Stéphane Peterhansel

La saveur du Dakar est-elle inaltérable ?  

Entretien : Werner Jessner 
Photos : Flavien Duhamel / Red Bull Content Pool et Velizy-Villacoublay / Red Bull Content Pool

25 départs, 11 victoires, aucun pilote du rallye Dakar n’a connu autant de succès que Stéphane Peterhansel. Quel est donc son moteur ?

THE RED BULLETIN : Depuis 1988, chaque année débute pour vous de la même manière, avec un Dakar… N’avez-vous pas encore tout vu et
tout connu ?
 
STÉPHANE PETERHANSEL : Ma grande passion, c’est l’exploration de nouveaux pays. L’itinéraire du Dakar change chaque année, par conséquent il y a toujours de nouvelles choses à découvrir.

Inutile pour cela d’être pilote de rallye.
C’est vrai. En septembre j’ai traversé le Lesotho à vélo.

Pourquoi le Lesotho ?
Le Lesotho est entièrement enclavé dans l’Afrique du Sud. Je n’y étais jamais allé, et comme le Dakar se déroule en Amérique du Sud, je n’étais pas prêt de m’y rendre.

Et pourquoi à vélo ?
D’une manière ou d’une autre, il faut bien se préparer physiquement pour le Dakar.

Tout de même : déjà 25 participations au rallye Dakar…
Ma deuxième passion est effectivement le sport mécanique. Le Dakar est pour moi l’association parfaite.

Après tant d’années, n’avez-vous pas le sentiment d’avoir fait le tour de la question ?
J’ai fait 18 Dakar en Afrique. À chaque fois le ciel était différent, sans parler du sable et des odeurs.

« J’ai vu des pilotes mourir sous mes yeux, d’autres condamnés à la chaise roulante »
Stéphane Peterhansel

Quel a été le plus bel endroit ?
Côté paysage, j’ai adoré le Sud algérien. Au niveau organisation, l’itinéraire Paris-Le Cap fut le plus varié. En Amérique du Sud, l’environnement de la cordillère des Andes est spectaculaire. Humidité, sécheresse, altitudes extrêmes : les voyageurs sont servis.

Quel est l’âge idéal pour remporter le Dakar ?
À 35 ans, je considérais mon compatriote Jean-Louis Schlesser comme un vieil homme. Aujourd’hui je suis toujours plus jeune que lui lors de sa dernière victoire. 49 ans, ce n’est pas vieux ! Dans la tête je suis encore jeune, et physiquement je me sens encore au top.

Combien de temps voulez-vous continuer à piloter ? 
Une sixième victoire en catégorie Auto me plairait bien. J’ai gagné six fois en moto. Le palmarès deviendrait symétrique. Quoi qu’il en soit, je suis lié avec Peugeot encore trois ans.

À l’assaut de l’Amérique du Sud

L’édition 2015 du Rally Dakar, l’une des compétitions automobiles de rallys les plus extrêmes au monde, se déroulera du 4 au 17 janvier, en Argentine et au Chili. 

Est-ce la peur qui vous a poussé à délaisser la moto pour la voiture ?
L’instinct de survie plutôt. Sur dix départs en moto, je n’ai subi aucun accident grave. J’ai vu des pilotes mourir sous mes yeux, d’autres condamnés à la chaise roulante. J’ai toujours eu le sentiment d’avoir tout sous contrôle. C’était peut-être illusoire. Et puis il y avait cette lassitude…

Lassitude ?!?
Oui. Sous le casque, on est toujours seul, dans les meilleurs moments comme dans les pires. Dans la voiture, on peut partager ses émotions avec le copilote.

La fiche

Identité
Stéphane Peterhansel

Naissance
6 août 1965 à Echenoz-La-Méline, Haute-Saône 

Premier Dakar
1988 en Yamaha

Palmarès au Dakar
1991, 1992, 1993, 1995, 1997, et 1998 sur Yamaha, catégorie Moto. Passe en catégorie Auto en 1999 et remporte le Dakar en 2004, 2005 et 2007 sur Mitsubishi, en 2012 et 2013 sur Mini. Termine par ailleurs deux fois 2e et une fois 3e. Seulement 2 abandons en 25 participations. 


Votre voiture préférée ?
J’ai toujours eu des voitures rapides à quatre roues motrices. En 2015, je prendrai pour la première fois le départ dans une Buggy à roues motrices arrière, la Peugeot 2008 DKR. Même si, à trois mois du départ, je n’ai toujours pas le sentiment que cette voiture est capable de gagner, c’est celle que j’ai le plus de plaisir à conduire.

C’est le pilote du constructeur qui parle ?
C’est sincère. Le règlement autorise plus de débattement aux buggys qu’aux véhicules à quatre roues motrices, cela convient mieux à mon style de pilotage, souple et posé. Plus les pistes sont mauvaises, plus la Peugeot est performante.

Qui sera le plus rapide : votre coéquipier Carlos Sainz ou vous ?
Lui, pour l’heure. Son expérience avec les buggys est supérieure.

Vous pouvez toujours essayer les camions.
Je l’ai fait une fois l’an dernière. Ça n’avance pas. Rien à voir avec la voiture. Sans intérêt !

Ou le skateboard ?
J’en ai fait pour la dernière fois il y a dix ans, je rangeais mon garage et je suis tombé sur ma vieille planche. Ce sport a beaucoup évolué depuis mon enfance voilà presque 40 ans. Les jeunes ne savent même pas que ça existait déjà à l’époque.

L’âge qui vous rattrape ?
Plutôt un rappel qu’il faut rester dans le coup si on ne veut pas être lâché en route.

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01 2015 The red bulletin

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