The BossHoss : Alec Völkel et Sascha Vollmer

The BossHoss : L’art de la reprise

Texte : Werner Jessner 
Photos : Christoph Voy

Stylisme : Soo-Hi Song/Shotview
Assistante stylisme : Anna Phebey
Maquillage : Ischrak Nitschke/Blossom Management
Mannequin : Caro Cult/Deebeephunky 
Vêtements : Bustier : American Apparel, Blouson : American Apparel

Leaders du groupe allemand de reprises The BossHoss et férus de bagnoles, Alec Völkel et Sascha Vollmer ont essayé deux Ford Mustang, un modèle des sixties et le dernier cabriolet du constructeur US. 

Y a-t-il un point commun entre une bonne voiture et de la bonne musique ? Alec « Boss Burns » Völkel et Sascha « Hoss Power » Vollmer sont unanimes : « Bien sûr ! La qualité, c’est fait pour durer. Une voiture doit pouvoir rouler longtemps, sans faire de bruits bizarres. Une bonne chanson doit pouvoir s’écouter, encore et encore sans jamais lasser. » Pour Sascha, les différences  seraient purement une affaire de goût : « En musique, comme pour les voitures, chacun a ses préférences. Certains penchent pour Skoda, tandis que pour d’autres, c’est Volvo. Certains aiment le hip-hop, d’autres la musique folklorique. Nous, on est plutôt branchés vieilles américaines et country. »

Alec Völkel au volant

Quand on s’exprime dans un groupe country spécialisé dans les reprises pop, on sait manier le second degré. Alec au volant, pour une course avec lui-même. 


Et ça se voit au look des deux Berlinois : tatouages, grosses bagouses, gilets de bikers et coupes rockabilly. Il y a bien un peu de cinéma là-dedans, ils sont en tenue de scène en quelque sorte, mais ça vient quand même du cœur. Alec : « Si tu veux être vraiment bon, il faut être authentique. Le public le sent tout de suite si tu forces le trait. C’est comme un rabaissement et un becquet quand tu n’as que 50 chevaux sous le capot. » Aucun risque d’en faire trop du côté de nos deux fringants quarantenaires, conducteurs de vieilles américaines. Après avoir commencé par une Ford Taunus, Alec s’est offert une Mustang. Sascha conduit une Plymouth Road Runner de dernière génération et un pick-up Chevrolet. « Pour nous, les années 50 et 60, c’est  l’époque la plus cool, aussi bien pour la musique que pour le design automobile. Des légendes sont nées dans ces années-là : des chansons qu’on écoute depuis des générations et des voitures dont les lignes ont perduré avec les années. Comme la Porsche 911, ou la Mustang. »

Sascha, aka Hoss Power, et Alec, ou Boss Burns

À voitures de caractère, essayeurs rock’n’roll : Sascha, aka Hoss Power, et Alec, ou Boss Burns. Leur denim fera bienôt corps avec les Mustang.

La Ford Mustang, c’est une voiture 100 % américaine, un rêve de gosse pour nombre d’amoureux de la culture propulsée venue des States. Pour ce sujet nous avons fait rouler deux modèles bien particuliers de la Pony Car. Deux cabriolets. Tout d’abord, la toute nouvelle Mustang GT avec 5 litres de cylindrée, 418 chevaux, une boîte manuelle 6 vitesses et toutes les merveilles de la technologie moderne : du Launch Control pour un départ arrêté impeccable, jusqu’aux sièges ventilés au cas où le conducteur aurait  chaud aux fesses tout d’un coup. De l’autre côté, le rêve de tous les amateurs de vieilles Mustang, une Shelby GT 500KR de 1968, avec 350 chevaux, une boîte automatique 3 vitesses, sans oublier l’assistance au freinage. Son ex-propriétaire l’a conduite pendant trente ans, sa veuve l’a ensuite laissée partir de Chicago pour rejoindre l’Allemagne, où elle a été restaurée avec le plus grand soin. Valeur sur le marché : 250 000 euros, cinq fois plus que la « version » actuelle.

« Les années 50 et 60, c’est l’époque la plus cool, pour la musique comme pour le design automobile »
The BossHoss

La Ford Mustang a toujours été une voiture relativement abordable, mais aussi carrément géniale. Un must pour The BossHoss. Alec : « Je ne crois pas qu’on puisse dire d’une voiture qu’elle n’est pas cool, en soi, mais ce qui est sûr, par contre, c’est qu’il y a des associations conducteur-voiture qui ne sont pas cool du tout. Même au volant d’une Opel Corsa, il y en a certains qui arrivent à ne pas avoir l’air trop nuls. Mais c’est l’exception qui confirme la règle. À l’inverse, la plupart des mecs qui se trouvent trop cool parce qu’ils conduisent une Ferrari ne se rendent pas compte à quel point ils ne le sont pas. » Et Sascha, biker dans l’âme, a même un exemple encore plus extrême : « La Boss Hoss, un chopper américain avec un moteur V8. Un jour au Texas, je suis monté sur l’un de ces engins. Too much ! Un truc de qualité, ça doit aussi le faire dans la vie de tous les jours. » Alec : « La Mustang, c’est une voiture cool et honnête qui est restée fidèle à elle-même au fil des générations. Elle vaut le coup pour ses performances, son look qui déchire et son bruit de dingue. C’est une bagnole bourrée de qualités. »

Deux générations de Ford Mustang

Deux générations de Ford Mustang et, toujours, ces lignes fabuleuses qui ont fait de cette auto un must des cultures propulsées.

Un peu conservateur dans l’âme, les BossHoss ? Ils acquiescent de concert : « Oui, peut-être bien qu’on est conservateurs, mais sans la petite nappe et l’armoire encastrée. C’est conservateur de s’attendre à ce que ta voiture de collection roule bien et puisse t’emmener à 250 km de Berlin et jusqu’à la mer Baltique ? Cette conception allemande de la qualité est profondément ancrée en nous. Et c’est aussi pour ça qu’on ne fait pas l’entretien nous-mêmes. On n’y connaît absolument rien, donc on n’irait pas bien loin. » Au diable la tendance do it yourself, l’essentiel au final, c’est de pouvoir  rouler et de se sentir libre. Et à fond la caisse ? Le monde merveilleux de l’automobile, Alec l’a découvert avec la Wartburg du père de sa copine de l’époque : « En deux semaines à peine, j’ai pété le rétro extérieur. Après ça, on ne m’a plus laissé y toucher. » Aujourd’hui et depuis bien longtemps, tous deux savent s’y prendre avec les engins difficiles. Rouler vite, ce n’est pas leur truc. L’adrénaline, ils ont la scène pour ça.

Deux générations

MUSTANG GT
5 litres cylindrée, 418 PS

Pointe 
250 km/h

0 à 100 km/h 
4,8“



SHELBY GT 
500 KR 1968, 350 PS

Pointe 
210 km/h

0 à 100 km/h 
6,3“


​En attendant, pour qui la Mustang GT, et qui au volant de la Shelby GT 500KR ? Aucun consensus possible, Sascha et Alec se verraient bien conduire l’aînée de 1968. Un pile ou face plus tard, Sascha l’emporte. Au bout d’à peine quelques minutes, Alec a l’air tout sauf triste dans la nouvelle Mustang GT Convertible. Il a même la banane. Il est assis dans un siège baquet à l’ergonomie parfaite, tandis que des basses puissantes sortent des enceintes hi-fi. Au même moment, Sascha tripote en vain sa radio à moyennes ondes pour essayer d’en tirer autre chose que de la friture. Tout cela n’est qu’accessoire. Ce qui compte, c’est le moteur. « C’est un truc de fou, ça déchire », selon Alec, « vraiment un truc de fou », et il remet les gaz. En chiffres, le « truc de fou », c’est : 250 km/h en pointe, et 0 à 100 km/h en 4,8 secondes. Arrive alors un Sascha battu d’avance au volant de la Shelby de 1968. Pour lui, la découverte sera une tout autre paire de manches : la vieille Mustang est imprécise, elle demande plus de force et d’anticipation, ce n’est pas qu’elle n’est pas assez puissante, elle l’est même trop. Aucune des deux ne laisse indifférent, que ce soit l’originale ou la reprise, et c’est tant mieux. Après tout, si les BossHoss sont connus pour quelque chose, c’est pour leurs reprises country de tubes pop. Et ce sera aussi le cas dans leur double album qui sort à l’automne : une partie avec des nouveaux titres, l’autre avec des reprises de titres, dont certains totalement improbables.

Les BossHoss avec Caro Cult, mannequin et actrice

Mustang Shelby GT 500 KR de 1968 contre Mustang GT Convertible de 2015. L’aube berlinoise pour un ride d’exception. Pour cette virée en mode décapoté, les BossHoss ont convié le mannequin et actrice Caro Cult.

Qu’est-ce qui fait la différence entre une bonne et une mauvaise reprise ? Alec : « Le moyen le plus sûr de faire une mauvaise reprise, c’est de coller à l’originale en se contentant de la rechanter et de la rejouer. Pour qu’une reprise soit de qualité, il faut qu’elle fasse ressortir des aspects nouveaux de la chanson. Et puis, il faut reprendre le morceau depuis la base, ne pas avoir peur d’essayer de nouveaux trucs, et d’y aller à fond dans les arrangements. Une base suffisamment puissante, ça apporte quelque chose en plus à la chanson. »

Mustang GT Convertible

Pour les leaders de BossHoss, cette nouvelle Mustang est un « truc de fou ». 250 km/h en pointe, de 0 à 100 km/h en 4,8 secondes, la GT Convertible a su séduire ses amateurs de sons et conceptions rétros.


Et rien de tel que le répertoire des BossHoss pour prouver le bien-fondé de cette théorie. Sur les titres Like Ice In The Sunshine et Ça plane pour moi, le groupe berlinois a fait des arrangements et des déconstructions qui ont réconcilié les oreilles les plus blasées avec ces vieux titres. Et l’album comprend même des titres hip-hop. « Cette fois, on ne se contente pas d’un petit lifting, dit Sascha en riant. Des titres de ce genre, il faut les retravailler presque entièrement. Récupérer une structure dans des textes de trois pages, ajouter des ponts et tout ça. Mais c’est passionnant ! »

L’analogie avec les Mustang tombe sous le sens : la nouvelle version s’est affranchie de l’ancienne. Quand on regarde la Ford Mustang GT de 2015, disponible en Europe pour la première fois de son histoire, on voit tout de suite que c’est une Mustang. Les BossHoss ont-ils des rêves d’Amérique ? La mobilité, l’appel de la rue, les road trips, tout ce que le band allemand s’approprie à travers leur musique, il n’y a rien de plus américain, après tout. « C’est vrai que c’est plutôt cool là-bas, déclare Sascha. Le Texas, ça n’a rien à voir avec les clichés qu’on peut en avoir. À Austin, ça bouge bien plus qu’à Los Angeles. » « Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a rien à faire à L.A., intervient Alec. C’est bien à Berlin qu’on se sent le mieux. Et en Espagne pendant l’hiver. »

Le meilleur de deux mondes, pour ainsi dire. Et les jours où ils en ont marre des petites voitures de Berlin, ils n’ont qu’à sortir la Mustang et rouler, lunettes de soleil vissées sur le nez, jusqu’au prochain plan d’eau. « Voilà bien une chose qu’ils n’ont pas dans l’Ouest américain », plaisantent-ils. Et ça se confirme : la reprise peut être aussi bonne que l’originale. Et parfois même meilleure.

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10 2015 The Red Bulletin

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