Martin Tomczyk

Anatomie d’un bolide

Texte : Robert Sperl
Photos : Jürgen Skarwan

Des lignes parfaites, 362 chevaux sous le capot, la i8 est un coupé sport avant-gardiste, la première BMW hybride rechargeable. Nous avons testé sa conduite aux côtés de l’Allemand Martin Tomczyk, un as du volant en DTM.

Une ombre furtive s’immobilise au stand n°4, le nez en direction du couloir de changement. Un virage serré à droite, une accélération sur la montée et la nouvelle BMV i8 se retrouverait en un rien de temps sur le circuit du Red Bull-Ring, à Spielberg, en Autriche.

Les premiers rayons de soleil s’étirent sur la carrosserie, créant un jeu d’ombres et de lumière. C’est une voiture noire. Une teinte qui sied bien à ce coupé sportif. En rouge une voiture pousse à tous les excès, même à l’arrêt. Ses portes en élytre s’ouvrent vers le ciel, tel deux ailerons d’un autre temps. Ils dévoilent un habitacle où règne une lumière diffuse. Les lisérés bleus latéraux et de la calandre semblent avoir été cousus main, tout comme les délicates chaînes lumineuses LED des feux avant et arrière qui accentuent des lignes sans concession.

La i8 est taillée pour l’aérodynamique, les ingénieurs ont joui d’une entière liberté. Des diffuseurs d’air avant jusqu’au bas de caisse, la carrosserie en carbone est profilée pour créer un aérodynamisme à l’épreuve du vent le plus puissant. Ses lignes sculptées ne diffèrent pas de celles du concept-car Efficient Dynamics dévoilée en 2009 au salon de Francfort. Le design est entièrement dédié à la fonctionnalité : avec ses bordures de toit en forme d’ailerons suspendus, l’arrière présente un changement notable. Le vent n’a qu’à bien se tenir.

Au loin, un hélicoptère tournoie dans le ciel. Martin Tomczyk, notre pilote d’essai, est en approche. En 2012, le pilote BMW de 32 ans a remporté le championnat allemand de voiture de tourisme, DTM. Ce sérieux client vient tester ce que la voiture a dans le ventre. Et le circuit Red Bull-Ring est l’endroit rêvé pour ce test, même si la i8 est une sportive d’un nouveau genre qui ne se juge pas seulement à l’aune des rugissements de son moteur ou de ses records au tour mais aussi à sa subtile interprétation de l’hybride high-tech alliant moteur essence  et moteur électrique grâce à une électronique de haute voltige.

Élancé, élégant dans son blouson en cuir et barbe de trois jours, Tomczyk arrive avec un peu d’avance. Il en profite pour inspecter le moteur avant de rejoindre le paddock. Un surprenant moteur essence 3 cylindres bi-turbo de 231 chevaux à l’arrière et un moteur électrique 131 chevaux faisant tourner les roues avant. Mais c’est peine perdue. Là où d’autres marques automobiles présentent leurs moteurs comme des œuvres d’art derrière du plexiglas, pour la i8 il n’y a que la moquette. La notice d’utilisation ne dit rien non plus de ce moteur, seules des tubulures de remplissage d’huile y sont mentionnées. Pourtant, la i8 annonce un total de 362 chevaux sous le capot mais du moteur pas une trace, dommage.

« Pour les initiés, la question concernant le 3 cylindres ne se pose pas, dit Tomczyk. Avec ce type de voiture, la technique hybride est le plus important. Le design et l’innovation priment ici sur le concept moteur, lequel est censé venir s’y intégrer. »

Avec la i8, BMW ouvre une nouvelle voie et s’y lance avec cohérence. Tomczyk : « Non seulement le moteur est invisible, mais en plus il est silencieux. » En effet, les mots d’ordre sont efficacité, intelligence et durabilité. La génération jeux vidéo est depuis longtemps en âge de conduire des voitures de sport et a intégré des notions que les conducteurs moins jeunes considèrent sans intérêt.

Efficacité ​

Le principe de Lean Construction s’applique de la carrosserie en carbone à la motorisation dont les blocs-moteurs forment un ensemble – le 3 cylindres n’étant que de 1,5 litre. Le choix de pneus étroits entre aussi dans cette optique : une résistance au roulement réduite doublée d’une meilleure aérodynamique, au lieu des jantes larges chères aux adolescents attardés. 

Intelligence 

BMW associe deux types de moteurs auxquels s’ajoutent deux boîtes de transmission. Soit six vitesses pour le moteur essence et deux vitesses pour l’électrique. Par ailleurs, des feux laser d’une portée de 600 mètres sont proposés en option, une première mondiale.

Durabilité 

Le boîtier de la clé est en biopolymère à base de graines de ricin, les tapis de sol en PET provenant de bouteilles recyclées, et le tannage du cuir réalisé avec de l’extrait de feuilles d’olivier. La production des fibres de carbone de la coque et l’assemblage de la voiture utilisent de l’électricité issue à 100 % d’énergies renouvelables.

BMW i8

« C’est DE L’ADréNALINE PURE. POURTANT, LA BMW i8 EST UN coupé SPORT QUI NE S’APPRéCIE PAS EN TERMES DE RECORD AU TOUR »

Il est temps. Le bas de caisse large et haut ne facilite pas l’accès à bord mais un sportif comme Tomczyk y parvient en se pliant en deux, comme un Opinel. L’autre méthode, plus simple, consiste à s’asseoir, avant de pivoter à 90 ° au-dessus du marchepied. On l’avoue : descendre de la voiture est plus compliqué, surtout après une longue route. Habillé de cuir, l’intérieur est divisé en deux par le tunnel central du châssis où logent les batteries. La console et le tableau de bord sont astucieusement orientés vers le conducteur. Disposés de manière ergonomique, les éléments de commande semblent étonnamment peu nombreux. Enfin, la notice d’utilisation peut, si besoin, être consultée sur écran.

Tomczyk accélère aussitôt. L’asphalte change de couleur, tout comme l’éclairage du tableau de bord qui passe du bleu au rouge en fonction du mode de conduite, sport ou éco. Au total, cinq modes sont proposés : éco, confort, sport, e-Drive associé au confort ou à l’éco.

« C’EST COMME SI ON AVAIT PLACÉ UNE CALE DANS UNE SOUFFLERIE ET QU’ON Y ENVOie UNE PUISSANCE DE 4 000 KM/H. À LA SORTIE, ÇA DONNE CETTE VOITURE »
Martin Tomczyk

Martin Tomczyk

Structure en carbone nue sur la portière.

 La sensibilité de la direction, de la pédale d’accélérateur et du châssis évolue aussi en fonction du mode de conduite utilisé. Du souple au sportif. Ceux qui, comme Tomczyk, sont pressés, optent pour le mode sport – le plus agressif – où tous les systèmes deviennent aussi alertes que les sens d’un félin affamé. La direction et le freinage réagissent avec une extrême précision. Alors que les reprises d’accélération émettent grâce à la magie de l’électronique des grognements. « Un régal ! », lâche Tomczyk en claquant la langue. Le moteur électrique tourne sans cesse, le moteur essence s’enclenche dès que le besoin de puissance se fait sentir, faisant de la i8 une quatre-roues motrices permanente avec une excellente tenue de route. Notamment en mode sport. Tomczyk négocie sans mal les virages et maintient le cap, très concentré. Il bascule manuellement en mode sport grâce à une commande au volant, sans débrayage bien sûr. Car rien ne doit interrompre la fluidité de la distribution. Rouler en i8, c’est comme skier en carving sur une piste parfaitement damée. La force centrifuge entraîne le passager d’un côté ou de l’autre et le maintient au freinage à bonne distance du pare-brise. Un freinage dont l’énergie est utilisée pour recharger les batteries, la fameuse récupération d’énergie cinétique.

Au fil des tours de circuit, Tomczyk égraine ses impressions, laconiques : « Cette voiture va faire date. C’est une pionnière. La i8, c’est Pâques et Noël en même temps. Si je la voyais dans mon rétroviseur, je m’écarterais pour lui faire place. »

La main experte de Tomczyk aidée d’une bonne dose d’électronique maintient la i8 parfaitement dans son axe. Le tout accompagné de grognements. Les dernières réserves à l’égard du 3 cylindres sont balayées. Ce que les ingénieurs du son de BMW ont réalisé est bluffant, parvenant même à nous gratifier de grognements bonus au rétrogradage.

Retour au paddock. Derrière les jantes en alliage, les disques de frein crépitent encore. Il flotte comme une odeur de brûlé et l’ambiance est encore à la fascination. Le sport de haut niveau est maintenant possible sans avoir recours à un équipement surpuissant. Une dernière question pour la route. Qu’emporterait Tomczyk pour une longue virée au volant de la i8 ? « La femme qui convient, c’est-à-dire la mienne. Et des dépliants sur la i8 pour ceux qui, au feu rouge, viendront taper à la vitre pour prendre une photo. »

BMW i8  

Voiture hybride 3 cylindres, pionnière d’une nouvelle génération

CARROSSERIE
Coque en fibre de carbone et châssis en aluminium pour le support des moteurs.

MOTORISATION
Moteur thermique 3 cylindres 1,5 L Twin power turbo de 231 ch (170 kW) et 320 Nm associé à un moteur hybride synchrone électrique de 96 kW/131 PS, 250 Nm.

TRANSMISSION
Automatique – 6 vitesses pour le moteur essence à l’arrière et 2 vitesses pour le E-moteur à l’avant.

AUTONOMIE
Réservoir essence de 42 litres ; batterie lithium-ion 7,1 kWh. Autonomie d’environ 600 km dont 37 en pur électrique.

PERFORMANCE
De 0 à 100 km en 4,4 secondes, vitesse maximale limitée (électroniquement) à 250 km.

POIDS ET DIMENSIONS 
L/l/h : 4689/1942/1297 mm, poids à vide 1 485 kg, valeur Cx de 0,26.

ET LA RECHARGE DE LA BATTERIE ?
À partir d’une prise électrique en 2 ou 3 heures selon l’installation ou en roulant grâce au moteur 3 cylindres.

PRIX
À partir de 145 950 euros.

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11 2014 The Red Bulletin

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