écouter son entourage. Mais il faut être conscient que cela prend du temps : la préparation, pour monter la « base de vitesse » idéale à la tentative, trouver les partenaires pour le faire… et enfin battre le record dans les meilleures conditions. Tout ça pour seulement 17 secondes de performance… de jouissance extrême (rires) !

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10 2016 The Red Bulletin

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