Sébastien Loeb im Interview vor der Rallye Dakar

Sébastien Loeb au départ du Dakar 2017

Texte : PH Camy
Photos : Flavien Duhamel/Red Bull Content Pool

Il a quitté le rallye, 9 fois champion du monde. Le volant, jamais. Pour la seconde fois sur le Dakar, Seb Loeb s’est risqué dans d’autres missions, quitte à abîmer son statut de légende.

THE RED BULLETIN : Seb, est-ce que je m’adresse aujourd’hui à Monsieur Loeb le nonuple champion du monde en rallye WRC, ou au pilote, dans sa globalité ?

SÉBASTIAN LOEB : Au pilote. Je ne me lève pas le matin en me disant : « Je suis neuf fois champion du monde ! » C’est intégré, j’en suis fier, mais je n’y pense pas souvent.

En 2013, plutôt que de prendre une retraite méritée en patron du rallye, vous décidez de vous lancer dans d’autres disciplines, au risque, en cas d’échec, de ternir un palmarès unique…

Je n’ai jamais roulé pour être quelqu’un mais parce que j’aime ça. Mon but premier, ce n’est pas mon image, mais vivre ma vie comme je l’entends. Le plaisir du pilotage, la niaque, l’esprit de compétition, j’en avais besoin. C’est ma motivation.

Cliquer pour lire la suite
« Sur un Dakar, avec mon copilote, on doit reconstruire notre façon de fonctionner, on part de zéro. »
Seb Loeb

Quand on est une autorité dans une discipline, quel est l’état d’esprit en s’engageant dans de nouveaux challenges, en « bleu » ?

Dans les disciplines auxquelles je me suis frotté et me frotte encore, tu ne te pointes pas en observateur, on parle de championnats du monde, tu viens aussi pour apprendre, comprendre, et faire en sorte que ça marche.

En 2014 et 2015, en WTCC, vous avez bataillé contre José María López, sans vous imposer. C’était rageant de s’approcher du mec au top et de ne pas y arriver ?

C’était parfois frustrant, mais tu es obligé de l’accepter : dans cette discipline-là, il est meilleur que toi. À la différence d’un jeune pilote, je ne jouais pas ma carrière. López est meilleur, c’est la vie (rires) ! Si je bataillais contre lui, c’était pour le plaisir.

Sébastien Loeb

Plus qu’aucun autre pilote. Pour son premier Dakar en 2016, Seb Loeb s’octroie quatre victoires d’étapes.

L’échec, se dire que l’autre est trop fort, ça vous a apporté quoi ?

Ça m’a permis de réaliser que le rallye était adapté à ma façon d’être, ce pilotage au naturel, la découverte, l’improvisation, la lecture du terrain. Sur circuit, en WTCC, c’était beaucoup d’analyses, regarder comment fait l’autre, virage après virage, recopier, répéter… C’est dur, déjà moins amusant.

Dakar Rally

Il attaque le Dakar avec la Peugeot 3008 DKR. Cette fois, le hors-piste n’est pas une inconnue pour Seb.  


Le Rallycross, dont vous avez bouclé votre première saison, était-il plus attrayant ? 

J’y retrouve le pilotage naturel que j’aime, c’est plus décontracté. Ça se joue à rien, et pour être au top, c’est chaud. Certains week-ends, tu sais que tu peux être le plus rapide, mais tu te prends un coup dans la porte au premier virage… pas de finale.

Ne pas tout maîtriser, c’était nouveau pour vous ?

En rallye, si tu es le plus rapide, tu es le plus rapide. Là, tu es plus à la merci des autres, c’est excitant. Au départ, tu as beaucoup de tension, avec des caisses qui marchent super fort, la bagarre est intense, ça se frotte, ça se touche, il faut s’imposer. Et ce format, pour la télé, le show, c’est sympa. En rallye, sur un super passage où le connaisseur aurait pu dire : « Putain, ce qu’il a fait, c’est magnifique », encore fallait-il qu’il y ait une caméra, et que le téléspectateur comprenne.

Sébastien Loeb lors d’un entraînement avant le rallye Dakar.

© youtube // Red Bull

Cliquer pour lire la suite

Ça a pu vous manquer, qu’il ne comprenne pas ?

Je ne roule pas pour ça.

Votre premier Dakar en janvier 2016, était-ce vraiment l’ultime défi de Seb Loeb ?

J’arrivais en rookie, et mon copilote (Daniel Elena, ndlr) avec lequel j’avais remporté mes neuf titres en WRC était dans la même situation. L’expérience pour se guider sur la bonne route, jauger le rythme, on ne l’avait pas. Il nous a fallu nous construire ensemble à nouveau, partir de zéro. 

Dakar = galères. Est-ce qu’à un moment, vous vous êtes dit : « Qu’est-ce que je fous là, je serais mieux chez moi à contempler mes trophées de WRC… » ?

Je me le suis dit, ouais (sourire). Dans les spéciales hors-piste. Ce n’était pas mon domaine, pas mon terrain. Tu fais des tonneaux, tu essaies de réparer, tu t’enlises. Rouler dans des ornières sur 20 km, c’est inintéressant, ce n’est pas du pilotage !

Sébastien Loeb in Aktion

Il y a tout de même un accomplissement à surmonter l’inconnu. L’apprentissage dans la difficulté vous a-t-il amélioré ? 

On est différent. C’est un autre métier. Être copilote en WRC ou sur un Dakar, pour Daniel c’est un travail qui n’a rien à voir.
 
Il fallait effacer 15 ans de rallye, le record des titres dans la discipline ne vous était donc d’aucun recours ?

Les effacer ou pas, mais tu recommences à zéro, presque à zéro. Au Dakar, on n’a pas de notes, pas de repères, on part juste avec un roadbook, à l’aventure, dans des endroits qu’on ne connaît pas. Daniel a son roadbook qui lui dit par exemple qu’il y a 10 km à faire dans la végétation et qu’on tombera sur une piste.

« À un moment, il faut qu’on arrête de chercher qui est fautif, il faut que l’on réussisse ! »
Seb Loeb


Au bout de 10 bornes, tu arrives à 500 mètres, 400 mètres, 300 mètres, zéro mètre… et pas de piste. Alors, qu’est-ce qu’on fait ?

Sébastien Loeb a-t-il dû apprendre à se perdre ?

Le problème n’est pas tant de se perdre, car tout le monde, même les meilleurs, se perd. Il faut se retrouver vite. Ça n’est pas que du pilotage. La réflexion, la navigation, la relation avec le copilote, c’est super intéressant comme challenge. Même si on avait notre expérience commune avec Daniel, sur un Dakar, on doit reconstruire notre façon de fonctionner, on part de zéro.

Après des années d’excellence en rallye, sans faillir, avec lui à vos côtés, au Dakar, l’erreur de Daniel peut vous coûter la victoire… est-ce que vous l’assumez ?

Oui, même si c’est très frustrant. Au Silk Way (rallye-raid de 10 700 km entre la Russie et la Chine en juillet 2016, ndlr), à deux jours de la fin, Daniel rate deux points de passage et on prend quatre heures de pénalité. C’était terminé pour nous. Ça fait partie de l’expérience, de mon apprentissage et de celui de Daniel.

Il faut aussi assumer que, à l’inverse, la victoire de Daniel dépend de vos erreurs ?

Bien sûr. L’an dernier au Dakar, on est partis en tonneau (accident qui a signé leur défaite, et une neuvième place, ndlr), et c’était de ma faute. Mais à un moment, il faut qu’on arrête de chercher qui est fautif, il faut que l’on réussisse !

Sébastien Loebs Peugeot 3008 DKR

Des villes aux pistes : la Peugeot 3008 DKR de Loeb sur le Dakar 2017 s’inspire d’un SUV grand public.

Continuer à rouler dans d’autres compétitions, finalement, ça valait le coup ?

J’ai la chance depuis de nombreuses années de vivre de ma -passion, ce qui n’est pas donné à beaucoup, et la réussite dans ma passion m’a permis de continuer à vivre toutes ces expériences qui me procurent du plaisir. Rouler, la course, c’est ce que je sais faire de mieux… alors, est-ce que ça valait le coup ? Oui ! Si je n’avais rien fait, on parlerait de qui ? Du « vieux Loeb » qui a été neuf fois champion du monde « à l’époque » ?

Nous, les novices, avons l’impression qu’un pilote exceptionnel est un pilote bon partout. Est-ce que ça peut être le cas ?

Ce sont des métiers différents. Le Rallycross et le Dakar sont deux disciplines qui me plaisent, pourtant ce sont les plus opposées du sport auto : le sprint de deux minutes et l’endurance de 6 heures.

Si vous reveniez en rallye, fort de ces expériences diverses, seriez-vous un meilleur pilote « qu’à l’époque » ?

Concernant l’efficacité du style de pilotage, j’ai beaucoup appris. Mais le fait de ne plus avoir roulé en rallye depuis des années me coûterait sûrement plus cher que ces acquis. Quoique ? Je n’en sais rien…

Cliquer pour lire la suite
12 2016 The Red Bulletin

Article suivant