Max Verstappen Interview

Max Verstappen, 19 ans, phénomène de la F1

Texte : Justin Hynes
Photo : David Clerihew/Red Bull Racing

À 19 ans, le pilote Red Bull Max Verstappen a déjà un Grand Prix et plusieurs podiums à son actif et nombreux sont ceux qui le voient comme l’un des plus grands de la F1. Mais qu’est-ce qui le rend si spécial ?

Dans le rétro des plus grands pilotes de Formule 1, il y a toujours des moments décisifs marqués d’excellence, et ceux qui font passer un jeune pilote de à surveiller à champion en devenir. Pensez à Jackie Stewart, vainqueur du Grand Prix d’Allemagne en 1968 sous une mauvaise météo : l’écart sidérant (quatre minutes) qui le séparait de son principal rival reste inoubliable ; Ayrton Senna et son premier tour de piste du GP d’Europe à Donington en 1993 qui le hisse de la cinquième place à la première pourtant sous la pluie, une manœuvre époustouflante ; ou les prouesses de Schumacher qui, au début de sa carrière, réussit à se dégager de la septième position du classement et à se qualifier pour l’écurie Jordan à Spa-Francorchamps en 1991.

L’an dernier, sur le circuit d’Interlagos à São Paulo, pour ceux restés hors piste malgré une pluie diluvienne, LE moment est arrivé au bout de trois heures d’un Grand Prix du Brésil marqué par les nombreuses pauses imposées par les voitures de sécurité et les arrêts. Avec 16 tours restants, Max Verstappen, le pilote Red Bull Racing âgé de 19 ans, s’arrête au stand pour s’équiper de pneus pluie, se retrouvant à la 14e place. Pourtant, sur le temps restant de la course, le Néerlandais passe à travers la meute, comme s’il avait trouvé une voie complètement sèche. En cinq tours, il remonte en septième position, et à l’arrivée, on le retrouve en troisième place derrière la Mercedes de Nico Rosberg et le vainqueur Lewis Hamilton.

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La performance de Verstappen au Brésil a été un moment décisif, un sommet pour le plus jeune pilote de l’histoire. « Quelque chose de vraiment spécial », pour Christian Horner, boss de son écurie.

Le triple champion Niki Lauda s’empressa d’ajouter : « Verstappen était extraordinaire. Je savais qu’il était bon, mais il a montré à tout le monde ce dont il est capable. »

Six mois plus tôt, le jeune Néerlandais avait fait fort, avec une victoire lors de sa première sortie avec l’écurie Red Bull Racing, en Espagne. Mais sa prestation à São Paulo s’imposait comme un symbole fort : elle venait clore une période compliquée pour le jeune talent.

Dans les semaines précédant la course, sa conduite agressive tous azimuts lui avait valu les critiques de nombreux rivaux. Le vétéran Kimi Räikkönen l’a descendu en flammes en Belgique et le quadruple champion Sebastian Vettel l’a traité de « bâtard » à Mexico. Son style a même mené les instances dirigeantes de la F1 à redéfinir ce qui était permis ou non en termes d’attaque. Pour les médias, Verstappen allait de toute façon causer un drame. Le Brésil a balayé toutes ces critiques sous la tourmente. 

© youtube // s4luca1010

À tel point que l’un des coéquipiers de Senna, Gerhard Berger, dix fois champion du Grand Prix, a fait une comparaison entre le jeune pilote et la légende brésilienne.

« Quand je vois Max, Senna me vient à l’esprit, exprime Berger après la course d’Interlagos. C’est la première fois que je dis ce genre de chose, parce que j’ai été assez proche d’Ayrton et que je pense qu’il était le meilleur. J’ai toujours respecté cela et donc évité les comparaisons, mais avec Max c’est difficile de ne pas le faire. »

Ce mois-ci, Verstappen entame sa troisième saison de F1, sa première campagne complète avec l’écurie Red Bull Racing. Et les règles ont énormément changé pour 2017, déplaçant l’attention du moteur vers le traditionnel châssis et les forces aérodynamiques de l’équipe de Max.

En vue d’une saison où il pourrait transformer sa percée en véritable consécration, The Red Bulletin est allé au contact du Néerlandais pour revenir sur son parcours et voir où le futur peut le mener… 

Max Verstappen

Toujours au Max : « Quand tu es jeune, tu essaies d’atteindre le meilleur résultat, tout le temps. Tu as ce feu en toi ! »

© Vladimir Rys

THE RED BULLETIN : Revenons sur vos premiers souvenirs de conduite. Vous aviez quatre ans la première fois que vous vous êtes assis au volant d’un kart. La course automobile était-elle programmée pour vous ? 

MAX VERSTAPPEN : J’avais un choix à faire, parce que c’est à toi de dire à tes parents si tu veux faire de la course ou non. J’aurais facilement pu devenir footballeur, mais très tôt dans ma carrière j’ai réalisé que le kart était la direction à prendre, car c’était ce que j’aimais. Mon père ne m’a jamais forcé la main. Je me souviens qu’à quatre ans, je l’appelais et lui disais : « Je veux faire du kart. » Sa première réponse était : « Non, pas avant tes six ans. » Mais j’ai tellement insisté que deux ou trois semaines plus tard, j’avais mon kart.

« Plus jeune, j’aurais facilement pu devenir footballeur, mais très tôt j’ai su que le kart était ma voie. »


Votre père a été pilote de Formule 1 et votre mère, Sophie Kumpen, championne de karting. Le livre de Malcolm Gladwell, Outliers: The Story of Success, estime que le grand esprit sportif s’acquiert, que 10 000 heures d’entraînement mènent au « nombre magique de la grandeur ». Cela est-il vrai ? Est-ce l’acquis contre l’inné ?  

Ça semble un peu trop facile. Premièrement, il faut du talent. Si tu n’as pas de talent, ça ne fonctionnera jamais. Tu peux t’entraîner pendant un million d’heures ; tu n’y arriveras pas. Bien sûr, j’ai été chanceux avec mes parents, il m’ont correctement guidé et entouré. Il faut apprendre dès le plus jeune âge et être orienté vers la bonne direction, mais il faut aussi avoir un certain talent. Répéter uniquement le même geste encore et encore ne te mène pas à la réussite. 

Votre père, Jos, vous a donné ces conseils. En tant que pilote de F1, il avait la réputation d’être déterminé. À quel point était-il exigeant ? 

Il était souvent très sévère avec moi, mais je suis content qu’il l’ait été parce que ça m’a mené là où je suis. Il n’était pas du genre « il faut que tu gagnes », ou « il faut que tu sois comme ci, comme ça ». Sa rigueur concernait la préparation, il faisait en sorte que je sois impliqué dans l’effort et non que je voie cela comme un jeu. À un moment, ça devient ta profession et tu dois t’investir. Mais pour les résultats, il n’a jamais été autoritaire.

Max Verstappen: Indoorkarting

Max Verstappen lors des Euro Indoorkarting à Swalmen, en Hollande, le 20 novembre 2016.

© Marcel van Hoorn / Red Bull Content Pool

Il y a un vieil adage en F1 qui dit que la valeur n’attend pas le nombre des années. Pensez-vous qu’une année supplémentaire en GP2 ou GP3 avant la F1 aurait été bénéfique ?

Non. Je pense que cela aurait été plus difficile. Il faut un peu de chance [pour rentrer en F1] et si tu n’es pas dans la bonne équipe, au bon moment… alors peut-être que tu as une mauvaise saison et que les gens se font une autre idée de toi. Je suis content de la façon dont ça s’est passé. C’était risqué de me lancer aussi jeune, mais j’avais confiance.

Après votre première saison chez Toro Rosso, vous avez été appelé l’année dernière dans l’écurie Red Bull Racing juste avant le Grand Prix d’Espagne. Vous avez alors remplacé le pilote russe Daniil Kvyat. Un changement capital pour vos carrières respectives. La Formule 1 est-elle un sport cruel ? ​

Grâce à l’expérience de mon père, j’ai été préparé au fait que ce monde-là peut être difficile. Mais à la fin de la journée, tu dois donner le meilleur en tant que pilote ; tu dois aller chercher les meilleures opportunités pour toi. Alors oui, c’est cruel, mais de nombreux pilotes ont eu à vivre ce genre de choses.

© youtube // VerstappenNL

Vous avez remporté votre premier Grand Prix avec Red Bull Racing, et remporté sept podiums, marqué 204 points et terminé cinquième au Championnat du monde de F1 en 2016. Comment justifier cette amélioration ?

Je gagne en expérience de course en course. Ce n’est pas une chose figée pour laquelle tu peux dire « j’ai appris ça ou amélioré ça », je pense que tout fonctionne à 95 pour cent, et chaque fois que tu t’améliores d’un pour cent sur un aspect, alors il y a un pour cent qui agit sur autre chose. On essaie d’atteindre les 100 pour cent. On ne sait pas quand cela arrivera, mais on y travaille doucement. Tout n’était pas rose tous les jours l’an dernier. 

Vous avez également eu droit à de nombreuses critiques. Avez-vous été surpris par certains commentaires que les gens ont pu avoir à votre égard ?

Cela m’importe peu. Chacun a le droit d’avoir son opinion. 

« Je ne peux pas changer. Si tu es un attaquant, tu ne peux pas tout à coup devenir un défenseur, c’est ta nature. »

Tout de même, certains pilotes vous ont pris à partie lors du briefing d’Austin. Comment prend-on ça ? Aviez-vous envie de vous lever et de partir ? ​

Ouais, mais je suis de nature plutôt calme. Ils peuvent dire ce qu’ils veulent. Je ne changerai pas mon style de conduite. Ils doivent faire avec. 

Impossible de vous faire changer ? 

Je ne pense pas que ce soit possible. C’est comme avec un footballeur : si tu es attaquant, tu ne peux pas tout à coup devenir défenseur. Ta nature est d’être attaquant et même si l’on te dit que tu dois devenir défenseur, l’attaquant reste en toi. C’est comme ça que ça fonctionne. Alors non, je ne changerai pour personne. 

Racing

Verstappen a de grandes chances d’atteindre les sommets de la F1 en 2017.

© Vladimir Rys

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La F1 a une très courte mémoire et au Brésil vous avez été acclamé comme le prochain Ayrton Senna. Était-ce une sorte de revanche ?

Non, parce qu’il s’agit de F1 : tu n’es bon que par rapport à ta dernière course. Une course et on parle de toi positivement, une autre et ça peut être vraiment négatif. C’est pour ça que c’est mieux de ne pas suivre les médias. Je ne suis ni sur Twitter, ni sur Facebook ni sur Instagram. 

« En Formule 1, tu n’es bon que par rapport à ta dernière course. »


À São Paulo, vous avez trouvé des trajectoires sorties de nulle part. Comment avez-vous fait ?

C’était du bon sens. Quelque chose que tu apprends en karting. Tu essaies toujours différentes voies et mon père m’a précisément appris à faire cela sous la pluie : les points d’adhérence peuvent changer extrêmement vite. Une fois que tu es sûr d’avoir trouvé cette adhérence, tu freines plus tard, plus fort ; ça génère plus de température. La température va des disques aux jantes, réchauffe le pneu et ça va de mieux en mieux.

Alors pourquoi personne n’a fait de même ?

La plupart des mecs plus âgés ont oublié, en ne faisant pas beaucoup de karting, ne s’entraînant pas sous la pluie. Peut-être pensent-ils aller plus vite d’une manière plus complexe, alors qu’en fait c’est plutôt basique.

Parlons des plus âgés… Les critiques portées contre vous sont venues de pilotes comme Räikkönen et Vettel, qui, quand ils sont arrivés en F1, ont essuyé les mêmes critiques de rivaux plus âgés prétendant qu’ils prenaient trop de risques, qu’ils devaient se calmer. Ont-ils oublié le feu de leur jeunesse ? 

Plus on vieillit, plus on devient prudent. C’est normal. C’est normal. Je pense que quand j’aurai 65 ans, je serai pareil ! Plus tu es jeune, plus tu cherches le meilleur résultat, tu as ce feu en toi ! C’est peut-être moins le cas avec les années. 

La nouvelle voiture de max.

© youtube // mad max

En ce moment, êtes-vous plutôt en mode risques acceptables ou vraiment limites ?

Le premier. Je pense que je me trouve là en ce moment, dans une zone de risques acceptables.

Avez-vous tendance à être sans pitié, cet instinct nécessaire à qui veut devenir champion ?

Oui, je pense. Il faut avoir cet instinct si on veut obtenir quelque chose en F1. Cela ne vient pas tout seul. Il faut travailler, se battre, sur et à l’extérieur des circuits.

Max Verstappen

© Vladimir Rys

Vous avez un coéquipier coriace dans votre équipe, Daniel Ricciardo. La relation entre pilotes est toujours plus facile quand l’équipe ne se bat pas pour les plus grands enjeux. Et s’il y a un titre en jeu ?

Il doit y avoir un respect mutuel en dehors et sur les circuits et je pense qu’on s’en sort très bien. Même si on commence à s’affronter pour un championnat du monde, je pense qu’il y aura toujours autant de respect car c’est une des valeurs qui rassemblent les pilotes. Dans des cas comme ça, on est amenés à voir qui est le plus rapide sur le circuit, mais toujours dans un esprit sportif, et je suis sûr que ça se passera de cette manière entre Daniel et moi si ça se présente.

Vous avez 19 ans, vous avez gagné un Grand Prix, fini cinquième seulement de votre deuxième saison, figurez parmi les plus grands pilotes de F1 et vous pourriez continuer pendant 20 ans. Où s’arrête le talent ?

J’espère que ce sera à l’âge de la retraite. Et j’espère que d’ici là, je continuerai à m’améliorer.

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03 2017 The Red Bulletin

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