Nico Vuignier

Entretiens à chaud

Texte : Pierre-Henri Camy
Photos et vidéos : Red Bull Content Pool

The Red Bulletin a rencontré Romain Grojean, Julien Régnier et Nicolas Vuignier (ci-dessus), respectivement boss du freeride français, concepteur des lignes du Red Bull Linecatcher et vainqueur de l’édition 2015.

Romain Grojean

Le local des Arcs est l’un des boss du freeski français. Il a participé à son deuxième Red Bull Linecatcher en janvier dernier. Impressions.

Romain Grojean

Romain Grojean, 28 ans, participait pour la seconde fois au Red Bull Linecatcher.


Romain, pourquoi le Red Bull Linecatcher est-il un événement particulier à tes yeux ?
Avec 16 athlètes internationaux réunis, ce fut une véritable reconnaissance d’y participer. J’étais super fier. C’est un événement exclusif, une compétition unique. Pas comme un « tour ».

En quoi le plateau réuni est-il unique ?
Car on y retrouvait beaucoup de gars qui « filment » habituellement, pas forcément des habitués des compétitions. On peut trouver dans le Linecatcher des similitudes avec les films, dans l’engagement des skieurs, comme donner le meilleur de soi-même à l’image, mais le « cadre » de la compétition est un autre challenge.

En tant que local des Arcs et familier du domaine de Paradiski, comment as-tu apprécié l’événement ?
Même si c’est chez moi, ce ne sont pas du tout des endroits où je skie, d’habitude, car je ride plutôt de côté de l’Aiguille Rouge. C’est une partie freeride et freestyle habituellement, mais en raison du manque de neige à l’approche de l’événement, l’organisation s’est surtout concentrée sur son aspect freestyle. Le manque de neige cette année fait que plusieurs évènements ont été annulés, dont des étapes du FWT (Freeride World Tour, ndlr), c’est top que le Linecatcher ait pu avoir eu lieu !

Richard Permin, skieur pro de 29 ans, spécialiste freeride et freestyle, faisant partie des  16 compétiteurs de l’édition 2015.

Julien Régnier

Le Français de 35 ans est une figure de la Plagne et un incontournable de la scène freestyle, au même titre que Candide Thovex. L’un des concepteurs du Red Bull Linecatcher, il nous éclaire sur les spécificités de l’édition 2015.


Julien Regnier, Nicolas Vuignier, Flo Bastien, Laurent de Martin

De gauche à droite : Laurent De Martin, Flo Bastien, Nico Vuignier et Julien Régnier sur le site des Arcs, le 18 janvier 2015. 


Julien, tu sembles être un homme aux multiples savoir-faire, merci de nous éclairer sur tes différentes activités.
Je fais de la photo en amateur, je suis un skieur professionnel avant tout, mais aussi un shaper de skis pour la marque Black Crows, je dessine tous les skis de la gamme et je collabore sur le marketing avec cette marque.

Comment en es-tu arrivé à « conceptualiser » le Linecatcher ?
Ses organisateurs sont venus me voir pour créer une compétition dans le milieu freestyle/freeride. Je n’aime pas trop l’événementiel à la base, je suis skieur de bacckountry pour m’échapper de l’évènement et du public, je bouge souvent dans la montagne dans des coins isolés. J’avais crée le magazine We Ski dont j’ai été rédacteur en chef pendant 5 ans, et ce qui m’intéressait dans ce projet d’édition, c’est de participer à des projets qui honoraient le côté artistique et créatif de notre sport. Le projet du Red Bull Linecatcher n’était pas vraiment créatif, plutôt compétitif, mais je me suis dit que ce serait une bonne idée d’associer ce sport, basé sur les images et la vidéo, à quelque chose de très compétitif, j’ai pensé que ça pouvait être intéressant pour les riders.

Panorama sur les Arcs

Vue aérienne sur la zone d’arrivée du Red Bull Linecatcher aux Arcs, en Savoie.

En quoi le Red Bull Linecatcher est-il unique ?
Il est différent parce qu’il allie l’esprit freeride, rider une face de haut en bas dans un univers alpin, à la pratique du backcountry, qui est lui généralement basé sur un saut, dans des univers moins alpins, avec rarement des enchainements. On a fait en sorte que les riders puissent faire des tricks freestyle dans une face freeride.

Combien de personnes sont impliquées dans la création des lignes ?
Il y a un groupe fondamental de trois personnes, Charlie Bellemin, Maxime Schuler, de l’agence Feel Event, et moi. Ce sont des amis d’enfance, Charlie est un ancien freestyleur, et Maxime un ancien skieur de ski cross, ils ont grandi à la plagne. D’autres gens viennent nous aider en fonction des conditions de neige. Nous sommes une équipe de six personnes au maximum. 

Quelle était l’envie cette année ?
L’envie, c’était que ça se fasse, car ce fut vraiment délicat en terme de conditions de neige. On n’a pas fait de folie, avec la neige qu’on avait. On a donc eu moins de lignes naturelles qu’avant, et j’ai privilégié la ligne des sauts, avec des sauts plus gros.

« Je me suis dit que ce serait une bonne idée d’associer ce sport [le freeride], basé sur les images et la vidéo, à quelque chose de très compétitif »
Julien Régnier

 Les riders avaient déjà ridé la face il y a deux ans donc ils la connaissaient, et ceux qui ne l’avaient pas ridée avaient pu la voir dans des vidéos, et s’imprégner de l’expérience de ceux qui l’avaient déjà pratiquée. C’est très important, ça augmente leur niveau aussi. On pouvait donc se permettre de faire des sauts plus gros.

Qui t’a fait le plus plaisir cette année ?
Nicolas Vuignier, qui a vraiment bien ridé. Il a gagné, ce n’est pas pour rien.  C’était cool de le voir passer des double back directement. Il a toujours l’air de se faire plaisir donc c’est cool. J’étais content que mon pote Flo Bastien fasse troisième, il s’en sort super bien.

Que nous réserves-tu pour l’an prochain ?
J’aimerais faire des sauts encore un peu plus gros, je pense que c’est possible. Ça dépendra des conditions de neige. Et on croise les doigts pour que l’on puisse ouvrir le plus de lignes sur la face.

Le ride qui a valu la victoire à Nicolas Vuignier.

NICOLAS VUIGNIER

Le Suisse de Venthône de 24 ans a remporté le Red Bull Linecatcher 2015. Il revient pour The Red Bulletin sur sa troisième participation, victorieuse.


Hello Nicolas, tout d’abord félicitations. Comment décrirais-tu le Red Bull Linecatcher ?
C’est un événement qui mélange freestyle et freeride : ce que j’adore faire. C’est quelque chose que l’on voit habituellement dans les films de ski, tous ces sauts, mais transposés dans le cadre d’une compétition. C’est super intéressant, car les personnes qui participent au Linecatcher ne sont pas uniquement des compétiteurs, ce sont surtout des « filmeurs », et il y a donc une ambiance assez unique. Tous sont là aussi pour se faire plaisir et assurer un bon show, pas seulement pour gagner une médaille. Le format est unique : une face de freeride avec des sauts dedans.

Comment te prépares-tu à un événement comme le Red Bull Linecatcher ?
J’ai skié le plus possible avant, et en me faisant plaisir. Il y a quatre descentes au total durant le Linecatcher, et si on n’a pas les jambes prêtes, c’est assez éprouvant. Je n’ai pas eu l’occasion de faire beaucoup de gros sauts cette année car il n’y a pas eu énormément de neige cet hiver, et quand il y a peu de neige, c’est un peu tendu pour les réceptions des sauts. C’était donc un peu la première fois de la saison que j’ai fait des sauts.

Tu as marqué l’événement avec un run noté un à 93,3 %, qu’est-ce que tu as mis dedans ?
Cette année, c’était spécial, avec une ligne avec trois sauts successifs, car il était difficile d’utiliser le terrain naturel, l’essence du backcountry, faute de neige. J’ai peut-être fait la différence en trouvant une petite barre rocheuse sur laquelle j’ai pu faire une figure, plutôt que prendre un saut fait à la main. C’était un peu plus technique pour « envoyer » la figure. J’ai sauté un peu de travers, à travers un petit arbre à côté, ça ajoute en technicité. La base de l’événement est de faire des figures aussi sur la face, pas seulement sur ce qui a été construit par l’homme, et ça m’a bien aidé. J’ai fait deux 720, une fois en tournant vers la gauche et une fois vers la droite. J’ai tourné dans les deux sens, j’ai utilisé le terrain comme il le fallait et j’ai skié assez vite… c’est un peu le combo de tout ça.

Nicolas Vuignier

« La première figure est comme un thermomètre, dès qu’on la pose, ça monte, ça monte, ça monte ! »

À quel moment as-tu pris le plus de plaisir ?
La première figure est comme un thermomètre, dès qu’on la pose, ça monte, ça monte, ça monte ! Et une fois que tu as fini ton run et que tu fonces sur l’aire d’arrivée, c’est là le plus drôle.

Des frayeurs ?
Au premier run, la première descente. Cette année, c’était éliminatoire, il fallait poser un bon run dès le début. Ça fait peur car on ne sait pas du tout comment sont les sauts, combien de temps on va pouvoir rester en l’air, on ne connaît pas le terrain. Il faut faire des figures sur quelque chose qu’on ne connaît absolument pas. C’est comme faire un rallye sans co-pilote. Tu ne sais pas du tout où tu vas, mais tu dois y aller, et vite !

Tu skies combien de jours par an ?
Pas mal de jours… À partir de fin novembre, jusqu’à mi-mai, presque tous les jours.

« La base de l’événement est de faire des figures aussi sur la face, pas seulement sur ce qui a été construit par l’homme, et ça m’a bien aidé »
Nicolas Vuignier

Et avant ce Red Bull Linecatcher, on te trouvait où ?
J’ai skié en Suisse pour un projet vidéo, un peu spécial. On a fait pas mal de tests avec mon filmeur. J’ai aussi pas mal skié avec Samuel Anthamatten, un skieur suisse qui fait du freeride et qui est guide. J’ai beaucoup skié avec lui, dans des conditions un peu dangereuses, en tant que guide, il connaît bien tous les dangers.

Quel est ton spot rêvé ?
L’Alaska, c’est un peu le saint graal, dans toutes les vidéos de ski. Les meilleures conditions, les plus grosses traces, le meilleur terrain. Quelque chose qu’on ne trouve nulle par ailleurs. Quelque chose que j’aimerais vivre une fois.

Ton prochain avion t’emmène…
… certainement en Californie, en avril, pour aller skier à Mammoth.

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03 2015 redbulletin.com

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