Anna Gasser sexy

Anna Gasser,
haute tension

Texte : Werner Jessner
Photos : Lina Tesch

Du faux départ à la médaille, la snowboardeuse autrichienne Anna Gasser sait dompter ses nerfs quand le stress est à son comble.

Cette scène se déroule en 2014 aux Jeux Olympiques de Sotchi. Après avoir dominé les qualifications du concours de slopestyle, le jour J, la finale, Anna Gasser fait un faux départ. « C’est un malentendu. Jusque-là, le signal de départ était donné en levant le pouce. Mais cette fois, le responsable du départ avait juste l’intention de me souhaiter bonne chance. »

Anna se lance, puis un deuxième juge tente de la retenir. Ce moment de flottement aura duré jusqu’à ce qu’Anna parvienne péniblement à se hisser au sommet de l’aire de départ avec l’aide de son entraîneur, pour se lancer, enfin, dans l’ultime run de ses JO. Les caméras continuent à tourner, sa concentration est réduite à néant. Plus la peine, dans ces conditions, d’espérer un bon résultat. 

Anna s’est rendue à Sotchi presque les mains dans les poches. Elle s’était fixé comme objectif une place dans le top 10, mais sa première place en qualif a mécaniquement fait monter les enjeux, en tout cas aux yeux des autres : « Après les qualifications, j’ai vraiment réalisé à quel point les JO étaient une compétition monumentale. J’étais soudainement au centre de l’attention. J’ai craqué nerveusement. »

THE RED BULLETIN : As-tu le trac avant un concours  ? 

ANNA GASSER : Bien sûr ! Mais j’ai besoin de la nervosité, elle est bénéfique. Même si elles implique des sensations terribles.   

Anna Gasser sexy

 Pourquoi ?

Il n’y a que dans un état de haute tension que tu peux être performant. Si je suis trop relax au départ, je ne suis bonne à rien. Il faut trouver le juste milieu entre crispation et relâchement. 

Et quel est ton truc pour y parvenir ? 

Je n’y arrive pas toujours. Mais ça aide d’avoir de l’expérience, d’avoir déjà vécu des situations, même déstabilisantes. Ceci dit, on n’est pas non plus obligé de se ramasser dans la zone de départ en plein Jeux Olympiques (rires) !

Comment es-tu quand tu es nerveuse ? 

Je n’ai envie de ne parler à personne. Mes entraîneurs le savent et le respectent. 

À quoi penses-tu avant le départ ? 

Pas qu’à du positif, il y a aussi tout un tas de pensées négatives qui surgissent. Par exemple, ce qui se passerait en cas d’échec. Et pour que ça n’arrive pas, je fais un bon run. Je fais une perf pour me protéger moi-même, en quelque sorte. 

Tu as des petits trucs qui t’aident ? 

La veille d’une compétition, je m’offre un bon restaurant. Puis je monte dans ma chambre et j’aligne minutieusement toutes mes affaires de snowboard, prête à en découdre. Au quotidien, je suis plutôt bordélique, mes fringues traînent un peu partout dans ma chambre.

« L’année qui a suivi les JO a défilé en accéléré. J’étais au centre de l’attention. »
Anna Gasser

Tu sembles pourtant être méthodique et structurée… 

Ce n’est qu’une impression. J’ai aussi mes gris-gris. Des chaussettes porte-bonheur, que je porte pendant toute une saison. Et si je fais un bon run, je remets le même blouson lors du prochain concours. Je n’autorise que certaines personnes à préparer mon snowboard, ou je m’en charge carrément  moi-même. C’est bon pour la confiance de savoir ce qu’on fait. 

La confiance fait croître l’estime de soi et permet d’atténuer la pression. Le couac de l’aventure olympique l’aura moins affectée que la réaction de son entourage : « Certaines personnes ont essayé de me consoler, comme si quelqu’un venait de mourir. » Après tout, il ne s’agissait que des JO, et ils ont lieu tous les quatre ans.

Quel était son sentiment dominant au terme de la compétition ? « Le soulagement. » Après son retour, elle est partie se réfugier quelques jours en famille, s’est offert des séances de cocooning au fond de son lit, a passé du temps à caresser son chat, est -partie tracer quelques lignes sur sa Burton, histoire de restaurer son équilibre intérieur.

Anna Gasser sexy

Quels souvenirs gardes-tu des JO ? 

Je me souviens davantage des qualifications que de cette journée de galère. Mon objectif initial, c’était de me qualifier pour la finale. Je n’ai pas pensé une seule fois à l’or, à l’argent, ni même au bronze. Lors du run de qualification, j’étais pleinement « dans la zone ». Je ne remarquais rien de ce qui se passait autour de moi, j’étais calme à l’intérieur. Tout se déroulait comme prévu. C’est cet état que j’ai cherché à recréer par la suite.

Et comment fait-on ? 

Depuis l’incident, j’ai pris l’habitude de décomposer les manœuvres importantes en plusieurs fractions. Au départ, je visualise tous mes tricks, l’un après l’autre. Je pense chaque saut, mais aussi chaque transition, chaque unité d’un run comme un élément à part entière qui mérite ma plus grande attention. Même ceux que je connais sur les doigts de la main. La seconde interrogation de ma longue période d’introspection post-olympique était : comment faire pour me recentrer et relever la tête quand on passe à côté de son premier run, tellement décisif ? Le slopestyle est un sport très réglo : à chaque concours, tu as une deuxième, voire une troisième chance.

« J’ai dû apprendre à recréer de la tension, à croire en ma deuxième chance. »
Anna Gasser
Anna Gasser sexy

Anna Gasser avait la fâcheuse réputation de ne sortir le grand jeu qu’à l’occasion des premiers runs, et de n’améliorer que rarement son classement au deuxième et troisième run. À Sotchi, on l’avait sentie perdue dans ses pensées à l’arrivée, après son faux départ, un grand moment de solitude. 

« Au quotidien, je suis plutôt bordélique. Mes fringues traînent partout dans ma chambre. »

 J’ai dû apprendre à recréer de la tension, à croire en ma deuxième chance. 

C’est une chose d’en avoir l’intention, mais comment faire pour te remobiliser après un premier run raté ? 

À Kreischberg, les conditions extérieures m’avaient bien aidée. Après le premier run, j’étais quatrième, et comme d’habitude, j’ai loupé mon deuxième run ! Au départ du troisième run, j’étais décidée à tout faire pour ne pas finir quatrième. J’ai changé mon état d’esprit, et j’ai imaginé ce qui se passerait si je décrochais une médaille. J’étais vraiment mal tout là-haut. Ma tête était un champ de bataille.

Quelques temps auparavant, Anna s’était fracturé la main. Elle s’est présentée au départ emplâtrée, contre l’avis des médecins. « J’avais fait une chute à l’entraînement, et c’est ma main déjà blessée qui avait encaissé tout le choc. Ça m’a donné un gros coup de boost pour aborder la finale, j’étais prête mentalement à prendre tous les risques. En plus, le plâtre m’a enlevé un peu de pression. Si je m’étais plantée, il m’aurait servi d’excuse. Les gens auraient compris. Mais je n’avais aucune intention d’arriver en bas et devoir expliquer ma quatrième place. »

Anna Gasser sexy

 Pourquoi une quatrième place aurait été si terrible alors qu’une place de finaliste suffisait à ton bonheur jusque-là ? 

À cause du public. Mes parents étaient là, c’était la première fois qu’ils assistaient à l’une des mes courses en direct. 

Tu as sorti une telle performance juste pour impressionner tes parents ? 

En tout cas, pour ne pas les décevoir. Pour qu’ils ne se soient pas déplacés pour rien. 

Être à la télé devant un million de compatriotes, ça rend nerveux ? 

Dans le bon sens du terme, car j’ai envie que mes amis me voient snowboarder. 

 Anna Gasser n’a aucun souvenir du run qui lui a valu la médaille d’argent. « C’était comme si quelqu’un avait coupé le son là-haut. » Quand le son est revenu une fois franchie la ligne d’arrivée, elle réalise qu’elle a réussi à tenir son stress en respect. À nouveau, elle a évolué « dans la zone ». Et cette fois, ce n’était pas dû au hasard. Mais le fruit de sa volonté. 

Anna Gasser sexy

Styliste 
Petra Wiebe

Coiffure et maquillage
Sigi Kumpfmüller 

Crédits mode
Belstaff, Burlington, Calvin Klein, Dr. Martens, Guess by Marciano, Triumph International 

Partenaires d’Anna Gasser 
Burton, MINI, Red Bull 

Agence
Starelation

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03 2016 The Red Bulletin

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