Jürgen Klopp

Joue-la comme Jürgen Klopp

Illustrations : Mink Couteaux
Photos : Getty Images

Motiver ses joueurs, les pousser dans leurs retranchements, en faire des champions – un exercice dans lequel Jürgen Klopp excelle comme personne, ou presque. L’entraîneur allemand du FC Liverpool livre à l’auteur Raphael Honigstein sa recette du succès déclinée en dix règles. (première partie)
Raphael Honigstein
Raphael Honigstein

Le rédacteur foot bavarois né en 1973 délivre son expertise au Guardian anglais ou à la presse allemande. Pas étonnant que Jürgen Klopp, entraîneur rare, ait révélé à ce spécialiste du sport ses dix secrets pour réussir. 

Le succès vient toujours de l’intérieur

Après une défaite de son équipe, mieux vaut ne pas trop s’approcher de Jürgen Klopp : arbitres, journalistes et même son propre attaché de presse – personne n’est à l’abri de ses accès de colère dans ces moments-là. Notre entraîneur volcanique ne vit que pour la gagne. Ce qui fait avancer Jürgen Klopp, c’est sa quête du succès. 

Et il en a toujours été ainsi. Féru de sport, son père, Norbert, le poussait en lui faisant pratiquer le ski, le tennis et le foot. « Il m’aimait, raconte Klopp dans une interview pour Die Zeit en 2009, mais il ne me ménageait pas et me laissait encore moins gagner. »

Un samedi matin, alors que leur match de tennis se solde une fois de plus par un 6-0, 6-0 pour son paternel, il s’écrie : « Tu crois que c’est agréable pour moi ? » Et son père de lui en crier en retour : « Et pour moi, tu crois que c’est agréable ? »

Norbert Klopp était exigeant et avare en compliments. Peu avant d’être emporté par un cancer à 68 ans, déjà gravement malade, il jouait encore au tennis en double avec son équipe senior. L’acharnement de son père, Jürgen Klopp, 48 ans, l’a littéralement dans le sang.
 

Quand il jouait en 2e division allemande et qu’il lui arrivait de perdre le ballon, ça le brisait de l’intérieur, explique-t-il, mais les spectateurs pouvaient bien le siffler, il s’en foutait. Il voulait gagner pour lui-même, tout faire comme il faut, une volonté qui l’anime encore aujourd’hui. « J’étais une machine de combat et de volonté. » Cette énergie si particulière impressionne les joueurs de Klopp. 

À chaque entraînement, il leur répète que la réussite vient de l’intérieur, de leurs propres efforts, pas de l’extérieur. Chacun doit assumer la responsabilité de ses actes. Et chacun doit se dévouer à la poursuite de l’objectif commun.

« Ceux qui sont motivés et concentrés sur leur travail, je les accueille à bras ouverts, déclare Klopp à son arrivée à Liverpool. Ce sera moins agréable pour ceux qui n’y mettent pas assez du leur. Travailler avec ce genre de joueurs, pour moi, c’est une perte de temps. »

2 Dans les mauvais jours, le masque tombe

Envie, ambition, volonté – des concepts élémentaires pour Jürgen Klopp. Il veut des « monstres de mentalité » dans son équipe, à la « passion obsessionnelle ». 

Il y a une logique derrière tout ça. « On a tous un bon jour de temps à autre. Mais dans un mauvais jour, il faut pouvoir assurer. C’est ça, la raison de vivre d’un sportif, on ne se laisse pas abattre. » Karlheinz Förster était le modèle de Klopp dans sa jeunesse. Le défenseur allemand de l’équipe de Stuttgart peut manquer de talent, mais jamais d’implication. Résister face à un adversaire objectivement plus fort en y mettant plus d’engagement et plus d’envie, c’est une « expérience importante pour le cœur et la tête », selon Klopp. « C’est dans ces moments-là qu’on comprend qu’on est capable d’en faire encore un peu plus. » 

Klopp a un véritable don pour réveiller ce fameux esprit du « un peu plus » chez ses joueurs. Et c’est ce qui lui a permis de faire de joueurs de championnat lambda comme Kevin Großkreutz ou Erik Durm de véritables stars de la Bundesliga – et même des champions du monde.

« On a tous ses mauvais jours. Mais même dans un mauvais jour, il faut assurer. C’est ça, la raison de vivre d’un sportif, on ne se laisse pas abattre. »
Jürgen Klopp, 48 ans

3 Rester fidèle à la multiplicité de son Moi

Jürgen Klopp n’a jamais perverti sa personnalité et est resté fidèle à lui-même. En tant que joueur amateur à Pforzheim, Sindlingen et Francfort ou bien en pro à Mayence, puis en tant qu’entraîneur à Mayence, Dortmund et maintenant Liverpool. Vous voulez du Klopp ? Alors vous aurez du 100 % Klopp. 

Jürgen Klopp

Il était authentique bien avant que l’authenticité ne soit à la mode. Le caractère ouvert et amical de Klopp se reflète dans sa façon de diriger son équipe. Pour ses joueurs, il est le « Kloppo ». Créer une distance artificielle ? Faire preuve d’un semblant d’autorité ? Pas question pour Klopp. Il pense que ses joueurs le repéreraient tout de suite s’il n’était pas naturel. 

Et ça ne lui pose donc aucun problème de montrer ses faiblesses de temps à autre. Lui aussi préfère travailler dans un environnement plaisant. On dit qu’un entraîneur ne devrait pas être sympa, mais Klopp n’est pas de cet avis. Au contraire, il faudrait « être aussi positif que possible », ça contribue à la production d’endorphines. 

Paradoxalement, tout le monde sait que le volcan intérieur de Jürgen Klopp peut exploser à tout instant si on le cherche. Celui qui ne le suit pas est mis à l’écart, sans ménagement. Et pas question de jouer la comédie. Klopp est non seulement empathique, expérimenté et très intelligent, mais il fait surtout preuve d’un professionnalisme absolu dans la poursuite de son ambition.

Jürgen Klopp

Né à Stuttgart en 1967. Débute sa carrière d’entraîneur au FSV Mainz 05. Au Borussia Dortmund à partir de 2008. Avec lui, l’équipe remporte deux titres de champions d’Allemagne, une Coupe d’Allemagne et atteint la finale de la Ligue des champions en 2013 (1-2 face au Bayern Munich). Entraîneur du FC Liverpool depuis octobre 2015. Consultant télé pour la ZDF lors 
de la Coupe du monde 2006 et de l’Euro 2008.

4 L’humour transforme les problèmes en atouts

Jürgen Klopp est un as de la motivation. Sa manière de s’exprimer est vraisemblablement son plus grand talent. « Il a un excellent sens de la répartie, explique le PDG de Dortmund, Hans-Joachim Watzke. Ça lui permet de mieux se faire entendre. C’est toujours agréable d’écouter Jürgen s’exprimer. »

Klopp n’écrit jamais ses déclarations à l’avance. La spontanéité est essentielle pour lui et l’humour est l’une de ses meilleures armes. Il sait qu’un bon mot peut faire redescendre la pression et amener ses interlocuteurs à voir du positif là où ils ne voyaient que du négatif.

Du « recadrage » en langage de psy. Klopp nous assure qu’il ne le fait pas consciemment. Il a la capacité de transformer ses problèmes en atouts. Et parfois, il y parvient même sans avoir à ouvrir la bouche.

Coupe d’Allemagne 2012, vestiaires du BVB – Klopp montre des photos riches en émotions des finales précédentes à ses joueurs avant les matches importants, sans commentaire. Dortmund passe tous les tours de cette coupe tant haïe jusqu’alors et humilie le Bayern en finale sur le score de 5-2.

5 Rassembler autour de valeurs communes

Jürgen Klopp n’est pas un ami pour ses joueurs, il est leur partenaire. Il a un profond respect pour eux – et exige le même respect en retour. Envers lui comme envers l’équipe et les objectifs qu’ils poursuivent. « Je ne pourrais jamais engager un connard qui joue super bien. » 

Le « contrat » que chaque joueur du Borussia Dortmund doit signer en 2011 est légendaire. Il comprend sept points les enjoignant à un engagement sans faille, à une passion obsessionnelle et à une détermination quel que soit le cours du jeu, à se tenir prêt à se soutenir les uns les autres, à accepter qu’on les aide, à mettre leurs qualités à 100 % au service de l’équipe et à assumer leur responsabilité personnelle. Ce contrat a même été cité à plusieurs reprises dans des manuels de management depuis. 

Il y a aussi des règles simples pour les situations difficiles : le joueur qui n’entre pas dans la composition de Klopp a le droit d’exprimer sa déception. Mais uniquement au moment où il l’apprend, c’est-à-dire la veille du match en général. Dans l’enceinte du stade, avant le match, Klopp ne tolère plus aucune réaction. La situation perso du joueur ne doit pas passer avant le respect des autres membres de l’équipe. 

Une équipe entraînée par Klopp fonctionne grâce au travail fourni ensemble, parce qu’elle est plus forte que la somme de ses individualités. « Si on ne travaille pas ensemble, quelque chose manque. »

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04 2016 The Red Bulletin

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