Jetman X Patrouille de France

#TBT : les Jetmen ont volé avec la Patrouille de France

Texte : PH Camy
Photos : Airborne Films

C’était en novembre dernier, quelque chose d’extraordinaire dans le ciel français : trois humains équipés d’ailes propulsées évoluent en formation serrée avec la Patrouille de France. On a demandé à deux des Jetmen, Fred Fugen et Vincent Reffet (aussi des skydivers connus sous le nom de Soul Flyers), de revenir sur ce jour historique, en mode Throwback Thursday.

THE RED BULLETIN : Alors, messieurs les Jetmen, ça vous a fait quoi de voler aux côtés de la Patrouille de France ?

FRED FUGEN :
Honnêtement, on encore a du mal à réaliser que c’est vrai, tellement c’était un truc de dingue !

N’importe qui ne vole pas avec la Patrouille de France, alors imaginer des hommes évoluer dans les airs à ses côtés, ça paraît en effet impensable. Le premier défi a sûrement dû être l’organisation d’une telle production ?

FF :
Ça n’a pas pris tant de temps que ça, car nous avions les bons contacts. Ma copine connaissait le directeur de la Patrouille de France, Arnaud Amberg, l’ancien leader de cette patrouille, qui est un passionné de chute libre. Il connaissait bien le projet Jetman. Avant qu’il ne quitte son poste à la PAF (Patrouille de France, ndlr), il lui avait à cœur d’organiser quelque chose avec nous. Et il s’y est tenu ! C’est lui qui a eu les autorisations auprès de l’armée de l’air. Le fait que Yves Rossy (le Suisse est le créateur de Jetman ; c’est lui qui vole avec Fred et Vince, ndlr) était un ancien pilote de chasse, expérimenté, a aussi été un atout. Arnaud Amberg a vraiment été déterminant, et il a volé avec nous, d’ailleurs.

© YouTibe // AIRetCOSMOS

Ok, mais quand bien même tout est calé, avec la Patrouille de France on parle d’évolution aériennes d’une extrême précision, et vous arrivez comme des « corps étrangers » au sein de leur formation. Les contraintes et exigences du protocole aérien devaient être énormes ?

FF :
Ils avaient vu les vidéos où Yves et Vince volent avec un A380, ils connaissent Yves depuis longtemps et ils avaient compris qu’avec Jetman, on parle aussi de précision, de vols très propres. Il n’y avait donc aucune crainte de leurs côtés. Le plus compliqué a été de caler les vitesses de chacun, car les Alpha Jet volent à des vitesses lentes et nous dans des vitesses plutôt élevées, il fallait donc trouver une vitesse qui puisse convenir à tout le monde.

Comment ça s’est déroulé, concrètement ?

FF :
Il y a eu une journée de briefing où on a préparé le vol, on a été sur le tarmac, voir les avions, ils nous ont expliqué les zones de turbulences, là où il ne fallait pas aller. C’est ce qu’ils font tous les jours, en fait. Ensuite, on a fait une première journée avec deux Alpha Jet qui volaient, d’abord Yves tout seul, et Vince et moi. Ça nous a permis de caler les vitesses, de se rendre compte de la précision du vol. À l’issue de cette journée, on a fait un debrief complet, et on a fait le brief de la journée à suivre, celle du vol avec toute la patrouille, en formation. On a déterminé un programme précis de placement, notamment pour les images. Il y avait un avion de l’équipe de voltige de l’armée de l’air qui était en position pour les images, avec un cameraman en passager. Cet avion était un peu un électron libre, qui se baladait autour de la formation. 

© Fred Fugen, à quelques mètres de l’aile d’un des Alphajet.

Comment s’est organisé ce vol en formation ?

FF :
La Patrouille de France était la base, ils volaient en formation et ne bougeaient pas. On les rejoignait et on avait différents positionnements, en fonction des phases prévues pour la vidéo. Le chef videoman dans l’avion de filmage nous donnait des tops pour passer à l’action, aller d’un côté à un autre, mettre les fumées ou pas. On a l’habitude avec Jetman de se placer de manière à ce que, si on a une panne moteur ou un souci, on ne va pas se rentrer dedans. Là, c’était pareil, en cas de souci on était de toute façon plutôt derrière, ou plutôt en haut. On a bien briefé tous les vols en fonction de ça.

Ceci établi, quand on vole avec la Patrouille de France, à l’air libre, la sensation doit être folle ?!

Vince Reffet :
C’est le rêve d’une vie ! Tout le monde a plus ou moins fantasmé devant ces avions, devant ces pilotes qui représentent la France. Un rêve comme ça, ça reste un rêve normalement, mais celui-là a été accompli. On a eu la chance, grâce à l’armée de l’air, et au passé de Yves qui est connu de l’armée de l’air, d’avoir des autorisations pour voler. Yves a piloté des avions, pas nous, à la base, on est des parachutistes, et on ne vole Jetman que depuis quelques années. Même pour un pilote, c’est quasiment impossible de voler avec eux, sauf si tu es dans le circuit militaire, ou toi-même un pilote de la Patrouille de France. Voler en extérieur, à leurs côtés, en tout cas, c’était du jamais vu.

Jetman X Patrouille de France

Les trois Jetman, Yves Rossy, Fred Fugen et Vince Reffet volent en formation avec les 8 Alphajet de la Patrouille de France. Une première mondiale.

« Pour voler avec la Patrouille de France, soit tu es dans le cockpit, soit dans un autre avion, pas dans l’air, comme nous. »

L’expérience de Yves Rossy, l’homme qui a inventé Jetman, semble avoir eu une importance énorme.

VR :
Il nous avait bien briefés. Il est toujours vachement carré, strict sur la sécurité. Pour lui, la sécurité, c’est numéro un. La Patrouille de France nous avait dit qu’elle volait à 145 nœuds, alors on s’est d’abord assurés de pouvoir voler à 145 nœuds (un peu plus de 250 km/h, ndlr), en faisant des essais avec des avions de parachutisme, des Beech 99, en Espagne. En volant à cette vitesse à leurs côtés, on a pu voir qu’on pouvait le faire. Car la première question, c’était bien : « Est-ce que c’est possible, ou pas ? » On a fait quatre ou cinq vols d’entraînements concluants et là on s’est dit : « On peut rejoindre les avions, on peut se placer comme on veut, en toute sécurité ! » Quand on a fait les premiers vols avec la Patrouille de France, on a d’abord pris la température, et on s’est rapprochés progressivement. Je suis parti de l’hélicoptère avec Fred, que je suivais pour faire les vidéos et les photos, et on s’est rapprochés de leurs ailes petit à petit. Là, c’était juste dingue. On se retrouvait à côté d’avions de chasse !
FF : On a fait quatre vols en tout avec la Patrouille de France, j’ai eu les larmes qui sont montées à chaque fois. C’était hallucinant. Les vols étaient longs, on avait à peu près sept minutes en formation avec eux à chaque fois. C’est la Patrouille de France quoi ! C’est tout un symbole. C’est une référence mondiale de l’aviation. Pour voler avec eux, soit tu es dans le cockpit, soit dans un autre avion, pas dans l’air, comme nous.

Et de leur côté, les gars de la Patrouille de France ont aussi halluciné ?

FF :
On ne s’y attendait pas trop, mais le deuxième jour, après avoir volé avec eux, ils nous ont invités sur la base de Salon de Provence pour passer la soirée, et ils nous ont avoué avoir trippé autant que nous ! Ils avaient déjà fait des trucs de fous en tant que pilotes d’avions de chasse, mais ils ont eu du mal à croire ce qu’ils ont vu : des mecs casqués, des bras, des jambes, en dérive, volant à côté de leurs avions à 300 km/h.
VR : Un respect et une confiance mutuels se sont instaurés entre eux et nous. C’était extraordinaire, une expérience unique. On trippe sur cette patrouille depuis tellement longtemps que ce qui s’est passé avec eux, c’est juste un miracle !

Yves Rossy devait être particulièrement touché ?

FF :
Il était super content. Lors du dîner avec eux, le directeur et le leader de la patrouille ont fait un discours, et Yves à son tour. Il leur a dit : « Vous êtes la référence mondiale de l’aviation, voler avec vous, c’est le graal ! » Ce mec a été pilote de chasse, de ligne, a traversé la Manche en Jetman, il a volé avec l’A380, il a eu une vie pleine de vols hallucinants… Quand un tel mec dit ça, ça a vraiment de la valeur. Chaque fois qu’on le raconte, c’est de l’émotion.

Jetman X Patrouille de France

Les pilotes de la Patrouille de France, avec Yves Rossy, Fred Fugen, et Vince Reffet, les trois Jetman. L’équipe d’AIRBORNE FILMS.

Qu’avez-vous appris humainement auprès de cette élite des airs ?

VR :
On a rencontré des gens comme nous, des passionnés de vol. On a vécu ensemble un mix entre de l’aviation et du vol humain. On était à poil à côté d’eux. Et le tout avec cette machine, cette extension de notre corps qu’Yves a créée. On est excessivement contents, et fiers d’avoir un entraîneur comme Yves Rossy, quelqu’un d’aussi humble et toujours prêt à relever de nouveaux défis, pour la passion du vol.
FF : Les gars de la Patrouille de France sont eux aussi super humbles, super gentils. On est arrivés, on ne savait pas à quoi s’attendre. À part le directeur de la Patrouille et son futur successeur, on a rencontré tous les pilotes le jour du vol !

Et quel fut l’apport technique de cette rencontre ?

FF :
On a appris de la manière dont ils font leurs briefings, dont ils préparent leurs vols. Même si on était très bien préparés par Yves, qui est un ancien pilote de chasse et de ligne, qui a une expérience de l’aéronautique qu’il nous enseigne tous les jours, et il nous apprend aussi à être bien carrés, bien précis. Donc on n’était pas perdus au contact de ces pilotes. Mais se retrouver auprès d’eux était hallucinant. Encore une fois, on n’est pas des pilotes, on est des parachutistes ! Quelle chance on a eue de faire ne serait-ce que ces briefings avec eux. Encore merci à Yves et à son aile.

Voler en France était une première pour Jetman ?

FF :
Oui, il faut bien se rendre compte que c’était la première fois que nous volions en tant que Jetman, en France. Jusque là, on n’avait volé qu’en Espagne, à Dubai ou en Grèce, où on avait fait une démo. Vince avait aussi volé un peu en Suisse et au Panama, mais c’était notre premier vol en France. On espère qu’avoir volé en France avec cette patrouille, qui est une référence, va débloquer des choses pour qu’on puisse faire plus de vols en France, plus de vols de démonstrations, avec d’autres avions. Il y a plein de choses à faire, les possibilités pour Jetman sont infinies !

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04 2017 The Red Bulletin

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