Justine Dupont

« Une prise de conscience »

Texte : Pierre-Henri Camy
Photo : Mathias Fennetaux

La Française Justine Dupont n’a presque qu’une idée en tête : surfer du très gros. Elle raconte ses sensations, et l’importance de l’apnée. 

Le matin de notre entretien, Justine Dupont a surfé. La veille, elle a passé près de huit heures dans l’eau. Cette habituée de « la Nord », vague solide du côté d’Hossegor, est connue du circuit pro féminin en shortboard. Elle est aussi (surtout ?) une passionnée de grosses vagues. L’une des rares spécialistes françaises de la discipline, connue pour avoir surfé Belharra, monstre basque à 3 km au large d’Hendaye, elle continue sa quête de la grosse vague et s’apprête à voler pour la Californie. Là, l’attend un mythe, géant, Mavericks, qu’elle viendra dominer en compagnie de l’élite des surfeuses de gros. Un club VIP qu’elle se donne les moyens d’intégrer, engageant son corps quotidiennement, sur et sous l’eau. 

THE RED BULLETIN : Dans un sujet que nous vous avions consacré en 2013, vous disiez vouloir aller chercher les grosses vagues. 

« À la moindre faute, ces vagues vous rattrapent, elles vous mangent »
Justine Dupont


JUSTINE DUPONT :
Oui, c’est devenu une quête passionnante, même si ça ne se présente pas tous les jours. Ce matin, à l’eau, ce n’était pas fantastique, et puis c’est devenu super beau, ça a grossi avec la marée. Là, le palpitant commence à monter, et l’envie de prendre la vague, de bien se placer. Il y a cette adrénaline, cette euphorie, les encouragements des autres surfeurs.


Comment dompte-t-on une grosse vague, « basiquement » ?

Avant qu’elle arrive, je prends une grande bouffée d’air, pour me détendre, et là, c’est le focus, la concentration maximale. Si je suis en tow-in (surf tracté par un jet-ski, ndlr), je focus l’endroit où je vais placer ma planche, pour anticiper les clapots et ne pas tomber : quelle ligne vais-je prendre pour ne pas me faire rattraper par ces vagues ? Elles vont tellement vite, la moindre faute de quart, de direction, et elles vous « rattrapent », elles vous mangent. À la rame, c’est pareil, il faut bien se positionner, et ramer, ramer, ramer ! Une fois debout, il faut se concentrer sur le timing, l’endroit, le moment. C’est 100 % de concentration ! Juste après la vague, il y a une bouffée d’excitation et d’oxygène qui arrive, et c’est fantastique, ça explose. 
 

On est sur ou dans une grosse vague ?

À Belharra, on est plutôt sur la vague : on descend la pente. Avec le jet-ski, on démarre quand la vague n’a pas eu le temps de se creuser… on remonte on remonte… et ensuite on peut descendre la pente. Tu as de l’avance, tu peux choisir un peu plus tes courbes, tu peux plus dessiner. Tu sens cette houle devenir vague, c’est impressionnant. Et ça va vite, 60-80 km/h. Quand c’est vraiment gros, je suis plus posée, je suis prête. La plus grosse des vagues peut m’arriver sur la tête, il faut que je sois capable de rester sous l’eau. Je vais dans l’eau pour surfer une belle vague, et cela peut impliquer de s’en prendre sur la tête, ça fait partie du jeu.


C’est l’une des raisons pour lesquelles vous pratiquez l’apnée depuis peu.

Oui, car quand je prends des vagues sur la tête, je fais de longues apnées, et j’ai l’impression que ça me pose. Je m’entraîne avec Biarritz Chasse Océan, un club de chasse sous-marine. Les descentes sont de 15-20 mètres en mer et 30 mètres dans une fosse en piscine. De très bons surfeurs de gros s’entraînent ici comme Gautier Garanx. Il a remporté le Billabong XXL Awards 2014 pour avoir surfé une vague de plus de 15 mètres à Bellarah. C’est un surfeur amateur, mais il est hyper pro dans ce qu’il fait, il surf des grosses vagues, et s’entraîne pour. Comme il ne peut pas surfer tout le temps, sa passion reste authentique.

Vous allez taquiner la vague de Mavericks, en Californie, très prochainement, en compagnie d’une bande de surfeuses de gros internationale.

C’est une vague mythique. Être invitée sur une compétition internationale de filles reconnues est une prise de conscience. Je vais être avec les meilleures surfeuses de grosses vagues au monde. Toutes méritent leur place là-bas. En général, le surf féminin de grosses vagues, c’est chacune sur son spot : là on va pouvoir toutes se rencontrer, échanger.
 

Beaucoup de choses semblent bouger pour vous ces temps-ci.

Je ne me suis jamais autant préparée. Et c’est en grande partie grâce à mon nouveau sponsor. Je me sens vraiment soutenue. Le rendez-vous de Mavericks concrétise cela. C’est une très belle surprise d’être invitée sur ce genre d’événements. J’ai surfé à Belharra, et j’ai fait mes preuves sur des grosses vagues, mais il y a tant à faire encore. Ma route vers les grosses vagues ne va pas s’arrêter là !

La fiche

Identité
Justine Dupont, 23 ans, Seignosse (40)

Spécialités
Shortboard, longboard, bodysurf et surf de grosses vagues

L’atout bodysurf
« Je vais dans l’eau tous les jours pour améliorer ma technique surf. Si les conditions sont limites, je prends les palmes pour faire du bodysurf avec mon copain Fred David, champion du monde de cette discipline. J’apprends à observer l’océan d’un angle différent, plus proche de l’élément, plus à même de comprendre cette force et m’y habituer. Je travaille mon cardio, mon apnée et la nage. C’est l’un des meilleurs entraînements au surf de gros. »

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01 2015 The Red Bulletin

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