Victoria Falls

À corps perdu dans les chutes Victoria

Texte : Angus Powers
Photo : Samo Vidic/Red Bull Content Pool

Les plongeurs de l’extrême ­Orlando Duque et Jonathan Paredes, pros du championnat de Red Bull Cliff Diving, se sont retrouvés aux chutes ­Victoria, sur le fleuve Zambèze, face à l’une des sept merveilles naturelles du monde. 

Victoria. Mosi-oa-Tunya. La Fumée qui Gronde. La plus grande chute d’eau du monde s’est vue attribuer différents noms, mais l’avis est unanime : ce lieu dégage un pouvoir incroyable, ancien. C’est ici que les eaux du fleuve Zambèze, après avoir parcouru la savane africaine entre la Zambie et le Zimbabwe, se jettent de la falaise, dans des couleurs arc-en-ciel et un gouffre mesurant plus d’un kilomètre de long et 100 m de profondeur.

Au-dessus de ce torrent se forment des nuages composés de gouttelettes d’eau. Plus bas, dans les gorges, les courants bleu-vert déferlent. C’est précisément à cet endroit qu’Orlando Duque et Jonathan Paredes, deux génies du championnat mondial Red Bull Cliff Diving, sont amenés à tester leurs limites. « C’est un endroit incomparable », avoue Duque qui, avec 13 titres mondiaux de plongeon de haut vol à son palmarès, deux mentions dans le Guinness Book des records et plus de 20 ans de carrière sportive, a plongé au cœur des plus inimaginables lieux dans lesquels il est possible de sauter.
 

La plus grande chute d’eau du monde s’est vue attribuer plusieurs  noms, mais l’avis est unanime : ce lieu dégage un pouvoir incroyable et ancien.
Victoria Falls

« Les anges dans leur vol ont dû contempler une vue aussi magnifique », écrivit l’explorateur écossais David Livingstone quand il découvrit Mosi-oa-Tunya, ou La Fumée qui Gronde.

© Craig Kolesky/Red Bull Content Pool

Jonathan Paredes

Paredes s’est  classé troisième de l’édition 2015 de Red Bull Cliff Diving World Series.

© Craig Kolesky/Red Bull Content Pool

 
« Face à ces gorges, lorsque vous regardez autour de vous, vous vous dites que c’est irréel. Mais ce qui différencie ce type de plongeon des autres est l’analyse préalable obligée. Ce n’est pas aussi noir ou blanc que ce que l’on pense. »

Effectivement. Des larges étendues d’eau où les mystérieux courants bouillonnent à la surface, aux violents et mousseux rapides, la rivière est vivante, constamment en mouvement. Dans ces tourbillons circulent des bris de rames, des bouteilles d’eau jetées par les touristes depuis leurs embarcations de rafting, et assez de chaussures pour approvisionner un dépôt-vente.

Dans le cours inférieur du fleuve rôdent des crocodiles de 3 mètres de long (plus de 6 mètres en aval), et des restes de poissons sur les roches plates trahissent le passage des loutres pour leur repas quotidien. L’humidité ? Proche des cent pour cent. Le mercure ? Il frôle les 35 °C. 

Conscient de sa relative inexpérience dans ce type de conditions extrêmes, Paredes se repose fortement sur son mentor. « Je fais énormément confiance à Orlando, c’est une légende » dit le Mexicain de 26 ans. Mais le Colombien de 41 ans lui réserve une surprise. 
 

The Smoke That Thunders

Duque et Paredes ont effectué plusieurs reconnaissances avant le défi : plonger aux chutes Victoria.

© Craig Kolesky/Red Bull Content Pool

Orlando Duque

Avec une myriade de titres et de records à son actif, ce qu’a accompli Duque dans la plongée de haut vol relève de l’inégalable.

© Dean Treml/Red Bull Content Pool

 
Le but ultime est d’effectuer un plongeon de 30 mètres. Paredes n’a jamais sauté de cette hauteur (les plongeons dans les séries mondiales des compétitions Red Bull Cliff Diving sont limités à 28 mètres), mais Duque, lui, ne s’est plus élancé de 30 mètres depuis plus d’une dizaine d’années.

De bonnes conditions physiques s’imposent pour ces plongeons de haut vol : les athlètes atteindront l’eau en trois secondes, seront en chute libre à une vitesse d’environ 85 km/h, et décéléreront à 0 km/h en 1,5 secondes à 4 ou 5 mètres de profondeur. 

Kayak en río Zambeze

Pour prendre la température du puissant et intimidant Zambèze, Duque et Paredes ont fait du rafting en eaux vives.

© Craig Kolesky/Red Bull Content Pool

« Bien préparé, je m’attends à ce que les choses se passent comme prévu. Je ne peux pas laisser la chance ni le ­hasard décider. je peux maîtriser le reste, et c’est cool. »
Orlando Duque

Devil´s pool

Grâce à la logistique déployée sur place, Duque et Paredes ont pu utiliser du matériel d’escalade et une échelle en corde pour rejoindre la plateforme.

© Craig Kolesky/Red Bull Content Pool

 
Mis à part les risques ­fréquents – côtes froissées, coccyx fracturé, commotion cérébrale – d’autres sont à rajouter dus à l’opacité du Zambèze : si quelque chose se passe mal et que l’équipe de secours présente sur les lieux perd de vue Duque ou Paredes sous l’eau, il lui sera très difficile de les localiser. 

Enfin, les deux plongeurs se jetteront depuis un rebord détrempé, dans l’ombre des chutes Victoria. Chaque plongeur surmonte ses propres défis. La responsabilité de Duque est de contenir les ambitions, de calmer les ardeurs du jeune homme, et de s’élancer le premier. Le vétéran s’est mis en condition mentalement pendant des mois. Il a la capacité d’écarter toutes les distractions possibles au moment venu.

Cataratas Victoria

La Cataracte du Diable, près de l’île Livingstone (Zambie), offre une vue à couper le souffle sur les chutes Victoria.

© Craig Kolesky/Red Bull Content Pool

Victoria Falls

Si le plongeon du duo avait mal tourné, les sauveteurs auraient eu des difficultés à les retrouver dans les eaux sombres du Zambèze.

© Craig Kolesky/Red Bull Content Pool

  
« Je suis bien préparé, explique Duque. Je m’attends à ce que les choses se passent comme prévu. Je ne peux pas laisser la chance ni le hasard décider de quoi que ce soit. Je peux maîtriser le reste, et c’est cool. »

Paredes, quant à lui, se bat contre une peur bleue d’escalader les lieux pour atteindre la plateforme. Pire, une fois seul là-haut, face au vide, il a souvent du mal à mettre de côté ses doutes envahissants. « Peu de personnes, peuvent nous comprendre, lâche-t-il. Une fois là-haut, il n’y a pas moyen de reculer. Ça aide. Et Orlando me répète souvent d’avoir confiance et d’oublier le reste. C’est plus haut, mais je peux le faire. » Face aux gigantesques falaises vierges sculptées, entre le fracas de l’eau en contrebas et la quiétude des hauteurs, la vulnérabilité des plongeurs est hyper exposée.

« Ce qui différencie ce type de plongeon des autres est son analyse préalable obligée. Ce n’est pas aussi noir ou blanc que ce que l’on pense. »
Orlando Duque

Lentement, gracieusement, chacun salue, s’élance sur la pointe des pieds, commence à voler, effectue un saut périlleux, et se laisse tomber, le corps bien étiré. Duque, puis Paredes plongent dans le Zambèze et font de nouveau irruption à la surface, claquant l’eau, emplis de joie et portés par l’adrénaline. Ils n’ont désormais plus rien à prouver. Quoique… un plongeon en tandem ?

Clavados en las Cataratas Victoria

Pour fêter leur réussite du ­plongeon de 30 m, Duque et Paredes ont fait équipe pour un saut en tandem au pied de ­l’arc-en-ciel.

© Samo Vidic / Red Bull Content Pool

Red Bull Cliff Diving World Series 2016

La compétition de cette saison offre 2 nouveaux sites, le Japon et Dubaï, et deux fois plus ­d’événements féminins. Chaque étape sera retransmise en ­DIRECT sur Red Bull TV. Grille des horaires sur redbullcliffdiving.com.

4 juin        
États-Unis (hommes/femmes)
18 juin          
Danemark (h)
9 juillet        
Portugal (h/f)
23 juillet        
France (h)
28 août     
Italie (h/f)
11 septembre     
Royaume-Uni (h/f)
24 septembre     
Bosnie-Herzégovine (h/f)
16 octobre     
Japon (h/f)
28 octobre    
Émirats Arabes Unis (h/f) ­

Victoria en las Victoria

© Samo Vidic/Red Bull Content Pool

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03 2016 The Red Bulletin

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