Felix Baumgartner Heli Drift

Le super drift de Felix Baumgartner 

Entretien : Andreas Rottenschlager
Photos : Red Bull Content Pool

Après la stratosphère, l’hélicoptère : Felix Baumgartner se lance dans une course poursuite haletante contre un drifteur en Toyota 1000 chevaux. En bonus : une vidéo digne d’Hollywood. 

Mieux qu’à Hollywood : imaginez un combat acharné entre un hélicoptère de voltige et une puissante voiture de drift. Le recordman du saut en chute libre et pilote d’hélicoptère Felix Baumgartner, et le drifteur professionnel Jakub Przygoński ont relevé le défi.

Dans la vidéo intitulée Red Bull Heli Drifting, on y voit Baumgartner aux commandes d’un Bölkow BO-105 (un hélicoptère de voltige de deux tonnes, appartenant à la division aéronautique des Flying Bulls), en train de jouer à l’aigle et à la souris, avec dans le rôle du rongeur traqué le polonais Przygoński et sa Toyota GT 86. La scène se passe en Pologne, sur une piste de l’aéroport de Debrzno. Dans cette interview, Baumgartner nous explique pourquoi ce petit jeu lui a coûté une GoPro, et ce qui l’attire à Hollywood. 

Felix Baumgartner et Jakub Przygoński dans un duel sans merci.

THE RED BULLETIN : En regardant le clip du projet Red Bull Heli Drifting, on te voit poursuivre en hélico de voltige une voiture de drift de 1000 chevaux. Or, à de nombreuses reprises, toi et Jakub êtes dangereusement proches l’un de l’autre. As-tu encore la chair de poule quand tu revois la vidéo ?

FELIX BAUMGARTNER : J’avais deux rêves, étant gamin. Sauter en parachute et conduire un hélicoptère. Parce que je venais d’un milieu modeste, j’ai longtemps cru que l’hélicoptère resterait pour moi un rêve inaccessible. Mais j’ai finalement pu passer mon permis de pilote, il y a quelques années, et ai cumulé depuis pas moins de 940 heures de vol. Ce qui ne m’a pas empêché de devoir me surpasser pour ce projet, car les manœuvres que l’on voit dans la vidéo ne sont pas vraiment celles que l’on fait d’habitude.

Tu veux parler de ta course-poursuite avec la Toyota de Jakub « Kuba » Przygoński. Pourquoi avoir justement choisi un spécialiste du drift, pour ce projet ?

On m’a demandé si ça m’intéressait de participer à un projet de course-poursuite entre un hélico et une voiture. J’ai répondu : « Bien sûr, mais je ne sais pas si j’en suis capable. » Avant de me rendre en Pologne, j’ai donc testé toutes les manœuvres, à Spielberg, sur le ring de Red Bull, avec l’aide de mon professeur, Sigi Schwarz. 

Go Pro Felix Baumgartner

DOMMAGES COLLATÉRAUX

Felix a fait encadrer la GoPro qu’il a détruite avec le patin de son hélicoptère. Depuis, elle trône fièrement chez lui « comme une œuvre d’art ». 

© Felix Baumgartner


Les cascades ont été filmées sur les pistes d’un aéroport désaffecté. Quelles sont les principales difficultés que tu as rencontrées, en tant que pilote ?

Tu voles au ras du sol. Or, comme le rotor fait 10,5 mètres de diamètre, cela peut avoir des conséquences fatales si tu penches un peu trop la machine. Il fallait aussi que j’aie toujours la voiture de Kuba à l’œil, sans perdre de vue celle qui filmait. On est constamment confronté à des situations dangereuses : comme par exemple lorsque je vole en marche arrière pour faire barrage à Kuba, au ras du sol. Ce fut pour moi la manœuvre la plus difficile que j’aie jamais réalisée.

Il faut avoir une sacrée confiance dans son partenaire pour réaliser de telles figures : comment as-tu choisi Kuba ?

Normalement, j’aurais examiné scrupuleusement le bonhomme avant de lui faire confiance, mais Kuba est un athlète Red Bull, ce qui veut dire qu’il a automatiquement le sérieux et la discipline que requiert une telle aventure. À vrai dire, j’ai vraiment fait sa connaissance une fois en Pologne, en descendant de l’hélicoptère.

Ta première impression ?

Kuba est un type génial. Et il contrôle parfaitement sa voiture. On peut voir dans la vidéo comment il maîtrise ses drifts. Dans un tel enchaînement de cascades, ton partenaire peut s’avérer une précieuse aide, ou au contraire un dangereux co-équipier.

As-tu déjà essayé de drifter, quand tu étais plus jeune ?

J’aurais bien aimé, mais ma toute première voiture était une VW Sirocco avec seulement 70 chevaux, alors pour drifter, on oublie (rires) ! Entretemps, j’ai tout de même appris quelques trucs en drift, mais à 45 ans, il est clair que je ne ferai pas de carrière pro dans ce domaine.

Le clou du spectacle, c’est la cascade appelée « Bull’s Eye », c’est-à-dire lorsque le patin droit de l’hélicoptère arrive à pulvériser une cible fixée sur le toit de la Toyota. Comment Kuba a-t-il réagi à l’annonce de ton plan ?

Pas très bien (rires) ! C’est compréhensible : imagine un hélicoptère fonçant sur toi à 160 km/h, et visant une petite cible qui se situe à 60 petits centimètres au-dessus de ta tête. Mais nous nous sommes entraînés avant, Kuba a ainsi vu comment je pilotais, ce qui l’a mis en confiance. Et même s’il n’était pas très rassuré le jour J, je pense que l’expérience lui a plu.

En tout cas, l’expérience n’a pas plu à la caméra GoPro fixée sur la cible… 

… en effet. C’était d’ailleurs tout un défi : l’engin n’a évidemment pas résisté à l’impact du patin de l’hélicoptère. Le problème, après, était de récupérer les prises, quand on sait c’est uniquement lorsqu’on arrête la caméra que les données sont sauvegardées. On a donc envoyé la caméra aux techniciens de GoPro, qui ont réussi à récupérer le film. Le cadavre de la caméra est maintenant chez moi, je l’ai encadré comme souvenir de cette belle aventure. 

Jakub Przygoński Felix Baumgartner

Jakub Przygoński (à gauche) et Felix Baumgartner dans un face-à-face inédit. Accrochez-vous ! 

Le clip est très hollywoodien, on se croirait dans un vrai film d’action : ça te tenterait, une carrière de pilote-cascadeur dans le cinéma ?

On a voulu donner aux gens du grand spectacle, comme s’ils regardaient Mission Impossible au cinéma. Et si Hollywood recherche un bon pilote pour des stunts en hélico, je suis partant, bien sûr.

Tu pourrais faire partie du prochain Mission Impossible : après tout, tu as le numéro de Tom Cruise.

C’est vrai, j’ai connu Tom en 2012, lorsque nous étions tous deux invités dans l’émission de Jay Leno. Tom est venu dans ma loge et on a commencé à discuter… à tel point qu’on a retardé l’enregistrement (rires) !

Tom Cruise est d’ailleurs pilote, lui aussi.

Oui, il s’y connait même carrément dans ce domaine. Il pilote de vieux Warbirds (d’anciens avions militaires qu’on a transformés pour un usage civil, ndlr). Il m’a filé son numéro, en me disant que lorsque je viendrai à Los Angeles, on irait voler dans un vieux Mustang. Lorsqu’on s’est revu après Red Bull Stratos, j’ai été reçu comme un petit frère.

On t’a vu l’an dernier prendre le départ des 24 heures du Nürburgring, en Allemagne. Là, tu viens nous parler cascades en hélico… Quelle sera ta prochaine folie ?

Je serai du 4 au 6 septembre prochains aux championnats du monde de parachutisme, à Thalgau, en Allemagne, pour y piloter l’avion de largage. Là-bas, pas de cascade, ça sera tranquille : pendant trois jours, je n’aurai qu’à monter et descendre. 

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08 2015 redbulletin.com

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