Jerzy Skarzynski

Comment vient-on à bout d’un marathon ?

Entretien : Werner Jessner & Arek Piatek
Photo : Bartosz Wolinski & Michal Jedrzejewski/Red Bull Content Pool    

Le Polonais Jerzy Skarżyński, athlète hors norme, coach et auteur à succès, a couru bien des marathons. Il en a même remporté quelques-uns. Pourtant, à 59 ans, l’épreuve l’intimide encore.


Wings for Life World Run

Un homme, des marathons

Jerzy Skarżyński est aussi l’auteur de Maraton et de Biegiem Przez Zycie (Courir pour la vie).

© Marcin Kin

 
THE RED BULLETIN : Il paraît que la distance d’un marathon vous a toujours angoissé.

JERZY SKARŻYŃSKI: C’est vrai, mais une peur salvatrice. Avoir peur est permis, c’est même fortement conseillé. Une peur qu’il faut à chaque marathon vaincre, une fois de plus. 

Comment ?
En se lançant et en avançant sans jamais baisser les bras.

En quoi ces fameux 42,2 km étaient-ils une barrière pour vous ? 
Je suis passé progressivement du football et du 400 mètres au 10 000 mètres, et plus tard au 15 000 mètres. Au départ, courir un marathon était pour moi inimaginable.

Comment vous prépariez-vous mentalement ?
Enfant déjà, seule la victoire comptait. Je me posais des questions sur le prix à payer, si je désirais cette victoire suffisamment. J’imaginais mes adversaires, leur façon de courir, le moment où je les dépassais. Je voyais les supporteurs devant lesquels je passais. Ces pensées  suffisaient à provoquer une poussée d’adrénaline en moi.

Et pour le sportif amateur ?
Il doit se fixer un but précis et user de bon sens en se disant que chaque entraînement rapproche un peu plus du but. Quand le corps dit non, c’est uniquement par fainéantise. Il faut s’entraîner régulièrement même si l’on pense que c’est peu. Par contre, l’excès est l’ennemi du corps. Il faut aborder les longues distances par étape : quand on parvient à courir 10 km, on essaie d’en faire 11 la fois suivante, et on voit comment le corps réagit. Au-delà des 25 km, le mental entre en jeu.

Comment l’expliquez-vous ?
Au-delà des 25 km, les pensées négatives telles que « c’est encore trop loin » ou « je n’y arriverai jamais » apparaissent et sapent le moral. Il faut alors les combattre, repousser ses limites mentales et de garder la tête froide.

Comment y parvient-on ?
En abordant l’épreuve comme une aventure ou un voyage où il faudra courir longtemps et lentement, sans jamais perdre de vue cette idée. Avant même le départ, il faut intégrer l’idée que cela va être long. Cet état d’esprit est crucial pour la course.

C’est ce que font les coureurs pros ? 
Eux n’ont guère le temps de penser à quoi que ce soit, ils doivent en permanence garder l’œil sur le GPS et leur pouls.

Peut-on aimer le marathon ?
Oui. C’est génial pour peu que l’on sache ce que l’on fait et que l’on développe une condition physique dans la durée. Il y a trente ans, j’ai couru le marathon en 2 h 11 min, mon meilleur temps. J’en prépare un autre en ce moment. Toujours un plaisir !

Vous participez au prochain Wings for Life World Run. Votre objectif ?
Je voudrais me rapprocher le plus -possible des 42,2 kilomètres. En 2016, l’objectif sera d’aller au-delà d’un marathon.

« Quand le corps dit non, c’est uniquement par fainéantise »
Jerzy Skarzynski

Combien de kilomètres votre compteur personnel affiche-t-il ?
170 000 km pour les 43 dernières années. On m’avait prédit usures et douleurs pour mes vieux jours. Mais je me porte comme un charme et je n’ai mal nulle part. Je reste à l’écoute de son corps. 

Infos

Identité
Jerzy Skarzynski

Naissance
13 janvier 1956

Taille et poids
1,77 m. Poids de forme : 60 à 63 kg. Poids : 68 kg.

Succès
Marathons de Varsovie et de Leipzig.
Record personnel : 2 h 11’42’’, en 1986 à Debno (Pologne).

 Comment étaient les conditions d’entraînement durant le rideau de fer ?
Aussi mauvaises que la nourriture. Je me souviens d’un centre d’entraînement où l’on nous avait servi pendant deux mois du poisson. Deux mois ! Un copain me confectionnait mes survêtements et je me faisais envoyer des chaussures de l’Ouest. L’entraînement en altitude était inexistant. Bref, je n’éprouve aucune nostalgie. Le plus dur a été de ne pas aller aux JO de Los Angeles en 1984 alors que nous avions une équipe très forte. Malgré tout, mon statut de sportif de haut niveau rendait mon sort plus enviable que celui de la majorité des Polonais.

Un souvenir heureux ?
Le marathon de Vienne en 1984. Les Éthiopiens étaient favoris et avaient démarré sur un rythme trop élevé. Nous les avons rattrapé au kilomètre 30. Nos fans ont entonné des chants polonais pour nous encourager. Mon coéquipier Antonin Niemczak a fini premier, juste devant moi.

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03 2015 THE RED BULLETIN

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