Béhourd scène de combat plan large

24 h sous le casque d’un combattant de full-contact médiéval

Texte : Vincent Morin
Photo d’ouverture : Facebook // Fédération française de béhourd

Samedi 28 mai 2016, 4 heures du matin, près de Nantes, Alexandre Martin part pour Paris. Dans sa voiture, une armure médiévale et tout ce qu’il faut d’acier pour aller botter des fesses lors d’un tournoi de Béhourd, un sport qui ferait passer Fight Club pour un club de tricot.

Alexandre béhourd

Alexandre, métamorphosé sans ses lunettes, n’a pas froid aux yeux et s’apprête à faire le grand saut dans l’arène.

© Vincent Morin & Fanny Bonodot


4 heures du matin. Après s’être longuement équipé sur le parking du château de Vincennes, Alexandre rentre dans la lice, un rectangle de 15 mètres sur 20. Le cœur qui cogne et l’arme en pogne, il s’apprête à participer à son tout premier combat de béhourd, du full-contact médiéval, un sport où tous les coups sont permis, à quelques rares exceptions.

« J’ai beaucoup appréhendé mon entrée, un vrai stress, j’avais l’estomac noué, je me suis même demandé ce que je foutais là, je me suis dit que j’étais fou ! »

Pour se battre, Alexandre choisit une grande hache, « comme je suis grand, ça permet à l’arme de tomber de plus haut et donc d’avoir plus de force de frappe ».

Sa respiration, sa vue et ses mouvements sont gênés par son casque et son armure de plusieurs dizaines de kilos. Il porte habituellement des lunettes, mais sous le casque, pas question.

En face de lui, des adversaires prêts à tout pour le mettre à terre, la seule façon d’éliminer un combattant. Et il ne s’agit pas de lapins de six semaines…

Donjon Château de Vincennes 28 mai 2016

Avec ses 52 mètres, le donjon du château de Vincennes est le plus haut d’Europe.

© Wikipedia

Ils l’attendent de pied ferme

Des gars comme Sylvain Liénard, un faiseur de veuves qui combat pour les Hommes du Nord et ferait passer Sandor Clegane de Game of Thrones pour une fillette sous-alimentée avec ses 2,10 m et ses 130 kilos. « J’ai beau faire 1,93 m, je lève la tête pour le regarder dans les yeux ! »

Il y a aussi Adrien Bedot et son armure très légère, moins de 10 kilos quand d’autres supportent des équipements de 50 kilos. Il virevolte, évite le corps à corps et surclasse ses adversaires grâce à son agilité et son vice.  Admirez par exemple sa magnifique projection dès le début de la finale du tournoi.

Sans oublier une des stars de la discipline, David Baron, champion de MMA bien connu qui a combattu en UFC et qui défend les couleurs de Martel, une équipe basée en Île-de-France.

Alexandre : « J’ai beaucoup appréhendé mon entrée, un vrai stress, j’avais l’estomac noué, je me suis même demandé ce que je foutais là, je me suis dit que j’étais fou ! »Après visionnage de cette vidéo, on comprend mieux son appréhension ! »

© Vincent Morin & Fanny Bonodot

« Dans la lice, on y va, trop tard pour se débiner ! »

Les arbitres lancent les hostilités. Coups de pied, de poing, de bouclier, de casque, charges dans le dos à pleine vitesse, prise à deux, à trois, et bien sûr les coups avec les épées, les masses d’armes, les haches…

Le choix des armes

Épées, haches, masses d’armes… tout un programme !

© Vincent Morin & Fanny Bonodot


On n’est pas au Puy du Fou, pas de chorégraphie mais plutôt un autel dressé au culte de la barbarie ! Comme le dit Édouard Emme, le président de la Fédération française de béhourd, la pratique est née de la frustration des amateurs de Moyen-Âge et de reconstitutions historiques : « Il s’agit de pseudo-combat, on fait semblant de mourir, moi je voulais me battre vraiment, j’avais fait de la boxe française et de la boxe thaï mais je voulais faire un vrai sport de combat en armure, vivre ce que je lisais dans les récits épiques. » Objectif atteint !

Les coups pleuvent de partout dans un fracas de métal.  « Une fois dedans toute ma crainte s’est estompée. Hormis tes équipiers, tes adversaires et toi, le reste ne compte plus. Je savais que les adversaires étaient beaucoup plus expérimentés que moi mais cela ne m’a pas fait peur, mon objectif était de prouver ma valeur, dans la lice on y va, trop tard pour se débiner ! », rajoute Alexandre. Certaines armes volent en éclat sous la puissance des coups et les combattants se précipitent vers les assistants placés derrière les barrières pour en récupérer d’autres et retourner joyeusement se latter.

Le débutant encaisse vaillamment mais finit par se faire immobiliser par un adversaire contre les barrières pendant qu’un autre le frappe  par derrière.

Leçon d’histoire

Le Béhourd, né à la fin du XIe siècle, était un sport de combat pratiqué par la noblesse pour s’illustrer et s’entraîner en temps de paix. Il s’agit d’une lutte à pied, en armure et par équipes, avec des armes non-tranchantes. Il existe différentes catégories, comme le 5vs5 ou le 21vs21. Les règles, écrites par le roi René d’Anjou, ont été adaptées pour une pratique contemporaine par la Russie à la fin des années 90. Là-bas, les combats passent en direct à la télévision. Le sport est apparu en France dans les années 2000 et la Fédération française de béhourd, créée en 2014, compte maintenant plusieurs centaines d’adhérents et une quinzaine de clubs. Il existe des règles unifiées internationales depuis 2010, qui interdisent notamment de taper entre les jambes et derrière le genou. Il est aussi défendu de frapper d’estoc avec les armes et d’effectuer des torsions dans le sens contraire de la pliure des articulations.


« Je n’avais qu’une seule chose en tête : tenir le plus longtemps possible, ne pas tomber, pour l’équipe, occuper le plus longtemps possible plusieurs ennemis peut permettre à mes équipiers de mieux s’en sortir. » Alexandre tient bon mais se retrouve le seul de son équipe encore debout contre trois assaillants. Trop inégal, le combat est arrêté.

À la fin des manches, les armures sont cabossées et témoignent de l’ardeur féroce du combat. Les visages sont marqués, certains combattants demeurent sans bouger pendant plusieurs minutes pour récupérer leur souffle, les nez saignent et les hématomes se forment déjà. « Physiquement j’ai eu un gros coup de fatigue au milieu du tournoi, il faut dire que je me suis pris beaucoup de coups dès les premiers combats, heureusement on m’a trouvé un peu de sucre et quelques minutes plus tard c’était reparti ! »

Alexandre est tombé dans le béhourd en regardant un reportage puis en se rendant à son premier tournoi à Montbazon en tant que simple spectateur. Il pratique alors le tir à l’arc, la natation, le palet et l’airsoft, des disciplines relativement éloignées de la castagne en armure ! Le lendemain, il arrêtait de fumer et contactait Ar Groaz Du, une équipe bretonne de Béhourd. « Ce qui m’a plu, c’est vraiment l’idée de prouver sa valeur au combat, l’idée que peu importe qui va tenter de te faire tomber, il faudra faire face ! »

Couches protectrices

© Vincent Morin & Fanny Bonodot

Il lui aura fallu 6 mois pour être prêt. Le temps d’apprendre les rudiments lors de journées intensives d’entrainement. « On commence le matin par des échauffements, puis de la mise au sol, on apprend des techniques pour faire tomber les adversaires et on travaille notre équilibre. L’après-midi on s’entraîne à la frappe sur des pneus, et on termine la journée par des combats en armure. »

Il faut aussi acheter son équipement, et pas question de porter des gantelets du XVe siècle avec un casque du XIIIe ! « J’essaye de prendre une pièce d’armure par mois ou tous les 2 mois, pour l’instant j’ai mon gambison (tenue rembourrée de protection), mon visby (cotte de plaques), mon casque et mes bottes, le reste on me l’a prêté pour le tournoi. J’en suis à environ 800 euros et il me reste encore environ 500 euros à débourser pour être en tenue complète. » 

Le repos des guerriers

© Vincent Morin & Fanny Bonodot

« peu importe qui va tenter de te faire tomber, il faudra faire face ! »

Il est 17h30 à Vincennes. Martel vient de remporter la finale contre les Francs-Comtois, après des luttes sans merci contre des équipes venues de toute la France, comme la Confrérie des Loups, Exactor Mortis, Septentrion ou les Armagnacs. Tous les combattants sont éreintés et les secouristes n’ont pas chômé. Il faut pourtant fouler à nouveau le sable de la lice pour le bouquet final, le 21 contre 21 !

Cette fois, Alexandre choisit le bouclier et la masse. « Autant j’hésitais à rentrer dans le tas avec la hache en 5vs5, autant avec la masse et le bouclier j’ai chargé en première ligne et je suis même arrivé à l’autre bout de la lice en perçant les lignes adverses ! » Joie de courte durée, il se fait mettre au sol quelques secondes après, pour la dernière fois de cette journée éprouvante.

Le 21vs21 en caméra embarquée ! 

© Vincent Morin & Fanny Bonodot

1 heure du matin à Clisson, près de Nantes. Alexandre Martin s’effondre dans son lit. « J’ai senti les bleus sur le trajet du retour, difficile de rester correctement assis en voiture ! »

Prochain objectif pour lui, apporter des victoires à son équipe lors d’autres tournois et pourquoi pas être sélectionné en Équipe de France pour participer au Battle of The Nations, les championnats du monde de la discipline. Hématomes en perspective ! 

Podium béhourd Vincennes 28 mai 2016

Une rude journée s’achève, au pied du château fort érigé entre le XIVe et le XVIIe siècle.

© Facebook // Fédération française de béhourd

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07 2016 The Red Bulletin

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