volvo Ocean Race

LES FORÇATS DE LA MER

PHOTO D’OUVERTURE : Matt Knighton 
Texte : Étienne Bonamy & Albert Niemanni


 

La Volvo Ocean Race, le tour du monde en équipage, est une course mythique. Chaque média man à bord d’un bateau en fait vivre le quotidien agité pendant plus de 8 mois. Avec leurs photos, ces envoyés spéciaux montrent et racontent l’enfer de l’intérieur.   

Le 4 octobre 2014, jour de départ de la  Volvo Ocean Race 2014/2015 à Alicante, quelques-uns des meilleurs marins du monde, le visage bronzé et tanné par le soleil, ont le regard sérieux. Sept bateaux s’apprêtent à parcourir les océans de la planète pendant huit mois dans une course effrénée en neuf étapes avec des escales en Afrique du Sud, dans les Émirats arabes, en Chine, en Nouvelle-Zélande, au Brésil, aux États-Unis, au Portugal, en France et en Suède à Göteborg, point d’arrivée de la course.

Les meilleurs moments de la Volvo Ocean Race 2014/2015

© youtube // Volvo Ocean Race

À écouter les récits des athlètes sur la jetée à Alicante tandis que les mouettes braillent au-dessus de leurs têtes, on croirait avoir affaire à des masochistes. Ils parlent de températures caniculaires et glaciales, d’orages, de tempêtes, de dangers mortels. D’étapes pendant lesquelles la tempête leur jette des stalactites, d’un mélange entre chevauchée et vol au-dessus de vagues hautes comme des immeubles.

Volvo Ocean Race

ÉTAPE 4 / SANYA-AUCKLAND / GALÉRIEN

Changement de voile pour le Team Alvimedica au large de la Nouvelle-Calédonie. Le vent forcit, chaque minute compte et le Néo-Zélandais Dave Swete grimace. Cadences infernales à bord.      

© Amory Ross


« En surfant sur certaines de ces vagues monstrueuses, la proue arrive à s’enfoncer dans le creux des vagues », raconte l’Allemand Tim Kröger qui a déjà participé plusieurs fois à la Volvo Ocean Race. « Un mur d’eau d’un mètre et demi peut emporter n’importe qui. Après, on se retrouve assis avec de l’eau gelée jusqu’aux hanches. On arrête de penser. Et c’est très bien, car penser peut vite se transformer en douter. Et ce ne serait pas le moment. »


Pendant des semaines, les marins vivent sur leur bateau de 20 mètres de long, entassés à neuf dans quelques mètres carrés. Pendant des jours, ils gardent les mêmes vêtements trempés. Dans l’obscurité, à 60 km/h, ils dorment avec la crainte de percuter un conteneur flottant ou une baleine endormie, ce qui peut rapidement tourner à la catastrophe. Ils crispent le visage quand ils pensent aux nouilles qu’ils aspirent d’une sorte de tube.

Certains atteignent un tel niveau de stress pendant la course que leur barbe arrête de pousser, tandis que d’autres perdent jusqu’à dix kilos lors de certaines étapes. Ken Read, ancien skipper de la Volvo Ocean Race, nous aide à imaginer la course : « Pendant une tempête, asseyez-vous sur le toit de votre voiture et roulez à toute allure sur une mauvaise route de montagne. Alors vous aurez une vague idée de ce que nous vivons. »

Volvo Ocean Race

ÉTAPE 5 / AUCKLAND-ITAJAí / POINT FINAL

L’équipage d’Abu Dhabi Racing Team est en tête et en vue de la côte brésilienne. Itajaí attend les vainqueurs de la plus longue étape de cette Volvo Ocean Race : 6776 milles nautiques.

© Ainhoa Sanchez 

La plus grande peur de Ken a toujours été d’entendre un jour le cri « Un homme à la mer ». « La pire situation que j’ai vécue pendant une Volvo Ocean Race ? Lorsque le marin Hans Horrevoets s’est noyé en 2006 après être passé par-dessus bord sur un autre bateau. »

ils dorment avec la crainte de percuter un conteneur ou une baleine endormie

Le danger est présent à chaque minute de la course. Fin novembre 2014, soit peu de temps après le départ, le nombre de concurrents passe de sept à six : le bateau Vestas Wind éventre sa coque sur un récif de l’Océan Indien, au nord-est de l’Île Maurice. Avant d’être secouru au petit matin, l’équipage passe la nuit sur le flanc du bateau.

volvo Ocean Race

ÉTAPE 5 / AUCKLAND-ITAJAí / GROS TEMPS

À la barre d’Alvimedica, Stu Bannatyne navigue sans crainte dans un Pacifique Sud inhospitalier. Le bateau US sera le premier à franchir le Horn, quelques minutes devant ses concurrents.  

© Amory Ross

Les bateaux qui participent à la Volvo Ocean 65 sont des machines de course faites de kevlar, de fibres de carbone et d’autres matériaux innovants. À bord, ils sont bardés d’électronique de pointe et de systèmes hydrauliques surpuissants, mais ils sont tout sauf confortables. La simple absence d’isolation dans les bateaux rend la vie à bord cauchemardesque. Dans les régions où la température de l’océan est à 1 °C, il ne fait même pas 10 °C dans la cale caverneuse du bateau. Les bruits vont de clapotis paisibles à des mugissements assourdissants, comme lorsque, sur le pont, un marin borde le monstrueux gennaker avec l’une des énormes manivelles et que l’on a l’impression que le bateau se fracasse.

« Dormir trois heures d’affilée est une bénédiction », confie l’un des hommes sur la jetée à Alicante. « Deux hommes se partagent un sac de couchage à tour de rôle pour économiser de la place et du poids. » Le Français Yann Riou, 31 ans, est le média man du team franco-chinois Dongfeng. Comme les six autres « reporters », il lui est certes interdit de participer aux manœuvres, mais il partage le quotidien de l’équipage.

Yann a eu son lot d’émotions à l’ouest du Cap Horn. « J’étais en train de parler avec le barreur Charles Caudrelier à l’intérieur du bateau, quand soudain on a entendu un craquement terrible. » Le haut du mât venait de se briser. « Dans un tel cas, il faut monter couper le bout cassé pour éviter qu’il ne tombe sur le pont. Ce serait encore plus grave. »

Volvo Ocean Race

ÉTAPE 4 / SANYA-AUCKLAND / JEUX DE MAINS

À 1 000 milles d’Auckland, Team Alvimedica est à la poursuite du trio de tête. Après une nuit de travail, les mains de Ryan Houston témoignent du travail accompli.  

© Amory Ross

À quoi ressemble un jour typique de course à bord ? Pour l’ancien skipper Ken Read : « Chaque jour est différent. Les premiers jours sont les pires. Après, on s’habitue à tout. »

TOUS LES SUJETS ACTUELS EN UN CLIN D’ŒIL     

>>> RECEVEZ LA NEWSLETTER ! <<<
Cliquer pour lire la suite
07 2015 THE RED BULLETIN

Article suivant