Jürgen Klopp

Jürgen Klopp : le manager de Liverpool vit pour la victoire

Illustrations : Mink Couteaux
Photos : Getty Images

Motiver ses joueurs, les pousser dans leurs retranchements, en faire des champions – un exercice dans lequel Jürgen Klopp excelle comme personne, ou presque. L’entraîneur allemand du FC Liverpool livre à l’auteur Raphael Honigstein sa recette du succès déclinée en dix règles. (deuxième partie)
Raphael Honigstein
Raphael Honigstein

Le rédacteur foot bavarois né en 1973 délivre son expertise au Guardian anglais ou à la presse allemande. Pas étonnant que Jürgen Klopp, entraîneur rare, ait révélé à ce spécialiste du sport ses dix secrets pour réussir.

6 Chacun est un individu à part entière 

Klopp le concède lui-même, les premiers mois au FC Liverpool n’ont pas toujours été tout roses, mais il a mis l’équipe dans la poche depuis. Sa méthode : de longs entretiens qui lui permettent de tout savoir de ses joueurs, de leurs aspirations et de leurs craintes. Grâce à ces informations, il parvient à manier la psychologie du vestiaire à la perfection, adaptant sa manière d’être et de s’exprimer à chacun. Il peut serrer l’un des joueurs dans ses bras, et ignorer un autre. Un jeune joueur comme Jordon Ibe recevra une claque amicale après un super match pour ­garder les pieds sur terre. 

Si quelqu’un émet des critiques négatives sur l’équipe en interview, l’ensemble du groupe lui demande de répéter et ça s’arrête là en général. Un jour, quand il était à Dortmund, Klopp s’est rendu personnellement chez un concessionnaire afin d’annuler la ­commande d’une voiture coûteuse qu’un jeune joueur pro s’était payée avec son premier salaire et qu’il ne pouvait absolument pas se permettre. Quant aux joueurs avec une coiffure extravagante, il leur tend un miroir et leur demande avec un sourire indulgent si ce ne serait pas mieux de se faire remarquer par leurs ­performances sportives.

7 Montrer l’exemple quand on exige quelque chose

Le football « heavy metal » du Dortmund de Jürgen Klopp a influencé les clubs de toute l’Europe. « Pressing », c’est LE mot à la mode à l’époque. Mais peu d’équipes le manient aussi bien que le BVB.

C’est surtout pendant ses premières années à Dortmund, quand l’équipe est encore jeune et à l’état brut, que les Borusses courent comme des lapins sur tout le terrain et pressent à six, sept ou huit à la fois. Le style de pressing développé par Klopp devient alors partie intégrante de leur ADN. Un spectacle sans équivalent. 

Ces joueurs n’ont d’ailleurs aucun mal à fournir l’engagement nécessaire à ce système hautement complexe et particulièrement ­exigeant, parce que Jürgen ­Klopp montre l’exemple : fidèle à son ­credo, il « donne tout ». 

Lui-même bouge pas mal le long de la ligne de touche et il en attend autant de la part de ses joueurs. Peu importe le ­déroulement du match.

« Il ne s’agit pas de trouver les onze meilleurs joueurs, mais les onze qui ont la plus grande ­probabilité de gagner. »
Jürgen Klopp, 48 ans

8 Se fixer des objectifs réalistes

Quand Klopp arrive à Dortmund, le club est au fond du gouffre. Personne ne pense au championnat. Klopp garde cet état d’esprit et commence par fixer des objectifs modestes. Le jeu du BVB doit à nouveau faire plaisir à voir.

« Ce qui me plaît c’est quand il y a des coups, de la poussière, de la lutte, quand on en arrive à faire lever les spectateurs de leurs sièges. » Et il doit susciter des émotions aux travailleurs de la Ruhr. C’est le début des fameux matches « plein gaz ». 

Prendre les matches les uns après les autres, ça aussi, c’est du Klopp pur jus. « Un skieur, dit-il, ne crie pas victoire en levant les bras une fois la première porte passée pour ensuite virer dans une autre direction. »

Pour Klopp, il faut constamment rester concentré sur son prochain objectif : le prochain but, la prochaine attaque, le prochain enchaînement, le prochain match. Son équipe suit scrupuleusement ce principe les premières ­années. Et les voilà propulsés champions, doubles vainqueurs et finalistes de la Ligue des champions. 

« Il y en a qui disent que si on ne se fixe pas clairement des objectifs élevés, on manque d’ambition. Ces gens-là n’ont ­aucune idée de la manière dont on atteint un objectif. »

Jürgen Klopp

Né à Stuttgart en 1967. Débute sa carrière d’entraîneur au FSV Mainz 05. Au Borussia Dortmund à partir de 2008. Avec lui, l’équipe remporte deux titres de champions d’Allemagne, une Coupe d’Allemagne et atteint la finale de la Ligue des champions en 2013 (1-2 face au Bayern Munich). Entraîneur du FC Liverpool depuis octobre 2015. Consultant télé pour la ZDF lors 
de la Coupe du monde 2006 et de l’Euro 2008.

9 Souligner les forces, ­oublier les faiblesses

Critiquer les faiblesses : un truc que ­Klopp fait à la rigueur avec les journalistes, quand une question ne lui plaît pas. « Vous travaillez dans quoi déjà ? Les documentaires animaliers ? », demande-t-il un jour, passablement énervé, à un journaliste de la WDR.

Par contre, il ne dit jamais rien de négatif sur ses joueurs en public. Et même au sein de l’équipe, l’analyse des erreurs ne représente qu’une petite partie de son travail, il préfère apprendre à ses joueurs à tirer le maximum de leur potentiel, dépasser leurs limites. 

Le credo de Klopp : ça ne sert à rien de pointer du doigt tout ce qu’un joueur ne sait pas faire. Au contraire, il faut lui faire confiance, le laisser évoluer et s’améliorer. « Ainsi, il commence par me croire moi, avant de croire en lui-même. »

Klopp n’hésite pas à revoir des centaines de fois des choses élémentaires comme une bonne prise de balle, même avec des joueurs pro expérimentés. L’entraînement, c’est de la répétition, dit-il ; un batteur, peut répéter le même enchaînement 1 600 fois avant de le connaître sur le bout des doigts. Au foot, c’est pareil : répétition, répétition, répétition. 

Quand Klopp fait la composition de l’équipe, il n’essaie pas de trouver les onze meilleurs joueurs, « mais les onze avec lesquels la probabilité de gagner est la plus grande ». Et comme il l’a appris quand il jouait en 2e division allemande à Mayence, une bonne tactique peut faire ressortir les forces individuelles et masquer les faiblesses.

À Mayence, grâce à la défense en ligne à quatre et au marquage instaurés par son ancien entraîneur et mentor Wolfgang Frank (du jamais vu dans le football allemand de la fin des ­années 90), la victoire « ne dépendait plus du tout de ce que nous savions ou ne ­savions pas faire, se souvient-il. Jusque-là, nous pensions qu’avec des joueurs moins bons que la plupart de nos adversaires dans notre équipe, nous étions condamnés à la défaite ».

Rester cool en temps de crise : règle n°10

Un jour, Klopp a évoqué une conversation qu’il avait eue avec un bobeur. Ce dernier lui avait expliqué qu’il ne fallait pas survirer dans le bobsleigh pour trouver la trajectoire idéale. Agir, ce n’est pas forcément la bonne solution : parfois, et quand la situation s’y prête, il faut laisser faire les choses.

Quand le coach surprend l’un de ses joueurs pro avec une grosse bouteille de vodka sur la table pour le nouvel an, il lui sourit, lui souhaite une bonne soirée et continue son chemin comme si de rien n’était.

C’est comme ça qu’il consolide sa relation avec ses joueurs et qu’il renforce leur loyauté. La plupart des entraîneurs prennent les choses en main quand les résultats se font attendre. Klopp fait exactement l’inverse. À la moitié de la saison 2014/2015, le BVB avait le pire classement de toute son histoire.

Le prétendant au titre risquait même la relégation. Mais qui aurait fait le voyage jusqu’au camp d’entraînement de la trêve en Espagne, en s’attendant à trouver une équipe ébranlée et un entraîneur énervé aurait été déçu. Klopp, lui, était serein, et de bonne humeur. Son calme et sa confiance rejaillissent alors sur l’équipe.

Au final, le BVB réussit contre toute attente à se qualifier pour la Ligue des champions, à atteindre la finale de la Coupe d’Allemagne et à offrir une fin à peu près honorable aux sept ans de l’ère Klopp. « Les crises font partie inhérente du football.

C’est grâce à elles qu’on apprend à apprécier la victoire à sa juste valeur, déclare-t-il. On peut perdre. Et perdre encore. Et encore. Mais le match d’après, on peut toujours le gagner. Et c’est ça qui est génial. »

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04 2016 The Red Bulletin

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