Red Bull Hardline

Red Bull Hardline : du VTT DH hard…core

Texte : Matthew Ray
Photos : Richie Hopson

Considérée par beaucoup comme la course de descente VTT la plus difficile au monde, le Red Bull Hardline est une bête féroce dressée pour ne faire qu’une bouchée des riders non préparés. Mais quelle force invisible pousse donc les concurrents à se jeter dans la gueule d’un tel monstre ? 

Alerté par un cliquetis et un vrombissement intenses, un amas de spectateurs scrute l’étroit sentier duquel surgit un rider vigoureusement secoué par un pierrier densément fourni, épaules relevées et bras placés pour absorber les chocs. Le rider et le VTT fusent à toute allure, en passant à quelques mètres seulement des visages de la foule. La vitesse et la proximité de l’action sont telles que la seule manière d’appréhender les mouvements est de se mettre en mode rafale, à la manière d’un appareil photo. Le rider atterrit sur une longue rampe en bois, puis accélère en moulinant intensément avant de se propulser dans le vide, comptant sur sa force et sur la providence pour l’aider à traverser ce gouffre improbable de près de 20 mètres. 

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Nous sommes au pied du Road Gap sur le Red Bull Hardline 2016, au fin fond de la vallée de Dyfi, au Pays de Galles. On vient y admirer les riders qui s’élancent loin au-dessus du sol, parcourant des distances aériennes insensées, sans aucune assistance. Il faut le voir pour le croire. C’est un saut gigantesque, et l’on en vient à se demander si les athlètes qui se préparent aux premiers runs de cette course titanesque ont réellement conscience du défi terrifiant qui les attend.

Mick Hannah

mick hannah

Le vétéran australien, alias « Sik » Mick a assuré le spectacle cette année, enchaînant les suicides no-handers – sa marque de fabrique – tout au long du parcours.

© RICHIE HOPSON


Le rider australien « Sik » Mick Hannah nous donne la réponse. « Il est impossible d’évaluer ce qu’on fait en se basant sur des vidéos ou des photos qui ne rendent pas compte de l’ampleur des difficultés. Quand je suis venu ici, j’étais soufflé par l’immensité du lieu. » L’aveu est de taille pour un homme qui a terminé deuxième aux championnats du monde de VTT 2013 et troisième lors de l’épreuve de coupe du monde de Cairns, en Australie, en 2016. Bien que les riders réunis ici soient tous des professionnels aguerris participant à la coupe du monde de descente, le Red Bull Hardline est une course qui leur inspire un profond respect et qui les oblige à repousser leurs limites, ne serait-ce que pour se présenter sur la ligne de départ.

L’homme qui a amené les concurrents au bord de ces limites est le maître du VTT Dan Atherton. C’est en 2013 qu’Atherton décide de concevoir une course de descente sur ses terres. Il souhaitait alors offrir un véritable challenge aux meilleurs riders du monde. Mais même lui ne se doutait pas de l’ampleur que son initiative pourrait prendre. « J’ai créé un genre de monstre qui vit désormais en parfaite autonomie », nous explique-t-il.

« Cette course est assurément un cran au-dessus, affirme Hannah. Les sauts ne sont pas les plus longs et les difficultés techniques ne sont pas les plus corsées, mais ce qui la rend si exigeante, c’est l’association entre passages en forêt, pierriers, drops, step-up, step-down et doubles qui vous obligent à adapter votre technique en permanence. » 

« Il est important de se remémorer les faits. La confiance n’est pas qu’une question de feeling ; elle repose sur la vérité et des faits avérés. » 
« Sik » Mick Hannah

Malgré leur allure paisible et débonnaire, les montagnes de la vallée de Dyfi acheminent depuis la nuit des temps des torrents d’eau de source vers la mer, façonnant des pistes escarpées et plongeantes, idéales pour être dévalées en VTT. En outre, elles sont particulièrement hautes. La course présente en effet un dénivelé supérieur à celui de la coupe du monde à Fort William. Ses pentes vertigineuses et ses sauts démesurés confrontent chaque rider à ses propres limites. Vieux renards chevronnés comme les jeunes loups débordant de confiance. 

En ce jour d’entraînement, la chaleur du soleil d’automne dissipe les nuages tandis qu’une fraîche brise dévale de la montagne. Une météo proche de la perfection, à l’extrême opposé de celles de l’an dernier, quand des vents violents et des pluies torrentielles avaient réduit en miettes les riders et ruiné leurs sauts. 

Ruaridh Cunningham

Ruaridh Cunningham

Le rider écossais et vainqueur du Red Bull Hardline 2015 va enfourcher son VTT pour défendre son titre.

© Dan Hearn / Red Bull Content Pool

« Ça relevait presque de l’épreuve de survie, confie le vainqueur surprise de l’édition 2015, Ruaridh Cunningham. L’entraînement ressemblait à Hunger Games, les riders décollaient des tremplins mais disparaissaient dans les arbres à droite ou à gauche. Cette année, je dois sans cesse repousser mes limites, mais quand les sauts proposés sont les plus gros que tu aies jamais tentés, tu kiffes. »

Malgré la camaraderie bon enfant qui règne sur cette course, personne ne la prend à la légère admet Cunningham. « Les principales difficultés sont impressionnantes, mais même si vous les enlevez, ça reste une course d’enfer, hyper technique, avance-t-il. La section intermédiaire à l’air libre est super raide, très rocailleuse et étroite, sans compter que nos VTT ont des roues gonflées à bloc et des suspensions plus dures pour gérer les gros sauts, les chocs et les réceptions. [Dan Atherton] a créé un vrai monstre, mais on est là pour l’affronter. »

L’Écossais a déjà triomphé ici par le passé, et il est convaincu qu’il est de taille à se mesurer au monstre. « Je ne viens pas ici pour gagner à tout prix, précise-t-il prudemment, mais si je suis mon plan à la lettre et que je sors la course dont je me sens capable, je pense que j’ai de réelles chances de gagner. En tout cas, demain, au départ, une fois le chrono lancé, je serai prêt. » 

Les vététistes les plus courageux se lancent sur la piste de Red Bull Hardline conçue par Dan Atherton au Pays de Galles.

© Youtube // Red Bull

Il est fort à parier que Bernard Kerr ne sera pas loin derrière. Le rider anglais a réalisé une percée cette saison sur le circuit de la coupe du monde, terminant à la quinzième place. Il est réputé pour être très à l’aise sur les sauts de grande amplitude, mais la course l’a déjà durement atteint.

« J’ai fait une lourde chute hier, regrette Kerr. J’ai super bien négocié le step up Renegade les trois premières fois, puis en l’abordant au passage suivant, j’étais vraiment trop relax et je me suis retrouvé beaucoup trop court. J’ai lâché le vélo dans les airs pour assurer ma chute, j’ai atterri sur le dos dans la zone de réception, et deux autres riders ont failli m’écraser. Ça vous secoue pas mal et vous rend vénère. J’ai mal à la nuque et au dos, mais j’ai ridé aujourd’hui. Donc tout va bien. » 

Bernard Kerr

Bernard Kerr

Le rider anglais à la troisième place en 2015 est sorti vainqueur du Red Bull Hardline 2016. « J’étais confiant à l’approche de la finale, mais je savais aussi que je pouvais ruiner mes chances en une fraction de seconde. »

© Richie Hopson

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 Le matin suivant est porteur de bonnes nouvelles : le Français Alexandre Fayolle est sorti de l’hôpital, et même s’il ne pourra prendre part à la course aujourd’hui, il fait savoir qu’il va bien. C’est un soulagement pour Hannah. « Je côtoie Alex de très près tout au long de la saison et j’apprécie énormément de l’avoir comme coéquipier, confie-t-il, tout en admettant que sa chute l’a beaucoup affecté. Dur de rebondir après un tel choc et de rester concentré avant d’enfourcher son vélo à son tour. Ça nous rappelle que, même si cette course est dans nos cordes, quand ça tourne mal, ça peut faire très mal. Il faut respecter cela. » Compte tenu de l’extrême niveau d’exigence de cette piste, certains riders n’ont encore jamais parcouru l’intégralité de la piste sans s’arrêter avant de se lancer dans les runs de qualification. 

Adam Brayton

Adam Brayton dans un run agressif qui semblait devoir lui offrir la deuxième place du podium devant Ruaridh Cunningham. Mais le natif du district de Lake terminera finalement de très peu à la troisième place.

© RICHIE HOPSON

« C’était mon premier run complet, affirme Ruraidh Cunningham en commentant sa descente. Physiquement, le parcours est très dur parce qu’il n’y a aucun répit – ou alors, si vous avez l’impression de vous reposer un peu, c’est que vous êtes dans les airs ! Cette course se gagne et se perd dans les passages entre les sauts, les sections techniques dont personne ne parle. Dans ce run, j’ai un peu cafouillé, j’ai perdu du temps. » 

Gee (32 ans), le frère de Dan Atherton (35 ans), donne le ton. Passant outre une douleur à l’épaule provoquée par une chute à l’entraînement, il réalise un temps de référence qui suscite l’admiration de ses concurrents. Il aura fallu un run infernal de Cunningham pour déloger Atherton de la première place, mais le plus jeune des deux riders admettra après coup qu’il a dû évoluer à un niveau inédit pour prendre la tête, à ses risques et périls.

« C’était sauvage. J’ai commis de telles erreurs, raconte-t-il. Ça m’a mis en rogne et j’ai essayé de me rattraper en en remettant une couche. Mais ça ne fonctionnait pas, et en abordant le step up Renegade, j’ai essayé de me détendre. Et à partir de là, tout a fonctionné comme sur des roulettes. » Sur les vingt riders qui se sont présentés au départ en début de semaine, seuls quatorze sont allés au bout. Un taux d’échec particulièrement élevé. 

Taylor Vernon

La vallée de Dyfi, dans le Powys (Galles centrales) offre un cadre extraordinaire au Red Bull Hardline. Mais pour les riders, y compris Taylor Vernon, pas le temps de s’arrêter pour profiter du paysage.

© Rutger Pauw / Red Bull Content Pool

« En 2016, l’entraînement c’était du Hunger Games, tu décollais des tremplins et puis tu disparaissais dans les arbres. » 
Ruaridh Cunningham

On pourrait s’attendre à ce que les riders insouciants prompts à foncer dans le tas sans calculer fassent plutôt partie des recalés du final run. C’est pourtant exactement l’impression qu’a laissée Bernard Kerr lors de son mémorable final victorieux : téméraire, approximatif et fascinant à observer. La vitesse à laquelle il a évolué est tout aussi incroyable, et si l’on en juge par l’expression de ses yeux à l’arrivée, elle était aussi affreusement dangereuse.

« C’était chaotique mec, totalement, lâche-t-il. Mon temps de qualification m’a donné confiance, mais j’ai répété pendant tout le weekend que je prenais du plaisir et je pense que c’est cela qui m’a aidé à être plus rapide. »

Finalement, Bernard Kerr relègue Cunningham à peine plus de deux secondes derrière lui et remporte la victoire. Infime écart pour une course aussi technique et exigeante, et celui qui sépare les concurrents suivants l’est encore plus : Cunningham ne devance Adam Brayton et Gee Atherton, troisième et quatrième, que d’une seconde. 

Gee & Dan Atherton

Dan Atherton, créateur du Red Bull Hardline (à gauche) et son frère Gee rejoignent les spectateurs pour assister au final run de l’édition 2016 sur grand écran.

© RICHIE HOPSON

Mais sans doute cet écart reflète-t-il la différence entre la simple capacité à maîtriser le parcours et l’aptitude à dompter la bête.

Cette différence se situe sans doute quelque part entre le ride sauvage à l’extrême limite et l’art de transformer l’excès de confiance en parfaite maîtrise. Grâce à Kerr et Cunningham, et tous les riders qui ont bravé la course de descente la plus dure au monde, ces forces malgré tout antagonistes ont offert un spectacle à couper le souffle.

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03 2017 The Red Bulletin

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