Speedriding

The Unrideables 

Texte : Andreas Tzortzis
Photos : Scott Serfas

En Alaska, les falaises et parois isolées sont réputées inabordables pour les skieurs. sauf pour ceux disposant d’une aile. Découvrez les adeptes du speed riding, un sport naissant Pour les accros au frisson où décollages et atterrissages s’enchaînent dans la neige. 

L’aube se lève sur la cime de la montagne de 2 700 m d’altitude et, non loin de là, Jon DeVore attend que le vent se lève. Plus il y en aura, plus il lui sera facile de soulever le parachute de 2,5 m² qu’il traîne derrière lui. 

À ses pieds, une line tellement dingue que personne ne l’a jamais tentée à ski. Au programme : deux fossés de 30 m à franchir, prendre ensuite suffisamment d’air pour atterrir sur un petit monticule, un autre énorme fossé à franchir et, pour finir, un ravin étroit, bordé de chaque côté de blocs de glace de quatre étages de haut. Un spot du nom de « The Rowel » que DeVore et ses camarades, l’Américain Andy Farrington et l’Italien Filippo « Ippo » Fabbi, ont passé plusieurs jours à reconnaître. Un vent de 6-9 km/h se fait sentir mais se calme aussitôt. DeVore attend le prochain cycle, comme un surfeur attendant la série de vagues parfaites. Le vent se lève enfin, DeVore tire alors d’un coup sec sur sa « voile » pour la soulever dans les airs et dirige ses skis dans la descente.

Speedriding

Les trois riders ont passé une semaine à explorer les routes, vol à ski compris.

Le Rowel, c’est la cerise sur le gâteau d’un voyage de sept jours sur la côte sud de l’Alaska, une région connue pour être le théâtre d’incroyables exploits en ski et en snowboard backcountry. L’objectif de ce voyage est double : skier dans des endroits vierges de tout passage mais aussi faire connaître le speed riding et établir de nouveaux standards pour cette discipline naissante. 

« Ce que nous voulions avant tout, c’était trouver un spot que personne n’avait jamais descendu auparavant, explique DeVore. Et personne n’a jamais ridé de hautes montagnes permettant de réaliser des runs de 3,5 à 4 minutes. » À mi-chemin entre le parapente et le ski alpin, le speed riding est apparu il y a plus de dix ans dans le milieu des sports d’hiver de Chamonix, à l’initiative de pionniers tels que François Bon et Antoine Montant. Bien que certains sommets d’Europe permettent de s’y entraîner, ce sport n’est pas des plus accessibles et les meilleurs riders sont des parachutistes et pratiquants de wingsuit confirmés, comme DeVore.

Le design des ailes de speed riding offre équilibre et manœuvrabilité 

jon devore

Jon DeVore a grandi en Alaska. Il sait utiliser l’avantage à domicile.     

 La semaine et demie qui a précédé le Rowel, ils l’ont passée à tenter des « trucs » sur des montagnes plus basses dans les environs. « Ce qu’ils considèrent comme “petits”, ce sont des trucs de malade, que personne d’autre n’aurait tenté, déclare Scott Serfas, le photographe de l’expédition. Jon montre des faces absolument pas skiables et Clark (Fyans, ndlr), le guide, lui dit “Vraiment ? C’est ça, ton run d’échauffement ?” »

Les lines qu’ils ont sélectionnées ont été soigneusement disséquées à coup de passages d’avion et d’études de cartes. Les meilleurs runs sont ceux qui se déroulent comme prévu, qui permettent aux riders d’engranger suffisamment de vitesse pour franchir les gros fossés et pour éviter les crevasses, et pendant lesquels la voile reste gonflée tout du long.

Speedriding

Petit plaisir dans le Rowel : les trois dévalent la pente en survolant des séries de crevasses de 12 mètres de long à la vitesse de 80 km/h.

« D’habitude, quand je fais du speed riding, c’est dans un environnement sécurisé. Si tu n’as pas engrangé assez de vitesse au niveau de l’arbre, tu t’arrêtes, explique DeVore. Ici, c’est une chute dans une immense grotte de glace qui t’attend. »

Au Rowel, tout s’est bien passé. « Quand tu te lances et que le parachute est au-dessus de ta tête, tu te sens un peu comme un super-héros, déclare DeVore. Cette sensation est indescriptible, c’est profiter de la montagne avec une liberté totale. »

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02 2015 The Red Bulletin

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