Red Bull Éléments

L’union fait la force

Texte : Patricia Oudit
Photo : Jan Kasl/Red Bull Content Pool

Quatre relayeurs, trois éléments. C’est le pitch du Red Bull Éléments, sur les rives du lac d’Annecy, le 23 septembre prochain. Mais ce que l’on va vous raconter, c’est une histoire de mousquetaires de l’outdoor. Un pour tous, tous pour un.

Au bout de la ligne droite, au cœur du village de Talloires, déboule l’un des derniers participants. Lui, n’en a plus, de cœur. Il en a tellement mis à l’ouvrage. La pression de partir le premier sûrement. D’être le maillon initial d’un rouage plus ou moins huilé, préparé. Pensez ! Quatre sportifs : rameur, traileur, parpentiste, vététiste, se donnant le relais dans une même équipe, on n’avait jamais vu ça avant le premier Red Bull Éléments, relais sans équivalent inauguré en 2011 – et dont l’édition 2017 verra un nageur exténué remplacer le rameur carbonisé.

Pas aussi simple qu’un 4×100 m, ce pari de transversalité. Surtout quand il faut faire avec les éléments, hostiles par nature, dès qu’on ose l’altitude et sa météo instable. Un relais unique, donc, incertain jusqu’à l’issue tant le terrain peut se montrer joueur avec les pros, comme les amateurs.

Red Bull Éléments

Premier relayeur, le rameur, remplacé cette année par le nageur, est celui qui donne le rythme.

© Jan Kasl

Revenons à l’élément premier. Les eaux calmes et claires du lac au petit matin. Après un départ en masse – 70 équipes à l’attaque – ce sont 2 800 m de nage qu’il faudra désormais assurer au Red Bull Éléments, en deux tours, suivi pour le premier de 400 m et pour le second de 600 m de course à pied.

D’UNE GALÈRE À UNE AUTRE

Red Bull Éléments, 7e du nom :
skiff versus slip (de bain)


Cette année, la nage en eau libre – associée à la course à pied – remplace l’aviron dans un exercice de Swim & Run à grand spectacle. Le profil de cette épreuve matinale et accessible au public depuis le cœur du village ? Un départ en mass start de la plage de Talloires. Soit 2 800 m d’un parcours à suspense sur deux tours avec une première salve de 1 500 m de natation, assortie de 400 m de course à pied au niveau de l’embarcadère. La seconde partie de nage de 1 300 m sera suivie de 600 m de running, avec une sortie au bout de la baie de Talloires (Roc de Chères) et un passage de relais sur le port de Talloires. Hormis ce changement, le format de course et l’ordre de passage restent inchangés : nage, trail, parapente, VTT. 

redbullelements.com


Lorsque le nageur surgira de l’eau, réalisant le sprint le plus humide de toute sa carrière, c’est à bout de souffle et de muscles qu’il tapera dans la main de son équipier traileur, prêt à s’élancer à l’assaut de la Tournette, 11,2 km plus haut. Une chaîne de performance solidaire.

Au sortir d’une brume bien trop glacée, le traileur se fait masser les mains – gelées – par son successeur parapentiste. Lequel, après avoir survolé le vert émeraude du lac d’Annecy, fait trois atterrissages et autant de décollages, rate la micro-barge sur laquelle il est censé atterrir dans le lac, court comme un dératé, voile placée en corolle et suspentes emmêlées pour compenser la perte au chrono.

Puis lessivé, tape dans la main du dernier, le vététiste qui part pour 22 km, et qui, de monotraces rachitiques en passerelles branlantes, finit en aveugle, sans savoir grand-chose de son classement. Mais qui va piocher au fond, tout au fond, parce que l’esprit d’équipe est un formidable accélérateur de performances. L’union fait la force, dit-on. 

Red Bull Éléments

Deuxième relayeur, le traileur donne tout dans les 11,2 km de montée qui le séparent du sommet.

© Damien Rosso

Pourtant, quand le mot de relais outdoor est prononcé en 2011, le scepticisme est de mise. Un relais ? Pardon ? Comment rendre lisible une telle épreuve, sur un terrain aussi vaste ? Comment pourront s’entendre dans la même équipe des stars de différentes disciplines, par essence individuelles ? Une foire à l’ego en vue ? Ce n’est pas parce qu’on agrège les plus forts que cela fait une équipe qui gagne, les footballeurs pros peuvent en témoigner. Bref, la mayonnaise allait-elle prendre autour du lac d’Annecy ou finir, ratée et indigeste, dans ses profondeurs ?

Quel que soit le tempo, la motivation est claire : solidaires dans la sueur, courageux dans l’engagement. Même si l’amateur ne joue pas le même chrono que l’athlète professionnel du haut du tableau, le tout est de ne pas confondre ce relais avec une promenade de santé.

Les doutes sont vite levés. En découvrant le camp de base d’abord : Talloires, située sur la rive est, à 447 mètres d’altitude au pied du Lanfonnet, Roche Murraz (1 768 m), des Dents de Lanfon (1 824 m) et de La Tournette (2 351 m), le point culminant du lac où allaient bientôt s’éparpiller les traileurs. Impossible de rêver mieux pour un relais multisports que ce terrain de jeu grandeur nature, site pionnier du parcours-aventure. Le niveau ensuite : l’événement n’est pas qu’un raid-aventure pour les forts de la nature. L’horizon reste ouvert aux amateurs. Pour peu que ce soit sur l’air des Copains d’abord. Car quel que soit le tempo, la motivation est claire : solidaires dans la sueur, courageux dans l’engagement. Même si l’amateur ne joue pas le même chrono que l’athlète professionnel du haut du tableau, le tout est de ne pas confondre ce relais avec une promenade de santé. 

Red Bull Éléments

Troisième relayeur, le parapentiste décolle du haut de La Tournette et son panorama saisissant sur le lac.

© Tim Llyod

Sur le lac, pas le temps de rêver le long du Roc de Chère et ses falaises de 37 m de haut en direction du romantique château de Duingt, quand bien même on aurait envie d’y réveiller la Belle au Bois Dormant. Dans la Montée de La Tournette, le traileur mute dahu dans les dalles raides et les échelles. Dans le chemin de Planfait, le parapentiste bataille avec les pierriers qui, s’il pleut, deviennent patinoire. Le vététiste porte son vélo dans les montées, fuse à Mach 2 dans les descentes mais, il peut se rassurer : cette année, le parcours promet d’être plus roulant. Amateurs, certes. Mais éclairés et entraînés. Et qui pourront, l’espace d’un instant, se mesurer aux meilleurs, du moins voir l’écart qui les en sépare. 

Red Bull Éléments

Dernier relayeur, le vététiste doit être polyvalent, maîtriser le hors-piste et aimer la descente. Après lui, c’est top chrono.

© Richard Bord

On le sait : crapahuter dans les airs, sur l’eau ou dans la boue à côté de champions, est aussi une incroyable source de motivation. Ceux-là, enfin, se côtoient, au moins une fois par an, depuis Red Bull Éléments. Nageurs, traileurs, parapentistes, vététistes de haut niveau : tous membres de la même planète outdoor, dont les chemins ne se croisaient que peu, voire jamais auparavant. Tous réunis, dans l’effort, la bonne humeur, le partage. Lors de la première édition, Kilian Jornet, star mondiale du trail, résumait bien l’esprit de l’épreuve. « C’est en discutant avec Martin Fourcade (multiple champion du monde et champion olympique de biathlon, ndlr) qu’on a eu l’idée d’y participer. Nous sommes de bons amis et on avait envie de faire quelque chose ensemble. C’était l’occasion parfaite ! Après, on a cherché des personnes pour l’aviron et le parapente (Jérémy Pouge et Martin Bonis, ndlr) et on a constitué une belle équipe. On vient pour la perf, mais aussi et surtout pour passer de bons moments ensemble, vivre de nouvelles émotions. Ce qui me motive plus que tout, ce sont les paysages ! Pour un fou de nature et de montagne comme moi, arriver au sommet de la Tournette, voir le lac d’Annecy en bas et le Mont-Blanc en face, c’est absolument magnifique. »

Cliquer pour lire la suite
04 2017 The Red Bulletin

Article suivant