Éternels seconds : Merlene Ottey

Éternels seconds : ils ont souvent brillé mais rarement gagné

Par Nicolas Guiloineau
Photo : jerome prevost / getty images

Contrairement à ce qu’avançait l’évêque Ethelbert Talbot (1848-1928), cité ensuite par Pierre de Coubertin (1863-1937), l’important n’est pas de participer. Au plus haut niveau en tout cas, une telle assertion ferait rire n’importe quel sportif.

Pourtant, tous ne sont pas voués à monter sur la première marche du podium. Certains ont beau avoir un talent immense, ils passent leur carrière à échouer d’un rien.

Voici une sélection d’éternels seconds qui auraient pourtant mérité la gloire éternelle qu’on ne réserve qu’aux vainqueurs !

  • Merlene Ottey
  • Stirling Moss
  • L’ASM Clermont-Auvergne
  • Gee Atherton
  • Claudio Ranieri
Merlene Ottey (athlétisme)

So close to the title @imgaildevers

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Neuf médailles olympiques… aucune en or. Reine du sprint jamaïcain à une époque où Usain Bolt mangeait encore exclusivement sa nourriture à l’état liquide, Merlene Ottey a longtemps couru après la consécration ultime, sans jamais l’obtenir. Pourtant, le rêve l’a hantée toute sa carrière. Au total, elle a participé à sept olympiades, de Moscou 1980 à Athènes 2004. Pour avoir une chance de participer à l’échéance grecque, elle est même allée jusqu’à prendre la nationalité slovène. En vain, elle échouera aux portes de la finale du 100 mètres… à 44 ans.

Elles étaient devant elle : l’ensemble des sprinteuses américaines des années 1980 et 1990 et notamment Gail Devers. Et Marie-José Perec qui remporte l’or au 200 m lors des JO d’Atlanta en 1996, Merlene quant à elle repart avec l’argent (photo d’ouverture)

Malgré la malédiction : deux titres de championne du monde du 200 m, en 1993 et en 1995.

Stirling Moss (F1)

En F1, les polémiques et chamailleries entre coéquipiers sont quasiment aussi anciennes que la discipline elle-même. Longtemps avant Nico Rosberg et Lewis Hamilton, il y avait Juan-Manuel Fangio et Stirling Moss. Engagé par Mercedes aux côtés de l’Argentin à la suite d’un rendez-vous manqué avec la victoire à Monza, l’Anglais va toujours finir derrière lui (sauf en Grande-Bretagne) lors de la saison 1955, y compris au classement des pilotes. De quoi susciter quelques questions quant à l’attitude de Fangio et de l’équipe. Tous deux changent de team la saison suivante mais Moss termine à nouveau deuxième du championnat du monde derrière Fangio. Et rebelote en 1957 ! Fangio prend sa retraite en 1958 ? Moss caracole en tête du mondial… mais perd le leadership dans les derniers Grand Prix au bénéfice de Mike Hawthorne.

Ils étaient devant lui : Fangio, bien sûr, mais aussi Pat, la sœur cadette de Stirling qui, avec 5 titres de championne d’Europe des rallyes, a probablement récupéré les gènes de la victoire oubliés lors de la conception de son frère !

Malgré la malédiction : un beau succès à domicile et devant sa Némésis lors du Grand Prix de Grande-Bretagne 1955.

L’ASM Clermont-Auvergne (rugby)

Fondé en 1911, l’ASM est un club mythique du rugby français. 115 années d’existence, cela en fait des occasions de garnir son armoire à trophées. Et pourtant : sur 14 finales majeures disputées (12 en championnat, 2 en coupe d’Europe), Clermont en a perdu 13. Une malédiction qui poursuit le club depuis toujours ou presque (le club a perdu sa première finale de championnat en 1936) mais qui s’est amplifiée ces dernières années : 7 finales perdues depuis le début du XXIe siècle. Et pourtant, après la défaite en finale de la coupe d’Europe en 2015 (contre Toulon), l’entraîneur Franck Azéma refusait d’entendre parler de fatalité.

Ils étaient devant eux : le Stade Toulousain, responsable à lui seul d’un tiers des défaites capitales du club.

Malgré la malédiction : une victoire en championnat de France contre Perpignan en 2010.

Gee Atherton (VTT)

La deuxième place la plus emblématique de la carrière de Gee Atherton ? Celle en coupe du monde en 2013 : vainqueur des deux premières manches, deuxième des deux suivantes, il cale lors des deux dernières. Ce qui fait le bonheur de feu Stevie Smith qui remonte progressivement au classement général… et double le Britannique lors de l’ultime étape. Le pire dans tout cela, c’est qu’il compte tout de même deux titres de champion du monde et un classement général de la coupe du monde de VTT de descente à son palmarès. Mais malheureusement pour lui, on parle plus de ses deuxièmes places que de ses succès.

Elle était devant lui : sa sœur Rachel qui, avec ses trois titres mondiaux et ses quatre victoires au classement général de la coupe du monde, passe clairement pour la pépite de la famille.

Malgré la malédiction : en 2014, le sort lui sourit enfin lors des championnats du monde. Alors que Josh Bryceland semble filer vers le titre, il chute lourdement et se blesse… abandonnant ainsi le maillot arc-en-ciel à Gee.

Claudio Ranieri (foot)

Pour un entraîneur de foot, gagner des coupes vous consacre comme un bon meneur d’homme. Mais gagner un championnat, travail de plus longue haleine, vous fait entrer au panthéon des tacticiens de génie. Claudio Ranieri a passé une grande partie de sa carrière à échouer de peu dans la quête d’un championnat majeur. Deuxième en Italie avec la Roma, deuxième en Angleterre avec Chelsea, deuxième en France avec l’AS Monaco, il n’a jamais baissé les bras, toujours persuadé qu’il finirait par y arriver. Et c’est finalement au terme d’une saison improbable et extraordinaire qu’il a fini par remporter la Premier League en 2015/2016 avec Leicester… alors 14e budget du championnat. Des vertus de la persévérance.

Il était devant lui : Marcelo Lippi, qui a décroché un deuxième mandat à la tête de la Squadra Azzura en 2008 alors que Ranieri aurait clairement mérité sa chance.

Malgré la malédiction : un triomphe avec une équipe de Leicester emmenée par d’ex-parias (Jamie Vardy, Riyad Mahrez…).

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10 2016 The Red Bulletin

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