Thomas Müller im Deutschland-Dress

Euro stars : Thomas Müller

Texte : Juan Moreno
Photos : Pressefoto Baader, Picturedesk.com

La star du Bayern a à peine 20 ans quand il entre dans l’histoire du foot. Sa force : l’instinct, et toujours l’œil pour repérer les plus petits espaces dans la défense.
Thomas Müller, Allemagne
Thomas Müller, 26 ans, Allemagne

Parfois, on aurait presque envie de lui embrasser les pieds, à Thomas Müller, tout simplement parce qu’il est tellement différent, parce que quelqu’un comme lui ne devrait même pas faire partie de l’élite internationale. On ne peut pas regarder jouer ce battant en se disant : « Ah, tiens, il me fait un peu penser à moi, ­celui-là. Pourrais-je en faire autant ? » 

Non, bien entendu. À 26 ans, il a terminé cinquième au dernier palmarès du Ballon d’or. Champion du monde et vainqueur de la Ligue des champions, Thomas Müller a marqué quelque 80 buts ces trois dernières saisons, il a trompé les meilleurs gardiens et défenseurs. Parmi tous les joueurs du Bayern, il est certainement celui qui a le moins de chance d’être vendu. Müller est un phénomène.

Quand Pep Guardiola est arrivé à Munich, il s’est demandé ce qu’il allait en faire, de ce Müller. Pas brillant techniquement, peu convaincant en dribble, manquant d’explosivité, pas stratégique pour un sou en milieu de terrain. Müller ne joue pas au foot, il travaille le foot. Et c’est quelque chose que Guardiola respecte énormément, mais pour lui, ce n’est pas à ça que ça devrait ressembler.

Stats, buts, likes :
Müller en chiffres  

5
buts pendant la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud et Müller devient à 20 ans le plus jeune des meilleurs buteurs allemands en Coupe du monde, devant Gerd Müller et Miroslav Klose.

50
Le nombre de victoires en Ligue des champions auxquelles il a participé.

75
Sa valeur (75 millions d’euros) n’est qu’une statistique. En 2015, le FC Bayern a déclaré qu’il n’était « pas à vendre ».

1
titre de champion d’Europe manque à ce champion du monde et vainqueur de la Ligue des champions.


Le football, comme Guardiola l’entend, c’est un jeu chorégraphié qui doit suivre des règles précises, tout en gardant un côté léger, évident et magique. Pour Müller, le foot c’est comme libérer des otages. 

Aujourd’hui, on fait autant de recherches sur le football de haut niveau qu’on en ferait sur un animal rare. Entourés de toute une ribambelle d’analystes, des entraîneurs cher payés dissèquent ­ensemble chaque petit aspect du jeu. ­L’objectif : éliminer les variables et écarter tout ce qui est imprévisible. Et c’est là que Müller pose problème : il ne rentre dans aucun système de jeu. Sa manière de jouer et de courir est brouillonne et totalement imprévisible.

Müller, sur le terrain, c’est bien simple, il est tout le temps, mais vraiment tout le temps, au bon endroit au bon moment. Plus la situation est confuse dans la surface de réparation, plus ça grouille et plus c’est chaotique, plus il y a de chances qu’à la fin de l’action, Müller ait marqué un but. Si ça n’arrivait qu’à l’occasion, on parlerait de chance. Mais ça arrive tout le temps. Les supporters et les journalistes parlent d’un « instinct ». Lui-même se qualifie volontiers d’« analyseur de surface ». 

Ce truc chez Müller, les entraîneurs modernes n’aiment pas ça. Parce que son jeu échappe à toute analyse. Ses buts sont là, inexplicables, imprévisibles. Pour un entraîneur, ça veut dire accepter que quelque chose échappe à son contrôle. Un truc un peu magique qui va bien au-delà de toute analyse de jeu et de toute donnée scientifique, de l’acide lactique à la variabilité de la fréquence cardiaque. 

Essayer de s’adapter, pas son truc. Pour lui, le foot c’est comme libérer des otages.

© FC Bayern München // YouTube

Müller, et c’est ce qui le différencie de tous les autres, n’a jamais essayé d’être quelqu’un d’autre. Il n’a jamais essayé de s’adapter, de jouer autrement, moins ­bizarrement. Un jour, Müller a reconnu qu’il ne pouvait pas être une meilleure version de ce qu’il est déjà en équipe A. Fidèle au Müller qu’il était quand il jouait au football en culottes courtes. 

Parfois, il faut juste faire exactement ce qu’on a en tête. Même si tous, y compris le meilleur entraîneur du monde, l’ensemble du staff technique du meilleur club d’Allemagne et le bon sens, vous intiment précisément le contraire. Et Müller l’a fait. C’est aussi pour ça qu’on a envie de lui embrasser les pieds.

Le FIFA check
Thomas Müller, Allemagne

© Quelle: EA Games FIFA 16

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05 2016 The Red Bulletin

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